I Jean , n, 18, 22; iv, 3 ; II Jean, vii
2. La formule se trouve aux colonnes XVIII (IX), lig. 10, et XIX (X), 25 et suiv., écrite presque identiquement : « ... ièsi-ékompto-kètho », ce qui est peut-être la bonne leçon. A la colonne VII, lig. 6, il y a des variantes et de fausses coupures de mots. D’après les colonnes XVIII et XIX, on y lirait : ... iètsi-èkompto-khètos, mais peut-être faudrait-il lire ici iètsiè-kompto , et aux exemples cités aux colonnes XVIII et XIX, ièsiè-kompto. La formule se trouve encore, XVIII, 16 et suiv., sous une forme des plus intéressantes pour la question qui nous occupe. Il y paraît bien que le sorcier n’a pas copié la formule (peut-être de même VIII, 6 et suiv., et aussi d’ailleurs?); un confrère la lui dicta et il l’écrivit en démotique. On peut supposer que le lecteur dut s’arrêter, légèrement, à la fin des mots, des noms des divinités invoquées (ou considérées comme telles), et qu’alors l’écrivain mit des déterminatifs qui coupaient les mots. Au VII, 6 et suiv., il aurait mal entendu et par suite mal placé les déterminatifs. Au XVIII, 16 et suiv., où les déterminatifs sont presque supprimés et où il n’y a que peu de coupures de mots, le lecteur aurait lu sans s’arrêter (peut-être la faute est-elle plus ancienne, et son manuscrit était-il ainsi écrit), et par suite plusieurs noms divins (des traductions personnifiées) devinrent un seul (cf. XVIII, 20 et suiv., et XIX, 25) et furent invoqués comme s’il s’agissait d’une seule divinité. Les transcriptions du texte démotique en grec paraissent avoir été
iétsié, et ioané ou iocinné, sont des transcriptions, en démotique, de la forme sémitique de l’original, et non pas de la transcription grecque. Non seulement la terminaison grecque de ces noms manque, mais le shin employé dans le nom de Jésus est rendu deux fois par 8 et deux fois par ts. Ces faits sont assez intéressants au point de vue historique. Ils indiquent que la première propagande chrétienne fut faite en Égypte par des Sémites et qu’on y conserva les noms vrais, originaux de Jésus et de Jean. Si le christianisme n’était arrivé que tard en Égypte, au lieu de iési, iétsi ou iétsié et ioané ou ioanné, transcriptions de l’original sémitique des noms de Jésus et de Jean, on aurait dû trouver des transcriptions des formes grecques 'i-r^oü; et ’itoàvvT); ; alors, ainsi que le veut la tradition, le christia-
l’œuvre personnelle du sorcier, l’écrivain rédacteur du papyrus. Nous avons vu que le nom de Jésus est écrit iési (XVIII, 21, et XIX, 25), iétsi (XVIII, 17) et iésié (VII, 6) ; peut-être qu’il faudrait lire iétsié et iétsi. On serait tenté de croire que l’emploi de ts pour s est une faute, mais les sorciers paraissent avoir transcrit ce nom d’après la forme originale hébraïque, syro-chaldaïque, et non pas d’après le grec, car la terminaison grecque manque (cf. Brugsch, Grammaire démotique , § 154 et suiv.). Le prototype hébreu du nom de Jésus est Jehoshu-a = Jeshu’a, ce que le grec transcrit par T^aoüç et le démotique par iési ou iétsié , mais, dans le nom écrit en hébreu, il y a un shin, cette lettre pouvant être transcrite par sh, s, ou th, le shin devenant souvent th, par exemple, hébreu shémoné et shalosh, en araméen themoné et thelatli, arabe
(jlc et (voy. Gesenius, H.W. B., 806). D’un côté le th démotique
est souvent transcrit par le 0 grec, et de l’autre le ts démotique correspond aussi au 6 grec, rarement au 8 (voy. Hesse, Indogermanische Forschunc/cn, VI, p. 130, 131); d’où il résulte que le shin hébreu pourrait être transcrit par le ts démotique. Ainsi, dans la transcription du nom sémitique de Jésus, le shin, étant rendu par s, serait assez régulier, mais ts serait un effort qui rendrait encore plus exactement le shin. Peut-être la terminaison ié serait pour la terminaison sémitique u’a : ces variantes nous montrent bien qu’on voulait transcrire le nom sémitique de Jésus, et non pas la transcription grecque. Pour la transcription de shin en égyptien, voy. la liste de Thotmès III à Karnak, n° 4, etc. Cf. Brugsch, Zeitschrift, 1875, p. 7.
nisme serait arrivé de bonne heure en Égypte, puisqu’on conservait encore les noms originaux de ces personnages augustes. Un petit fait à rappeler : saint Marc, à qui la tradition attribue la fondation de l’Église chrétienne en Égypte, « aime à rapporter certains mots de Jésus en syro-chaldaïque1 ». Il aurait été bien selon les habitudes de saint Marc d’avoir conservé les vrais noms de Jésus, et même de Jean, dans ses prédications, et, naturellement, ses disciples l’auraient imité; mais peut-être ces noms auraient-ils été communiqués aux Égyptiens par les premiers chrétiens, dès leur arrivée de la Syrie ou de l’Asie Mineure.
La formule où saint Pierre et le « Père qui est aux deux » sont invoqués se trouve quatre fois 2 ; le nom de Pierre y est ou bien suivi par le signe « bis » ou écrit deux fois, d’où, en quelque sorte, saint Pierre serait invoqué huit fois. Comment faut-il expliquer la grande importance que les magiciens paraissent avoir attachée à saint Pierre? Ils l’avaient même associé, intimement, avec le « Père qui est aux cieux ».
1. « Matthieu n’offre cette particularité qu’une fois; Luc omet les » gloses hébraïques, paraît savoir peu d’hébreu, ne cite aucune parole » de Jésus en cette langue, nomme toutes les localités par leur nom » grec » (Renan, Vie de Jésus , p. lxxxiii et suiv.). Si la grande propagande chrétienne avait été faite en Égypte par les disciples de saint Jean, on s’attendrait à trouver plus de mentions de lui dans le papyrus (cf. les observations faites par Renan, Vie de Jésus , p. lxvii; cf. Les Évangiles , p. 117).
2. La formule se trouve quatre fois dans le papyrus, Pèlerin bis », pater-ènphè « bis », V, 17; Pètèri-Pètèri , pater-ènphè (lisez paterenphè, pater-ènphè ), VII, 13; Pètèri «bis», pater-èmphè «bis», XIX (X), 6; et enfin, Pètèri « bis », èmphè « bis» (lisez pater-èmphè «bis»), XIX (X), 31. Pètèri et pater-ènphè ou pater-èmphè sont suivis par le signe démotique « bis », jamais Pater, car pater-èmphè ou pater-èmphè « Père qui es aux cieux » est une seule expression comme arkhèmpliè ou arkhèmpto « prince du ciel » (ou des cieux), « prince de la terre » (m = n) ? — Enfin, notons exactement, Pierre est invoqué huit fois, le père qui est aux cieux cinq fois pour la terminaison i, Cf. le génitif latin de ce nom, ou mieux le vocatif grec (i = é).
On peut supposer que c’est un hasard qui fait que saint Pierre soit si souvent invoqué, ou peut-être est-ce que, après Jésus, il est le personnage le plus important du christianisme naissant'. Peut-être l’explication la plus satisfaisante seraitelle que, si la grande propagande chrétienne en Égypte vint des communautés de la Palestine ou de l’Asie Mineure, on devrait s’attendre à trouver dans les Notes d’un sorcier des allusions, non seulement à Jésus, à Jean et à Pierre, mais aussi à Paul, à Barnabe et môme à d’autres personnages célèbres du christianisme. Toutefois, par moments, on est très tenté de croire que le christianisme a dû arriver en Égypte sans une propagande proprement dite, mais par les rapports des peuples de la Syrie avec ceux de l’Égypte, surtout des ébionites; le christianisme se serait propagé pour ainsi dire par infiltration, et cela serait assez d’accord avec les indications du papyrus. Quant à Jean, assurément les rapports entre Éphèse et Alexandrie durent rendre Jean un personnage célèbre dans cette dernière ville1 2 3, et, ainsi que nous l’avons vu, le sorcier l’invoque, mais on ne trouve pas de traces ni de Paul ni de Barnabé dans les Notes d’un magicien.
1. ... ou crû s'( Ilstpoç, y. al È7u ta-jr?; 7urpz oîx.oSop.ïj'rw p.oü tt,v èy.y.),Y)?tav... ,
Matthieu , xvi, 18.
2. Basilide avait sûrement appris son christianisme des ébionites. « Il donnait pour son maître un prétendu Glaucias, interprète de saint Pierre... Valentin disait avoir reçu cette doctrine d’un prétendu... disciple de saint Paul » (Renan, É/jlise chrétienne, p. 162, 176). Indubitablement, les communautés chrétiennes de la Syrie et de l’Asie Mineure auraient dû avoir fait connaître le christianisme en Égypte; si Lckauks , Luhauhs (vu, 26) est pour Lucius ou Luc, Pilipoun (xvm, xix) est assurément pour «Philippe» (cf. Actes des Apôtres, xm ; cf. Brugseh, Gram, clèm., § 50), et Nasira (col. VII, 1. 28; cf. XXXI (XXII), 1. 6 et 9), pour Nazaréen (voy. Matth., ii, 23), il serait loisible de croire que c’est par les gens de ces communautés en Égypte que les Égyptiens auraient eu connaissance de ces noms. Pour Philippe, voir
ce qui est dit dans la suite de cette étude.
La tradition vent que l’Église chrétienne en Egypte se rattache à saint Pierre, et y ait été fondée par un de ses disciples. Comme la boussole, sous une influence magnétique, tourne mystérieusement l’aiguille vers le nord, ainsi les formules du magicien, en attribuant une importance capitale à saint Pierre, semblent indiquer que la grande propagande chrétienne en Égypte se rattache à lui et vient de Rome1. Voilà qui serait un accord parfait entre la tradition et les indications fournies par un document écrit peu après, mais où l’on trouve utilisés des documents presque, sinon tout à fait, contemporains de l’arrivée du christianisme en Égypte. La tradition attribue à saint Marc, disciple de saint Pierre, l’honneur d’avoir établi l’Église chrétienne en Égypte. Cela n’a rien d’invraisemblable, mais il manque des documents contemporains qui confirment ou qui contredisent cette affirmation. La plus ancienne mention du séjour de saint Marc en Éigypte est de plus de deux cents ans postérieure à l’époque où aurait eu lieu sa mort. La tradition eut, probablement, en ces temps-là, une source des plus respectables, et là où nous avons pu la contrôler, elle paraît être vraisemblable, mais il est bien imprudent de donner comme un fait certain, comme un événement historique, une affirmation qui a pour base et qui n’a d’autre preuve qu’une tradition qui serait déjà bien vieille, quand on la trouve pour la première fois dans un document daté, lequel, lui-même, aurait pu avoir subi des retouches, sinon des remaniements. Dans le cas qui nous occupe, on doit noter soigneusement ce que
1. Ou d’Antioche (?). « Petrus apostolus et princeps Apostolorum... » seditîn cathedra episc. Antiochiæ annis VII. ITinc ingressus est in » urbem Romain, Claudio Cæsare, ibique sedit in cathedra episcopatus » annis viginti cjuinque» ( Suinma conciliorum, Petrus papa prinms). Pètùri, ci. le gén. latin Pétri et la tradition que c’est d’auprès saint Pierre, à Rome, que saint Marc vint en Égypte.
dit la tradition, mais, en la rapportant, on doit la faire précéder d’un « peut-être » ou tout au moins d’un « probablement ».
Quelles sont les conclusions historiques relatives aux origines du christianisme en Egypte qui paraissent ressortir de ces indications fournies par les formules du magicien? Il semble clair que les personnages les plus importants du christianisme furent connus et invoqués par des sorciers en Égypte, au commencement du IIe siècle ; le rédacteur du papyrus s’est servi de documents plus anciens, et il se pourrait bien qu’ils aient été invoqués par des magiciens antérieurs. Le fait qu’on trouve dans le papyrus les noms de Jésus et Jean transcrits directement de l’original hébreu (syro-chaldaïque) indique que les Égyptiens prirent connaissance de ces personnages par des Sémites, ou que la première propagande en Égypte fut faite par des Sémites, et que les Égyptiens conservèrent les noms originaux. L’importance que les magiciens semblent avoir attachée à saint Pierre indiquerait que, probablement, l’Église chrétienne en Egypte se rattache à lui et, par suite, vient de Rome(?).
Quant à savoir si saint Marc, personnellement, est venu prêcher et organiser l’Église chrétienne en Égypte, la tradition veut qu’il en ait été ainsi, mais, que la tradition ait raison ou non, « il est sage de s’abstenir de décider », du moins pour le moment.
« Une sorcière tu ne laisseras pas vivre », dit le Livre de r Alliance. Tout en les désavouant publiquement, le judaïsme et le christianisme paraissent avoir eu des égards pour les magiciens. Quel étrange arrêt du destin ! C’est grâce aux Notes d’un sorcier que nous pouvons entrevoir et, en quelque sorte, rendre compte d’un des épisodes les plus intéressants de l’histoire des religions : l’origine, l’arrivée et l’établissement du christianisme en Égypte.
UNE LÉGENDE ARABE1
La lumière de Ramadan
Après avoir étudié, pendant plusieurs années, les phénomènes célestes au coucher et au lever du soleil, je me suis occupé, plus spécialement, à faire des observations sur la lumière zodiacale2. Malgré qu’il soit bien malaisé d’expliquer ce phénomène, il me semble que la théorie qui rencontre le moins de difficultés pour être admise est celle qui suppose que la terre est entourée par un anneau3, formé
1. Publié dans le Bulletin de V Institut égyptien , IIP série, 1898,
t. IX, p. 113-118.
2. Voy. H. Gruson, lin Rciche des Lichtes , particulièrement p. 163 et suiv.
3. Origine, peut-être un reste de la nébuleuse primordiale. — A Paris, la lumière zodiacale, « le 20 février 1871. . . mesurait 86 degrés de longueur à partir du soleil et s’étendait presque jusqu’aux Pléiades » (Flammarion, Astronomie populaire, p. 368, u.). Voici, d’après mes notes, mes observations en Égypte, à Gliizeh, le soir des 20 et 21 février 1898. — Le 20, après le coucher du soleil, lumière sur le ciel faible ; 6 h. 45, lumière zodiacale devient visible près l’horizon, forme comme une ruche ; 7 heures, de la ruche, longue bande qui va jusqu’au zénith ; 8 heures, plus faible et longue (pointue), la lumière va (bande faible) jusqu’à l’horizon oriental. — Soir du 21, coucher du soleil, 5 h. 35. Néoménie, couleurs sur le ciel, faibles ; 6 h. 45, lumière zodiacale visible comme un nuage blanc, forme d’une ruche (large à l’horizon de 30", haute d’à peu près 30°); 7 heures, devenue plus pointue, lumière la plus forte au milieu de la ruche,
Ai
UNE LÉGENDE ARABE
soit d’une sorte de poussière, soit d’un gaz illuminé par le soleil pendant qu’il est sous l’horizon, ou peut-être, encore, cet anneau aurait-il aussi, lui-même, une certaine lumière (phosphorescente ?) \ Mes études et observations sur la lumière zodiacale ont été signalées par un petit incident que je crois assez intéressant pour en faire l’objet de la présente note.
« Il y a des heures, dans la vie la plus religieuse, où l’on » fait une halte au bord de la route, et où l’on oublie les » devoirs austères pour s’amuser un moment, comme les )) femmes du sérail de Salomon avec les perles et les » perroquets d’Ophirh » De même, au cours des recherches les plus ardues, il arrive quelquefois un charmant épisode qui est, comme dans un voyage un désert, une petite oasis, laquelle, pour un moment, égaye le voyageur.
Dans la nuit du 11 février, je voulus faire certaines observations à minuit. Je regardais le ciel au nord-ouest, quand, tout à coup, une lumière jaunâtre resplendit. Tous les environs en furent éclairés, et la lumière était si brillante que les étoiles mêmes pâlirent; cette lueur dura deux ou trois secondes, puis elle disparut. Je ne vis pas les causes de cette lumière, mais il me sembla évident qu’un météore, — une grande étoile filante ou un bolide, — était tombé ou
bande qui va jusqu’au zénith, le tout plus brillant que la Voie lactée. A 8 heures, devenue comme un cône ; 9 heures, encore plus pointue, la bande va jusqu’à l’horizon oriental; sur le ciel, à l’occident, lumière zodiacale plus brillante que la Voie lactée; sur le ciel, à l’orient, très faible, mais distinctement visible, elle suit les signes du zodiaque. Ces observations, faites à la même époque de l’année que celles dont parle Flammarion, mais à 27 ans de distance, sont bien d’accord sur la périodicité annuelle de la lumière zodiacale.