‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 83 sur 309 · Jérémie, xxv, 26-51, 1; ef. u · texte numérisé non relu

Jérémie, xxv, 26-51, 1; ef. u

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sinon imposée aux Égyptiens, l’année de 365 jours, qui répondait approximativement au retour annuel des phénomènes naturels, alors que, de même que l’Égypte elle-même, l’année devait son origine au fleuve. Il est bien singulier qu’en donnant à chacune des lettres du mot NsïXoç sa valeur numérique, la somme totale soit 365, juste le nombre des jours de l’année. Ainsi : N = 50, E — 5, 1 = 10, L =30, O = 70, S = 200; total : 365. Il est évident que c’était non pas le mot Neïàoç qui aurait indiqué les 365 jours de l’année, mais l’inverse ; ce doit avoir été des 365 jours de l’année qu’on aurait tiré le nom. Faisons le calcul en sens inverse, et pour la commodité de l’exposition employons les chiffres arabes. Le chiffre 365 est composé de trois signes numériques, 3, 6 et 5; additionnons les 3 -f- 6 + 5 = 14. La quatorzième lettre de l’alphabet, ou des signes numériques, est N1, ayant la valeur numérique de 50. Retenons cette somme, représentant autant de jours de l’année, de la somme totale, ainsi : 365 — 50 = 315. Le premier chiffre à droite du résultat est 5, qui serait représenté par E. On aurait NE ; retenons de cette somme, comme auparavant, autant de jours utilisés, ainsi : 315 — 5 = 310. Prenons le chiffre à droite, 10, qui serait représenté par I, on aurait NEI ; retenons le 10, ainsi : 310 — 10 = 300. Pre-

1. Les lettres employées pour écrire la langue grecque sont d’origine phénicienne et, de même que chez les Sémites, sont employées chez les Grecs comme chiffres numériques. L’alphabet grec, tout en laissant tomber une des lettres (la sixième), la maintenait au point de vue numérique, conservant ainsi les lettres-chiffres chacune à sa vraie place, où N occupe la quatorzième, avec la valeur de 50, de même que dans l’alphabet primitif. Voir, par exemple, Maspero, Histoire ancienne, p. 746 et 747; Preiswerk, Grammaire hébraïque, § 2 (cf. tableau à la fin); Stern, Koptische Grammatik, § 277, planche à la fin. Je n’ai pas besoin de faire remarquer que les lettres-chiffres employées pour 90 et 100, etc., ne s’accordent plus avec les lettres sémitiques, sauf 1000, etc. Bien entendu, le calcul relatif au mot Nil est d’après la valeur grecque des lettres-chiffres.

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nons maintenant le 30, qui serait L, on a NEIL; retenons le 30, ainsi : 300 — 30 = 270. Prenons le 70 qui serait O, on a NEILO ; retenons 70, ainsi : 270 — 70 = 200, qui serait écrit par la lettre-chiffre S. On aurait alors NEILOS, le nom usité par les textes grecs, comme nom propre du fleuve le Nil.

Ainsi la règle suivie pour former ce mot aurait été des plus simples. Pour faire du nombre 365 des jours de l’année, un mot composé de six lettres, qui serait le nom propre du fleuve, identifié avec l’année, on aurait d’abord additionné (3 — |- 6 — |— 5 = 14), le résultat (14) aurait indiqué la lettre N. On aurait retenu sa valeur numérique (50) de la somme primitive (365 — 50 = 315), puis, du résultat (315), on aurait choisi le chiffre à droite (5) qui aurait indiqué la lettre ayant cette valeur (E) ; on aurait retenu sa valeur de la somme totale (315 — 5 = 310). Le chiffre suivant (.10) aurait indiqué la lettre I, et on aurait retenu sa valeur numérique de la somme totale (310 — 10 = 300). On aurait répété l’opération autant de fois, ainsi que nous l’avons vu, jusqu’à ce qu’on aurait eu pour résultat le mot NEILOS1.

Dans l’exposition qui précède, nous avons employé des chiffres arabes, mais, à l’époque de la domination grecque en Égypte, on se serait servi, comme signes numériques, des lettres grecques. Cette remarque permettrait de simplifier encore les calculs qui précèdent. Il faudrait, d’abord, supposer le nombre trois cent soixante-cinq écrit en grec, en toutes lettres, on aurait écarté les désinences -xôatoi et

1. Résumons ainsi dans un tableau ce calcul. Le nombre 365, additionnons les chiffres 3, 6 et 5 = 14, indiquant la lettre N, valeur numérique . 50 N.

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-•/'/ma ; restaient les nombres trois, six et cinq. Pour ne pas répéter ce qui se trouve développé précédemment, ajoutons seulement que, là où, selon la règle, on aurait dû prendre un seul chiffre, on se serait servi en grec d’une seule lettre ; ainsi 50 aurait été remplacé par N, 10 par I, 30 par L, 70 par O, et 200 par 5. Mais il faudrait supposer lambda ayant la valeur tantôt de trois cents, tantôt de trente. Dans le premier cas, on peut supposer cette lettre munie d’une marque, d’après un système de notation qui lui aurait donné dix fois la valeur de trente. Fut-ce peutêtre par une assonance avec le nom égyptien ne-il-a, ou y eut-il encore d’autres causes qui auraient engagé les Grecs à choisir cette lettre1 ? Mais une autre difficulté s’oppose à l’hypothèse qui voudrait que le mot Néilos fût un nom fictif : ce nom serait, dans ce cas, une fabrication des savants, tandis qu’au contraire, quoique ce ne soit pas absolument sûr, le mot Néilos paraît bien avoir été une désignation populaire du fleuve.

Une règle élémentaire de critique est qu’un fait ne peut se passer que d’une séule manière. En ce cas, comment admettre que le nom Néilos est : 1° une transcription du sémitique na'ar; 2° une transcription de l’égyptien ne-ial-u ou ne-il-u, et 3° un nom artificiel formé du chiffre trois cent soixante-cinq?

Il est facile de concevoir qu’un fait peut être le résultat de plusieurs causes. Ainsi, il est possible que les Grecs enten-

1. En grec, après avoir obtenu N, ainsi que nous l’avons vu, 315 serait ( lambda ayant d’abord la valeur de 300, puis de 30; j’espère revenir sur cette question de même que sur le signe pour six) représenté par LIE; prenons ces lettres de droite à gauche, on obtient EIL; 270 serait SO; prenons la lettre O à droite, il reste S; résultat, NEILOS. Notons qu’une forme NILOS, sans E, donnerait comme valeur totale 360, c’est-à-dire l’année moins les 5 jours épagomènes. L’omicron serait changé en V, peut-être, par le vague des voyelles ou, peut-être, par une prononciation plus pure, celle du pluriel égyptien u (cf. Nc-il-n), d’où la forme latine Nilus. Sans la terminaison us, on aurait Nil.

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dirent les Sémites, en parlant du fleuve, prononcer le mot ncCar\ puis, assurément les Grecs apprirent des Égyptiens que les branches du fleuve qui traversent le Delta étaient nommées ne-ial-u, ne-il-u ; mais il est bien difficile de croire fortuite et d’écarter complètement l’étrange équivalence entre la somme totale de la valeur numérique des lettres du mot NeTXoç et le nombre des jours qui formaient l’année égyptienne. Tâchons maintenant de résumer cette étude, et d’écrire l’histoire du nom du fleuve d’Égypte, le Nil.

Les premières civilisations ou groupements d’hommes semblent avoir eu lieu aux bords des grands cours cTeau. Une lutte du fleuve contre le désert avait créé l’Égypte. Quel fut le nom que les habitants autochtones de la vallée du Nil donnèrent au fleuve? Nous l’ignorons ; peut-être, pourtant, a-t-il été conservé par les textes égyptiens \

Parmi les noms du fleuve usités dans les plus anciens monuments fut atul = atur, apparenté, probablement, avec la forme dialectale ou populaire aal-aul, qui doit avoir donné naissance à inouï , forme vulgaire, dont le sens plus précis paraît avoir été « rivière », et d’où Portent le démotique ial ou il, et les dérivés coptes. Le nom populaire ou vulgaire des anciens Égyptiens fut assez généralement adopté par les peuples d’Asie comme nom propre du fleuve le Nil. Les Grecs, dès leur arrivée dans le Delta (et ce fut par le Delta, d’abord, qu’ils firent la connaissance de l’Égypte), auraient appris des Égyptiens qu’une des branches du fleuve était nommée ial = il, et que toutes les branches, tantôt plusieurs, tantôt réunies par l’inondation, étaient nommées ialu ou il-u « rivières », ou ne-ial-u , ne-il-u , « les rivières » ;

1. On reconnaît chez les anciens Égyptiens une race d’origine asiatique. La grammaire de leur langue était sémitique, mais, sans doute, bien des mots des anciens habitants du pays passèrent dans leur vocabulaire. Un nom propre comme celui d’un fleuve a dû être conservé par des peuples divers pendant bien des siècles ; cf. les noms des fleuves dans l’Amérique du Nord, etc.

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cette dernière désignation aurait été adoptée par les Grecs daps le langage courant. On peut supposer que, lorsque les Grecs fixèrent par écrit l’orthographe de ce nom, ils choisirent les lettres de l’alphabet de telle sorte que la somme totale des lettres, prises suivant leur valeur numérique, égalât celle des jours de l’année, inséparablement associée avec le fleuve 1 2 .

Au fur et à mesure que les Grecs avancèrent vers le Sud, ils conservèrent le même nom qu’ils employaient dans le Delta ; sous la domination romaine, la même désignation fut adoptée sous la forme Ni lus \ Grâce aux Grecs et aux Romains, l’Europe fit la connaissance de l’Egypte. Le nom propre du fleuve employé par eux passa, à peine modifié, dans les diverses langues européennes et, au moyen d’eux, fut répandu dans le monde entier.

1. Ou bien, encore, on peut supposer qu’on forma, du nombre trois cent soixante- cinq suivant la méthode que nous venons de voir, un mot NsïXo; (qui serait dérivé de l’égyptien Ne-il-u, la terminaison sigma étant ajoutée), qui correspondait au nom usité dans la langue populaire et qui, par la somme totale de ses lettres, égalait le nombre des jours de l’année. Je ne discuterai pas une hypothèse selon laquelle le mot NsTXo; serait formé de na'ar, avec la terminaison os, arrangée de façon à ce que la valeur numérique des lettres égalât le nombre des jours de l’année.

2. « Nilus .... fleuve de l’Éthiopie, de la, Nubie et de l’Égypte, et N il us, canal, fosse, par où l’on détourne l’eau d’une rivière » (Dict. ; cf. l’hébreu g c’oritn; Job, xxvm, 10, et pour le copte, Peyron, Lexique, p. 40, enfin Le Décret de Memphis).

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