Voy. Renan, Histoire du peuple d’Israël, etc
l'égypte et LA BIBLE
per-âa « (la) grande maison » ; tout lieu franchi par le soleil ou habité par le roi, fils du soleil, est double, d’où l’on peut supposer la forme per-ui-âa-ui « (les) deux grandes maisons )) 1 . Ce titre subit une des plus curieuses transformations, soit par un caprice graphique, soit peutêtre d’après une prononciation ou plutôt assimilation réelle. Dans la famille des anciens Égyptiens, le mari était le nebpa « maître de la maison », la femme était la neb-t-pa « maîtresse de la maison ». On avait probablement assimilé l’adjectif âa (grand) au roi, et on faisait ce mot précéder, ainsi que le témoignent les textes, le substantif maison (ou « double maison »); ainsi le roi « maître de la double terre » devient le « grand de la double maison ». La similitude entre l’hébreu Par'o (cf. la transcription grecque <î>apxw) et l’assyrien Pi-ir-'-u 2 indiquerait des transcriptions de l’ancien titre per-âci, qui aurait été conservé comme forme populaire 3 .
1. Voy. Grébaut, Hymne à Anunon, p. 272; cf. Pierret, Études èyi/pt., 2e part., p. 135; et p. 138 (2). L’adjectif s'accorde avec le substantif; cf. Papyrus d'Orbiney, 17, 1 ; 19, 4; mon Étude sur le Papyrus d’Orbiney , p. 46, 47 et 52, 53 ; peut-être âaaiu est pour à alu — ctaui; alors il faudrait transcrire perui âaui.
2. Voy. Oppert, Les rapports etc., p. 15, et Schrader, K. A. T ., p. 153.
3. Par,co, Pharaon. La Bible emploie ce titre comme nom propre du roi (cf. pourtant II Rois, xxm, 29; Jérémie, xliv, 30). La tradition place la descente d’Israël en Égypte sous un des rois pasteurs qu’elle nomme Aphobis; c'est évidemment l’un des Apapi qui aurait été, alors, le nom du roi dont il est question au xue chapitre de la Genèse. Selon les écrivains orientaux, ce roi fut nommé Riyân; il était fils d’£7 Walid l’Amalécite.
Il est généralement admis que « Pharaon est une forme hébraïsée, puis grécisée, du titre Piroui-âa « la double Grande maison » (Maspero, Contes populaires, 2° édit., p. 21 (note). Cf. Ebers, Æyypten und die Bûcher Moscs , p. 263 et suiv.
Cette explication rencontrerait une difficulté bien sérieuse : le signe de la maison serait, dans ce titre, transcrit per, tandis qu’ailleurs il est transcrit pa (voy., par exemple, Pierret, Vocabulaire hiérogl., p. 140
AU POINT DE VUE GÉOGRAPHIQUE
II. Yëor. Ce mot paraît être la transcription du nom populaire ou vulgaire employé par les anciens Égyptiens pour désigner leur fleuve. En Égypte, dès une très haute antiquité, on trouve le fleuve d’Égypte désigné par le mot atul; ce nom est apparenté avec la forme populaire aal — àul, d’où probablement la forme vulgaire iuaol, — dans les textes démotiques ial ou il, et en copte iepo, eioop, qui sont des dérivés des noms employés par rancienne langue \ La forme populaire ou vulgaire iuaol est transcrite dans le texte hébreu de la Bible par Yëor; l’assyrien IanC\i paraît correspondre à une forme égyptienne iuaol-
et suiv., et p. 152. — Pcr-àa, et. pria). On s’attendrait à trouver àa transcrit par aïn seul, au lieu de aïn , hè (voy. E. de Rougé, Orujinc de l'alphabet, p. 95, clu = aïn, hè, p. 94) ; peut-être faut-il expliquer la transcription aïn , hè par le duel (ou pluriel) de l’adj. « grand ». De plus, on ne trouve aucun équivalent pour la formule anhh ata senb, vie, santé, force, qui accompagne ordinairement ce titre dans les textes égyptiens. On peut douter que le roi ait été jamais qualifié « la grande maison » (cf. Ebers, p. 264); il aurait été plutôt qualifié « celui de la grande maison », mais il est bien facile de comprendre que le roi aurait été appelé le grand de la double maison, — ■ le palais. — Pourtant, la traduction littérale du titre per-âa serait « maison grande », c’est-à-dire (la) grande maison; il est quelquefois môme difficile pour nous de savoir s’il s’agit du roi ou de la « grande maison ». Peut-être est-ce précisément cette amphibologie qui aurait aidé à faire assimiler l’adjectif « grand » âa au roi suten (?), et, par suite, donné naissance au titre « le grand de la double maison ».
Ce titre, très fréquent dans la langue sacrée, est difficilement reconnaissable en démotique, s’il n’a pas tout à fait disparu. Le copte mo-ypo serait plutôt une transcription de la forme employée par les textes grecs que de l’ancien per-âa. Cette forme copte, piouro, dont l’usage a détaché les deux premières lettres pour en faire l’article et orpo « roi » de ur-âa (voy. Pierret, Dict. d’arch., p. 434, et Stern, Gramni., p. 92 et note), litt. : « le très grand », fait penser à l’ancienne forme « le grand de la double maison ».
1. Je crois que je n’ai pas besoin de discuter les permutations entre L et R. — D’après Stern, Gramni ., p. 92, i^po, eiepo, dériverait de atur-âa; ce serait, croyons-nous, plutôt de aal-àa, etc., ou iuaol-âa (?) .
l’égypte et la bible
âa, le grand fleuve. Un texte persan désigne le fleuve d’Égypte par le nom p-i-r-a-v , dont p correspondrait à l’article égyptien masculin singulier et i-r au il, ir, « fleuve, rivière », des textes démotiques. Les Grecs auraient adopté une forme qui correspondrait au nom populaire il, au pluriel à cause des embranchements du fleuve qui traversaient le Delta, et précédée de l’article pluriel ne. Lorsque ce nom, ne-il-u, passa dans l’écriture, on se souvint d’une assimilation entre le fleuve et l’année, et l’on choisit des lettres de sorte que la somme totale de ces lettres, prises suivant leur valeur numérique, égalât le nombre des jours de l’année, 365, d’où le nom NeiXos qui, se modifiant légèrement, devint Nilus, puis passa dans les langues européennes, où il devint Nil etc., et s’est conservé encore de nos jours en
arabe : JJ ' .
III. ’Ahou. Les vaches que, dit-on, le roi rêva, sortirent du fleuve, se mirent à brouter Y’âhou*. Le mot ’âliou, employé par le texte hébreu, est la transcription d’un mot qu’on trouve employé dans la langue égyptienne dès l’époque des Pyramides jusque dans le copte ; le sens fondamental paraît être « verdoyer, verdure, herbe de marais », etc. Ce mot paraît bien avoir passé dans le grec alexandrin sous la forme 'Ayz i ou "a^C.