‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 65 sur 309 · Cf. Darwin, Tlic Descent ofMan, vol. I, page 242 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. Darwin, Tlic Descent ofMan, vol. I, page 242 et suiv

4. Cf. Groff, Étude sur le papyrus d’Orbiney, p. 27, et Études diverses , p. 7[; cf. p. 90-92 du présent volume].

LA MALARIA

daient pas, il était capable de progrès. Le sentiment est juste, le progrès de rhumanité a été bien funeste aux dieux. Apollonius de Tyane, dit-on, fit tuer le démon de la peste : le progrès de la science moderne, après avoir transformé le terrible démon de la malaria en un microbe, saura l’anéantir.

Alger, le 4 Avril 1891.

ORIGINE DE L’ALPHABET’

UAkhbar du 28 juin contient un article intitulé : « Ce » que disent les lettres ». Mais d’où viennent les lettres, selon la science moderne? L’histoire d’un peuple c’est l’histoire de sa langue, mais celle de l’alphabet se lie intimement à celle de l’humanité.

Quant à l’origine de l’écriture, si les premiers scribes nous avaient raconté les tâtonnements de leurs prédécesseurs pour « fixer les sons de la parole », on ne serait pas réduit à des hypothèses à ce sujet. Le fait est que nous trouvons, sur les plus anciens documents que nous a légués la vallée du Nil, un système d’écriture très perfectionné, formé d’un mélange de signes idéographiques (qui expriment les idées par les images) et phonétiques (qui figurent les sons de la voix). Ces derniers se divisent en syllabiques, et comprennent plus de vingt caractères n’ayant la valeur que d’une seule articulation consonne ou voyelles. Ainsi se trouve, flottant, pour ainsi dire, au milieu d’une mer de signes divers, un alphabet. A côté des hiéroglyphes (sculptures sacrées) est l’hiératique où, au point de vue grammatical, les mots sont écrits plus complètement et, au point de vue graphique, plus en abrégé que les hiéroglyphes : — à l’origine, on traçait

1. Publié dans l 'Akhbar, Journal do. l’Algérie, du Vendredi 4 Juillet 1890.

ORIGINE DE L’ALPHABET

les contours de l’objet, tellement corrompus avec les temps, que l’original devenait méconnaissable. Vers l’an 2300 avant notre ère, l’Égypte fut envahie par des peuples de race asiatique, sémitique, ce fut « comme une nuée de sauterelles qui s’abattit » sur la vallée du Nil ; supérieurs en force et nombre aux Égyptiens, ils s’établirent dans le pays et fondèrent la dynastie des rois pasteurs, mais inférieurs en culture intellectuelle, les sages Égyptiens devinrent leurs maîtres dans l’enseignement des lettres. Pour écrire l’idiome sémitique que parlaient les envahisseurs, on choisit un certain nombre de signes hiératiques, de préférence ceux n’ayant la valeur que d’une seule consonne ou semi-voyelle ; ainsi naquirent les caractères égypto-sémitiques, d’où sont sortis tous nos alphabets actuels.

Transportés au pays de Chanaan, ils furent adoptés par des peuplades qui y habitaient. La propagation en paraît être due aux Phéniciens, — on les trouve dans leurs colonies conservés dans les inscriptions, par exemple à Carthage, où il devenait le néo-punique. Hérodote (V, lviii) nous dit que ce furent les Phéniciens qui introduisirent en Grèce..... des lettres, mais ces lettres changèrent avec la langue et prirent une autre forme. Il paraît bien démontré que les divers alphabets grecs dérivent de celui des Phéniciens ; vers l’an 403 avant notre ère, l’un d’entre eux, l’ionien, fut généralement adopté, et, de la Grèce, fut répandu sur les pays environnants où il subit encore diverses modifications. Transporté en Italie par les colons helléniques de la Sicile et de la Campanie, il produisit les systèmes graphiques étrusque et latin. Nous n’avons qu’un seul pas à faire; les lettres majuscules, telles qu’elles se trouvent en tête de l’AKHBAR, diffèrent à peine de leurs prototypes latins.

Outre cela, bien d’autres systèmes d’écriture sont sortis de celui que nous avons vu naître à l’ombre des temples, dans la vallée du Nil, soit directement, soit de ses rejetons, modifié selon les localités ; ainsi virent le jour l’araméen,

ORIGINE DE L’ALPHABET

l’hébreu, le palmyrénien, le syriaque, le nabatéen et celui qui est employé par les Arabes aujourd’hui. Ceux-là sont restés purement sémitiques, mais notre alphabet est le résultat de la collaboration alternative des sages de l’Égypte, de Chanaan, de la Grèce et de Rome, perfectionné et développé par nos contemporains.

HISTOIRE D’UN MOT1

(( Aucun roi ne conduit Pépi... Aucun roi ne commande Pépi... », dit le texte gravé dans la Pyramide de ce roi, qui régna sur l’Égypte il y a une cinquantaine de siècles.

Dès les époques les plus reculées d’où l’écho des faits et gestes de l’homme est parvenu jusqu’à nous, le même écho nous fait connaître ceux du Sar. Quelle fut la signification de ce titre? Par la citation que nous venons de faire, on constate qu’à l’époque des Pyramides, le Sar n’était inférieur qu’au roi, mais, ailleurs, les textes nous font connaître qu’au cours des siècles, le Sar perdit sa haute situation. Ce titre paraît signifier simplement « chef », ou bien « surveillant », ou « officier », mais on le trouve ailleurs qu’en Égypte. Selon les textes égyptiens et assyriens, il existait en Syrie, il y a peut-être trois mille ans, un puissant empire nommé « Khéta ». A quelle race appartenait ce peuple, ou bien même quelle était sa langue? On l’ignore. Mais, chez lui, le Sar nous a déjà fait connaître sa présence et sa puissance, car, selon les anciens Égyptiens, « le prince de Khéta », Khétasar..., fils de Maurasar, fit un traité avec Ramsès.

On trouve ce titre employé dans le texte hébreu de la Bible : Quand, dit-on, Abram descendit en Égypte, les Saré par’o a les Sars du Pharaon » virent sa femme.

1. Cf. la Reçue Algérienne et Tunisienne du 21 Mars 1891, et L'Arte, 18 Novembre 1893, revue égyptienne.

HISTOIRE D’UN MOT

En Chanaan, on dit que Picol fut le Sar de l’armée d’Abimélek, et on trouve également mention des sarné Pélistim. Les Philistins étaient d’origine occidentale, peutêtre des îles de la Méditerranée, en tout cas, ils étaient de race non sémitique.

Enfin, il est question, dans le livre de Daniel, du Sar du royaume de Perse. En Mésopotamie, on trouve le Sar plus puissant qu’en Égypte, car, dans les textes cunéiformes, Sar ru signifie « roi », et Sar Sar ri « rex regum ».

Certains assyriologues nous disent que ce titre est emprunté d’un peuple plus ancien, le peuple accadien ou sumérien, où sirra aurait signifié « celui qui conduit, guide », sens dont la langue arabe aurait conservé l’écho dans la racine sar, « marcher, cheminer », et ses dérivés.

Ainsi nous constatons qu’en Égypte, en Chanaan, chez le mystérieux Khéta, chez les Philistins, de même qu’en Mésopotamie, le Sar exerçait sa puissance. Le fait qu’on retrouve ce titre, sous une forme ou sous une autre, chez divers peuples, suggérerait l’idée que c’est un ancien titre préhistorique, que les divers peuples de commune origine auraient apporté avec eux de leur berceau primitif, ou bien peut-être adopté.

De l’Orient passons maintenant à l’Occident. Il me semble que j’ai lu ou entendu parler du fait qu’une fois la foudre tomba sur un monument où était gravé le nom de « Caesar ». Les premières lettres de ce nom furent effacées par la foudre, et il resta aesar (ou sar), ce qui, disait-on, si j’ai bonne mémoire, en langue étrusque, signifiait « roi ». Ainsi on retrouverait encore ici le titre sar, qui aurait été le prototype du nom Caesar. Le nom de Caesar passa, aux premiers siècles de l’ère vulgaire, au nord de l’Europe, où il est devenu en allemand, de nos jours, Kaiser « Empereur». Pour compléter cette étude, il nous reste à constater dans la langue slave l’omniprésent sar sous la forme Czar ou Tsar. Quelle étrange histoire que celle du mot Sar ! Nous avons

HISTOIRE D’UN MOT

constaté qu’avant l’aurore de l’histoire, le sirra guida la tribu nomade. Le sirra ou le sur aurait présidé aux premiers établissements des aïeux des anciens Egyptiens dans la vallée du Nil, et là, il aurait commandé avant que fût tracée l’ombre du premier obélisque. La main qui dégagea le grand Sphinx des rochers qui le cachaient, aurait été guidée par lui. Les pyramides s’élevèrent sous ses ordres.

Nous avons trouvé le sar non seulement en Égypte, mais en Chanaan, en Mésopotamie et à Rome, mais où sont-elles aujourd’hui ses congénères, les divinités de Memphis, de Tlièbes, de Ninive, de Babylone et de Rome? Le progrès de la raison humaine les a anéanties. Mais, certes, quel étrange destin que celui du sar, car, de nos jours encore, des millions de têtes se courbent devant lui, personnifié par le Kaiser et le Tsar1.

1. S. E. Abbate pacha, par la lettre suivante adressée au directeur [de l'Arte], complète l’intéressante étude sur le mot sar, que M. W. Groff a publiée ici la semaine dernière. « Je viens de lire avec intérêt, dans votre dernière revue, un article intitulé Histoire d’un mot et signé par mon ami, M. William Groff, le jeune et savant orientaliste américain. Comme toujours, il traite ses sujets avec toute sa compétence habituelle. Cette fois-ci, je crois pourtant devoir ajouter — il paraît qu’il l’a oublié — que dans la langue persane se trouve le même mot, avec la même racine, sar , dans l’expression sirdar. général en chef, commandant en chef, que les Turcs et les Arabes ont adoptée pour désigner le chef suprême d’une armée. » — Dr Abbate.

ÉTUDE

SUR

L’EXPRESSION « MOT-TAMOUT »'

On sait que, selon la critique moderne, le texte hébreu de la Genèse est une compilation formée par divers écrits antérieurs : l’un des deux documents fondamentaux, dans lequel Dieu est désigné par le nom d 'Élohim, a été intitulé Y Élohiste; l’autre, où l’on n’évite pas d’employer le nom Jéhovah, est connu par le nom de Jéhooiste. Ce qui caractérise le document élohiste est un style court et sec : on dirait un extrait des annales conservées à Jérusalem ; l’écrivain aime les chiffres et évite les digressions. Tandis que le rédacteur de 1 ’ Elohiste est un historiographe, l’auteur du Jéhoviste est un narrateur. Son ouvrage eut pour base un recueil de légendes et de traditions (anc. Élohiste ). Il semble avoir été très familier avec le cycle des vieux mythes, sur les faits et les gestes des dieux et des hommes dans la haute antiquité. C’est grâce à lui qu’on possède l’étrange légende sur les débuts de l’humanité au Paradis en Éden. Le rôle anthropomorphe joué par Dieu, le double nom Yaho-Élohim et un certain nombre d’expressions employées dans le texte

1. Communication faite à l’Institut égyptien dans la séance du 5 février 1892, publiée dans le Bulletin , 3° série, t. III, p. 13-19, avec tirage à part.

hébreu servent à donner à sa narration une place à part dans la littérature biblique1.

Au deuxième chapitre de la Genèse, verset 17, se trouve une expression qui a beaucoup embarrassé les apologistes5. Un texte égyptien servira peut-être à l’expliquer et jettera, même, une bien vive lumière sur la rédaction des vieilles légendes conservées par la Genèse3.

Dieu, selon le texte hébreu Yaho-Élohim*, après avoir planté un jardin en Éden, à l’Orient3, y plaça l’homme

1. Voir Dillmann, Die Gencsis, Vorbemerkungen, p. x et suiv., et p. 39 et suiv. — Renan, Histoire du peuple d’Israël, t. II, p. 379 et suiv., et p. 339 et suiv.

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