‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 245 sur 309 · Voy. Sale, The Koran , p. 451, n · texte numérisé non relu

Voy. Sale, The Koran , p. 451, n

5. Voy. Sourat el-IIagar, cf. Sale, The Koran, p. 191 et suiv.

LA LUMIÈRE DE RAMADAN

soir, soit au matin, servent à indiquer des heures. Enfin, une manifestation lumineuse qu’on voit au ciel, quelquefois, vers la fin du mois de Ramadan, est considérée comme étant une lumière divine venue de l’autre monde.

Quant à cette dernière croyance, il est évident qu’il s’agit de l’observation d’un phénomène céleste. Elle est, nous nous plaisons à le croire, de même que la légende qui l’entoura, très ancienne, et la forme sous laquelle on la trouve chez les Arabes de nos jours n’est que la transformation de la vieille croyance.

Pourtant, on sait que des phénomènes célestes reviennent à des périodes assez régulières. Supposons qu’il y ait une manifestation lumineuse au ciel, soit électrique, soit un essaim d’étoiles filantes, un bolide (ou des bolides), qui revienne ou qui aurait eu lieu, au moins plusieurs fois, vers la fin du mois de Ramadan1. Il est certain que le peuple serait très porté, et cela surtout dans un mois de jeûne, à y voir un fait surnaturel, et les gens lettrés en devraient être très préoccupés; on rappellerait que, parmi les souvenirs d’un passé lointain, la tradition avait gardé la. réminiscence d’une vieille croyance, d’une lueur mystérieuse qui accompagne des théophanies et des angélophanies. Autour de l’interprétation vinrent se grouper des épaves de légendes et de traditions; on les amalgama, puis on modifia le tout pour l’adapter aux croyances du temps. On mit, pour ainsi dire, le cachet arabe sur l’argile. Ainsi, un rayon de lumière,

1. Vers le dernier quart de chaque douzième lune (?) (cf. la croyance au rayon de lune précitée). Si l’année arabe était composée invariablement du même nombre de jours, on pourrait penser que le phénomène se représenterait après ce laps de temps; mais l’année arabe est tantôt de 354, tantôt de 355 jours (354 11/30 ou 708 22/30, etc. ?), ce qui rend un peu plus difficile cette explication. Peut-être, la légende fut-elle formée en un temps où le mois de Ramadan tomba ou revint plusieurs fois, en conjonction avec des essaims d’étoiles filantes, avec des bolides, ou, enfin, avec une manifestation lumineuse quelconque.

UNE LÉGENDE ARABE

venu du ciel pendant la nuit, féconda la superstition populaire qui donna naissance à la légende de la lumière de Ramadan.

Mais, peu importe qu’on l’explique comme une lumière venue de l’autre monde au moment où les portes du ciel sont ouvertes pour laisser passer des anges, ou qu’il s’agisse d’un phénomène céleste, peut-être de retour périodique ; le résultat est le même, la lumière de Ramadan sera toujours une manifestation de la grande puissance cosmogonique, Dieu, la Nature.

La tradition, même avant le IVe siècle, veut qu’au milieu du Ier siècle de notre ère, saint Marc fonda l'Eglise d’Alexan-

1. [Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien, IIP série, 1899, t. X.] — Tandis que je faisais des recherches au Musée de Ghizeh pour trouver dans des papyrus démotiques des traces de l’arrivée du christianisme en Egypte, M. Daressy attira particulièrement mon attention sur un fragment de texte démotique n° 128 (682). Vérification faite, il ne se rapporte pas au sujet que j’étudie, mais je crois qu’il peut devenir intéressant; il paraît être un fragment d’un conte plus ou moins fantastique, où des acteurs semblent bien être des hommes et un baudet. Dans le Livre des Morts, il est question de la conversation du chat et de l’âne (cf. cxxv, 1. 40; cf. ch. xl; éd. Pierret, p. 378 et 139); puis il y a le roman où le paysan perd son âne (Maspero, Contes populaires de CÊgi/pte ancienne , p. 33 et suiv.). Dans la Bible, on connaît l’histoire de Balaam et de son ânesse, enfin, on se rappelle le rôle que l’âne joue chez les sorciers (cf. mes Études, p. 367 et suiv.). Peut-être n’aurons-nous pas bien longtemps à attendre pour avoir un roman où l’âne joue un rôle, à ajouter à ceux dont nous venons de parler. On peut espérer qu’on trouvera, soit dans les musées, soit dans les collections privées, d’autres fragments; en signalant l’existence du fragment du Musée de Ghizeh, peut-être d’autres personnes serontelles amenées à faire de même pour les autres fragments, s’ils existent, et, si l’on peut les copier et réunir des diverses copies de fragments, peut-être aura-t-on un autre conte à ajouter à ceux qui sont déjà connus, cette fois-ci des hommes et un âne. A ajouter à mes Études sur la sorcellerie , p. 360, 1. 10, cf. Musée de Ghizeh, 63, vitrine J (cf. n“ 757, etc.), la représentation d’une tête de serpent servant de talisman contre la morsure du serpent, comme de nos jours les Arabes mettent,

L?AURORE du christianisme

drie. Des documents contemporains, qui permettraient, soit de confirmer, soit de contredire cette affirmation, font défaut, mais il est évident qu’avant ce temps-là, des rapports entre les Sémites d’Asie et ceux d’Égypte avaient dû faire connaître, dans la vallée du Nil, la religion naissante ; malheureusement, une obscurité profonde couvre l’arrivée du christianisme en Égypte.

On possède un certain nombre d’écrits égyptiens des premiers siècles. Quand même ils n’ont pas de rapport direct avec le christianisme, il est loisible de supposer qu’on y peut trouver des allusions à cette religion, que, en quelque sorte, elle y fait sentir sa présence, et qu’en réunissant ces diverses allusions on peut espérer entrevoir comment ont dû, ou du moins ont pu se passer les événements qui eurent pour résultat l’établissement du christianisme en Égypte.

La formule où Jésus est invoqué, dans les Notes d'un sorcier 1 , se trouve quatre fois2. Les divers exemples présentent quelques variantes, mais, en les comparant, on peut reconnaître la formule io-tabao-sokliamama-akhakhanbusanauan-iétsié (variantes, iétsi et iési3) -komto-hethoséthuri (variante, basathori ) -thémilci. On remarque un

dit-on, un scorpion dans l’huile pour se servir de l’huile en cas de piqûre. A ajouter à l’étude sur La lumière de Ramadan, les renvois suivants : Nomb., xxiv, 17; Matth., ii, 2, cf. Apocalypse , xxii, 16, etc. ; Mèm. de la Miss , t. IX, p. 140 (cf. 143) ; cf. Actes, ix, etc. (cf. Renan, Les Apôtres , ch. x) ; cf. Isaïe , xiv, 12, et xxxiv, 4; cf. Les Notes d’un sorcier , col. IV, etc.

1. Publiées par Hess, Der gnostische Papyrus von London, Leeraans, Le Papyrus domotique n° 65 du Musée de Leyde (Monuments égyptiens du Musée d’antiquités des Pays-Bas à Leyde); analysées dans mes Etudes sur la sorcellerie ou le rôle que la Bible a joue chez les sorciers, dans les Mémoires de l’Institut égyptien, t. III, fasc. 4.

2. Col. VII, 1. 6 et suiv., XVIII (IX), 16 et suiv., 20 et suiv. ; XIX (X), 26 et suiv.

3. Nous lisons bien iètsié, iétsi et iési, aux endroits précités.

l’aurore du christianisme

certain nombre de syllabes répétées qui paraissent inutiles, ce qui permet de simplifier la formule ainsi : io-tabaosokham-akhan-busan-iétsié (variante, iétsi, iési) komtohetho-sethuri (variante, basathori) -thémila... Assurément, pour les magiciens, io est pour Io « Dieu » (Jéhovah)1, et iétsei (variante, iétsi, iési) est la transcription de ies/iu-a, nom prototype (sémitique) de « Jésus »; nous avons déjà traité ce sujet. Il est évident que la phrase que nous venons de citer doit se rapporter, soit au judaïsme, soit au gnosticisme, mais probablement au christianisme. En ce dernier cas, si l’on pouvait l’interpréter, elle fournirait peut-être un renseignement intéressant sur cette religion en Egypte au premier siècle. En faisant une étude approfondie de la question, on arrive à voir un peu de lumière dans ces ténèbres.

Nous avons vu que les noms de Jésus et de Jean sont transcrits directement de l’original hébreu (syro-chaldaïque), ce qui nous autorise à chercher des mots ou une formule en hébreu dans la phrase précitée. En transcrivant les signes démotiques en hébreu, on remarque qu’ils forment des mots hébreux, — on croit même reconnaître en busan-iétsié (var., iétsi, iési) l’hébreu « au nom de Jésus2 », — mais les autres mots ne semblent pas donner une suite satisfaisante. Cependant, il est permis de supposer que les mots de la formule auraient été transcrits en grec qui se lit de gauche à droite, puis transcrits mot à mot en démotique3. Si nous lisons ces mots en commençant par la gauche, le premier mot paraît être fautif, et les diverses versions l’écrivent

1. Pour ce nom, voyez mes études précitées sur la sorcellerie, p. 397 et suiv.

2. Pendant longtemps nous nous sommes arrêté à cette lecture.

3. On aurait fait avec la transcription grecque en démotique ce qu’a fait celui qui a voulu transcrire certains mots du texte démotique en interligne avec des lettres grecques. Cf. les voyelles, Pap., col. XVI (VII).

l’aurore du christianisme

tellement différemment qu’il est prudent de ne pas essayer de l’interpréter jusqu’à ce qu’on ait un autre exemple de la formule. Thémila fait penser à l’hébreu témol a hier», ou à tiphillin «les phylactères». Le mot suivant est écrit sêthuri, et sa variante basctthori semble correspondre à l’hébreu sathar ( sipti ) « être caché », sether « ce qui est caché, secret », beséthèr « en secret1, protection », sithra « protection ». Ici nous quittons l’obscurité pour entrer en pleine lumière : iétsié (var. iétsi, iêsi) est la transcription de ieshu-a, nom prototype hébreu de « Jésus », et dans la suite busan-akhan-sokham-tabao-io , on reconnaît immédiatement le commencement d’une formule qui, selon la tradition chétienne, aurait été employée chez les gnostiques : Ba<7E|ji.a^afjioç. . . « au nom de la sagesse2... ». Pour faire ressortir l’identité entre la formule qui nous est conservée par l’écrit du magicien et celle qui nous a été transmise par la tradition, on n’a qu’à mettre les deux textes de la formule en regard, d’abord la partie conservée par les magiciens en commençant par le nom à gauche, mais en lisant de droite à gauche les caractères démotiques qui sont employés pour écrire le mot, puis à mettre au-dessous la version de la formule qui aurait été conservée par la tradition :

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