‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 249 sur 309 · Renan, L'Église chrétienne, p. 162 et suiv · texte numérisé non relu

Renan, L'Église chrétienne, p. 162 et suiv

3. Ce ne fut que plus tard que « Valentin disait avoir reçu de l’enseignement d’un prétendu Théodatès ou Théodas, disciple de saint Paul » (Renan, L’ Église chrétienne , p. 176 et suiv.).

4. Quant aux ébionites, voy. les observations dans Renan, L'Église chrétienne , p. 152 et suiv., 278 et suiv.

5. Voy. Brugsch, Dictionnaire, p. 4; E. de Rougé, Reçue éggptologigue, t. VI, p. 86, n. 4 ; Peyron, Lexique, p. 32.

6. Voy. Renan, L'Eglise chrétienne, p. 189. M. Renan admet l’authenticité de la lettre, qui a été contestée (Cf. Bull, cle l’Inst. éggpt., 1894, p. 10, n.). Cette lettre ne me plaît guère, elle a l’air artificiel; on est si loin du christianisme que semblent connaître les magiciens, qu'elle semble être bien après les temps d’Adrien. Pour la date de l’arrivée d'Adrien en Égypte, voy. Dutilh, Bull, de l’Inst. éggpt., 1894, p. 49 et suiv.

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fasse connaître le christianisme en Égypte de son temps, on reconnaît quel abîme le sépare de celui qui paraît faire écho dans les formules du papyrus. D’après la lettre, le christianisme serait un culte établi, connu de tout le monde ; au contraire, les formules du papyrus paraissent ignorer même les doctrines et les croyances les plus élémentaires du christianisme. Dans la lettre, il n’est pas question de Jésus, mais on adorait <( le Christ » ; au contraire, les sorciers ne paraissent pas avoir connu ou, en tout cas, n’ont mentionné ni 6 Xpirrôç, ni ’ir^ooç, mais on trouve la transcription de leshu-a, nom prototype de a Jésus », et de même la transcription de lohanan, prototype de « Jean », ce qui amènerait à croire que des magiciens apprirent ces noms directement des Sémites, avant la propagande qui aurait été faite en langue grecque.

Ainsi, on est amené à croire que, de bien bonne heure, au moins vers le milieu du Ie1' siècle, des ébionites (esséniens ou autres des sectes sémitiques) firent connaitre le christianisme en Egypte. Les sorciers s’en préoccupèrent, et ils firent entrer dans leur panthéon, comme des divinités, des personnages principaux, d’abord Jésus, puis Jean, enfin, plus tard, Pierre et le Père qui est aux cieux 1 .

Ce fut dans ces temps premiers du christianisme que les sorciers surprirent ce qui parait avoir été une formule d’initiation : « Au nom de la sagesse et de l’intelligence, Jésus ». La signification est gnostique, le nom propre chrétien ; c’est bien ce que l’on s’attendrait, a priori , à trouver chez les chrétiens d’Egypte de ces temps-là. Quant au christianisme, il faudrait se rappeler qu’on croit que « le christianisme primitif n’eut... ni science, ni philosophie; ... il venait consoler ceux qui souffraient..., mettre l’homme pieux en

1. La phrase « qui est aux cieux » est personnifiée ou même déifiée. Voy. Bull, cio l’Inst. èçjupt ., novembre 1897 [; cf. p. 382-383 du présent volume].

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rapport... avec un Père céleste plein d’indulgence», qui devint le « Père qui est aux deux », chez les magiciens. « Saint Paul sent déjà le besoin d’une théologie spéculative... A Alexandrie, du mélange de toutes les cosmogonies, s’était formé un composé indigeste et malsain..., une doctrine qui avait la prétention de trouver la formule de l’absolu. . . L’initié à cette doctrine s’appelait gnosticos « savant accompli ». Le champ de la propagande de la gnosis et celui du christianisme étaient, à Alexandrie, fort voisins l’un de l’autre... Les gnostiques prenaient Jésus... comme un éon... incarné... Les chrétiens... trouvaient dans la métaphysique obscure des gnostiques ce qu’il leur fallait. » On peut croire que « le christianisme de ces sectaires était celui qu’on trouve chez les ébionites... ; une liturgie entourée de secrets offrait aux fidèles de ces singulières Eglises les consolations sacramentales... La formule prononcée par l’initiateur était en hébreu. » Le commencement était : « Bxacaa^auajar^aarav... 1 », tel que nous l’avons retrouvé dans les formules des magiciens ; mais, dans la version qui nous a été transmise par eux, se trouve le nom de Jésus. Nous doutons que ce soit une formule gnostique au nom de Jésus; nous préférons admettre que les chrétiens avaient adopté une formule gnostique, ou mieux, la formule est celle des gnostiques chrétiens de l’Égypte du premier siècle. Les magiciens transcrivirent la formule hébraïque en employant des lettres grecques, et alors on écrivit la formule de gauche à droite. Par la suite, on la transcrivit en démo tique, et on écrivit les mots de droite à gauche, mais la succession des mots, tels qu’on les avait dans les textes grecs, de gauche à droite, fut conservée. Quant au nom de Jésus, la double transcription du shin par ts et -s (et le ? final du grec manque) montre bien que, directement derrière le texte démotique, est la pro-

1. Renan, L’Étjlise chrétienne, p. 142 à 154; cf. Iving, The Gnostics and their Romains , p. 285.

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nonciation hébraïque. Il paraît donc que le magicien aurait conservé ce nom dans le texte démotique tel qu’on l’aurait appris des premiers chrétiens sémites. Toutefois, la signification des mots aurait été inconnue aux magiciens, et le nom de Jésus leur aurait fait penser que tous ces mots hébreux furent des noms propres de dieux, de divinités qu’on devait invoquer, qu’on pouvait évoquer. Pourtant il faut rendre justice aux sorciers, peut-être au rédacteur du papyrus : ils paraissent avoir eu le sentiment qu’il y avait quelque chose d’anormal dans le passage où est transformée en une série de divinités la formule qui semble avoir été celle de l’initiation chez les premiers chrétiens d’Égypte ; une fois ils l’ont presque toute réunie dans un seul passage1. On a supprimé plusieurs signes de divinités qui servent à déterminer et à couper les mots ; puis, les étranges efforts que fit le rédacteur du papyrus, — ou quelqu’un d’autre entre les mains duquel le papyrus aurait passé plus tard, — pour transcrire la formule en lettres grecques2, montrent bien qu’on fut tout à fait désorienté. Il est vraisemblable qu’on entrevoyait peut-être, anciennement, que c’était la transcription d’une formule mal comprise ou incomprise; mais, malgré cela, le texte démotique fondamental paraît avoir conservé le texte de la vieille formule d’initiation du christianisme de ces temps-là.

En résumé, nous avons vu que les formules conservées par les Notes d'un sorcier sont une compilation dans laquelle se trouvent utilisés des fragments d’écrits de diverses époques

1. Papyrus, Notes d’an sorcier , col. XVIII (IX), lig. 16 et suiv.

2. Il faudrait se rappeler que les transcriptions en lettres grecques en interligne sont, soit l’œuvre personnelle du sorcier rédacteur du papyrus, ou celle d’un sorcier qui a eu le papyrus entre les mains. Les transcriptions paraissent être inférieures au texte démotique, et peutêtre les notes dont on s’est servi pour les opérer étaient elles supérieures aux connaissances du rédacteur et furent-elles écrites par des personnes plus au courant, c’est-à-dire, plus instruites que celui qui avait essayé de transcrire certains mots en interligne, en caractères grecs.

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et de diverses provenances. Il paraît bien qu’elle renferme des formules assez récentes et d’autres dont la conception fondamentale remonte à une haute antiquité. Les emprunts faits à l’Ancien Testament paraissent être en partie d’après la traduction grecque, en partie d’après l’original hébreu, mais peut-être l’un et l’autre, plus ou moins, au moyen de l’enseignement oral. Les emprunts faits au christianisme paraissent avoir été faits à diverses époques. La petite invocation à saint Pierre et au Père qui est aux cieux peut bien avoir été inspirée par la propagande dite de saint Marc. L’invocation à Makliopneiuna « celui qui combat l’Esprit (saint) » semble se rattachera l’école de saint Jean. La petite formule « au nom de la sagesse et de l’intelligence » parait être gnostique, mais le fait qu’elle est en hébreu semble indiquer une origine asiatique et la rattache au vieux fond sémitique. L’emploi du nom de Jésus indiquerait qu’elle fut une formule du christianisme primitif, mais l’emprunt le plus ancien semble bien avoir été des noms de Jésus et peut-être de Jean. Le fait que ceux-ci sont transcrits directement de l’hébreu (ou syro-chaldaïque) indiquerait que les Égyptiens les apprirent de bien bonne heure, probablement des ébionites (ou esséniens, ou autres), même avant le milieu du premier siècle, à l’aurore du christianisme.

LA STELE DP MEHENPTAH1

Assurément, selon la tradition, les scènes décrites dans les premiers chapitres de Y Exode furent censées se dérouler sous Ramsès II et Merenptali2 3. Récemment on a découvert une stèle datée de l’an 5 de ce dernier roi, où il est fait mention d’Israël qui serait hors de l’Egypte \ Évitant, pour le moment, toute discussion sur la tradition du séjour d’Israël en Égypte, de l’Exode et des questions qui s’y rattachent, sujets que j’espère traiter en détail prochainement, il me semble bon d’attirer de nouveau4 l’attention sur ce qui paraît être un fait digne de discussion, et qui ressort d’une étude de la rédaction matérielle du texte sur la pierre de la stèle dite de Merenptali 5.

Le texte est composé de 28 lignes, dont 25 et un tiers sont consacrées à une sorte de composition poétique relative à la victoire du roi sur les Libyens, puis viennent deux lignes et deux tiers environ, consacrées à un petit passage indépendant de ce qui précède; il y est fait allusion à la victoire du roi, puis on parle des Asiatiques, parmi lesquels

1. Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien, nouvelle série, 1899, t. X.

2. Peu importe si l’on commence du vivant de Séti: cf. Maspero, Histoire, p. 217 et suiv.

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