L’ÉGYPTE ET LA BIBLE
AU POINT DE VUE GÉOGRAPHIQUE1 2
Tandis que des explorateurs et des voyageurs viennent ici faire connaître les pays étranges et les peuples plus étranges encore qu’ils ont visités, peut-être ne serait-il pas sans intérêt de faire, en quelque sorte, un voyage parmi les peuples de la haute antiquité, et, au lieu de remonter le cours d’un fleuve, de remonter le cours des siècles, et d’étudier la cosmogonie telle qu’on l’enseignait, et puis la géographie, ou plutôt les systèmes d’orientation géographique usités chez les deux grandes races de l’antiquité, Sémites et Hamites.
Chez les Sémites, à Ninive, par exemple, on racontait :
Jadis, ce qui est en haut ne s’appelait pas le ciel,
(Et) ce qui est en bas, la terre, n’avait pas de nom ; L’abîme infini (fut) leur générateur,
Le chaos de la mer (fut) celle qui a tout engendré.
Jadis les dieux n’existaient pas encore,
Aucun nom n’était prononcé,
Aucun destin n’était fixé*.
1. Communication faite à la Société khédiviale de géographie dans la séance du 28 janvier 1893, et publiée dans son Bulletin , t. III,
2. Voy. Menant, Manuel de la langue assyrienne, p. 378-379; Oppert, dans Ledrain, Histoire d’Israël, t. I, p. 411, cf. p. 2 (notes); Lenor-
i/ÉGYPTE ET LA BIBLE
Selon les traditions grecques, les Phéniciens croyaient qu’au commencement était une atmosphère ténébreuse et orageuse... de h union du désir et de l’esprit naît... l'élément aqueux qui devient limon et d’où sort l’univers1. Conceptions dont le premier chapitre de la Genèse se fait l’écho : « La terre était sans forme et vide et (les) ténèbres (étaient) sur la face de l’abîme 2. »
Il est généralement admis que les anciens Égyptiens étaient d’origine asiatique; il est donc loisible de supposer qu’on retrouvera chez eux des traces de l’enseignement et des croyances qu’ils auraient apportés avec eux de l’Asie. Dans un des monuments les plus anciens de l’Égypte, la pyramide du roi Pépi3, il est dit : « (Le) ciel n’existait pas, (la) terre n’existait pas, (les) hommes n’existaient pas, (les) dieux n’étaient pas nés, (la) mort n’existait pas4. » Ailleurs, il est dit : « Sliou a soulevé le Noun étant sur l’escalier qui est dans la ville des Huit... Je suis le dieu grand qui s’est donné la forme à lui-même, c’est-à-dire l’Eau, c’est-à-dire le Noun, père des dieux, etc. » Ce passage signifierait que « le dieu grand, c’est-à-dire la divinité suprême, apparaît sous la forme de l’eau primordiale, le Noun ou Nil cé-
mant, Les Origines de l'histoire , t. I, et Quentin, Du prétendu parallèlisme , etc. Ne s’appelait pas le ciel, etc.; c’est-à-dire le ciel, etc., n’existait pas.