‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 99 sur 309 · Mais pas exclusivement égyptienne · texte numérisé non relu

Mais pas exclusivement égyptienne

2. Voy. Recueil de Travaux, vol. V, p. 190; Mélanges d’ archéologie, III, p. loi, note; Stèle d’Alexandre au Musée deGhizeh, n°283du Catalogue. — Cf. Hérodote, II, xciv, et Ebers, Æggpten und die Biïchev Mose’s, p. 339. — Cf. Gen., xxn, 17; Juges, vu, 22. — Cf. Papgrus Anastasi /, pl. 3, lig. 8. — Pour le pronom réfléchi, voy. mes diverses études.

3. La Sagesse de Sirach , xl, 16. — Cf. la pyramide de Pépi I, lig. 123; Recueil, vol. V, p. 177.

4. Le mot sibbolét est traduit dans le lexique par « épi ». Les textes hébreux offrent un certain nombre d’exemples de ce mot; dans Ésaic, xvn, 5, il semble bien être question des épis de blé, peut-être de même dans Ruth, ii, 2, mais Job, xxiv, 21, est moins sûr, et, dans Zacharie , iv, 12, le mot est associé avec l’olivier.

l'égypte et la bible

breu et en grec ; un exemple de l’inverse, le sémitique sibbol- (èt), a passé dans la langue égyptienne, où on le trouve conservé dans des textes sous la form q sebail, ce qui s’accorderait bien avec l’hypothèse qui rattacherait ce mot à la racine verbale s-b-l, dont le sens fondamental paraît être « pendre, être suspendu », comme des fruits d’un arbre. En égyptien, sebail semble signifier « touffe », sebail-n-aar, grappe de

raisin (^^c ayfic). Ailleurs, en égyptien, on rencontre ce mot déterminé par le vase. Parmi les végétaux de la vallée du Nil, celui qui semble le mieux répondre aux indications, tant de la Genèse que des textes égyptiens, est le palmier, ou plutôt le fruit du palmier-dattier. On peut supposer que le mot sebail avait passé en égyptien d’abord avec le sens de touffe, grappe, etc., puis qu’il fut plus particulièrement

attribué à la touffe des dattes du palmier ULL-), soit chez les Égyptiens, soit chez l’écrivain biblique; on lui aurait donné un sens encore plus précis, celui d’un régime de

dattes Il semble donc qu’il s’agissait des régimes

de dattes qui furent desséchés par le vent, le qâdim 1 .

1. Voy. Gesenius, H. W. B., p. 812 et suiv.; Kamal, Vocab. hièrogl. des noms des plantes , p. 214. — Pap. Anast. IV, 13, 1 ; cf. Anast. III, 2, 12. Cf. Maspero, Du genre èpistolairc , p. 21 et 103. — Palmiers, cf. Pierret, DLct. d'archèol., p. 408 et suiv. On peut tracer l’histoire de ce mot : Racine, sbl, le subst. sbl ( sblt ) qui passa en égyptien sous la forme sebail , puis retourna en hébreu ( Gen xli, sibbolim ) avec le

sens régime de dattes, et est conservé dans l’arabe

(cf. ÏJ etc.). Il faut se figurer le roi rêvant qu'il vit une branche, tige

ou, littéralement, canne, d’où poussèrent sept régimes de dattes gras et bons, puis il en poussa sept maigres et desséchés par le khamsin : ainsi nous aurons un tableau très égyptien. Pourtant, on éprouve une certaine difficulté à se figurer des régimes de dattes qui poussèrent « maigres et desséchés par le vent du midi »; on est surpris que les régimes de dattes, gras et bons, ne furent pas desséchés, mais il s’agit d’un rêve qui fut décrit, probablement, pour cadrer avec l’interprétation. — Peut-être l’écrivain biblique s’est-il servi d’une tradition égyptienne

AU POINT DE VUE GÉOGRAPHIQUE

Étudions maintenant le mot qâdim, qui signifierait, selon le lexique, lèvent de l’est.

Depuis l’époque où fut faite la traduction de la Bible dite des Septante, il a été reconnu que, relativement à l’Égypte, le vent d’est ne conviendrait pas. C’est évidemment qu’il s’agit du vent chaud et néfaste du midi ; mais pourquoi avait-on employé le mot qâdim pour désigner le sud?

Nous avons vu que le rouah hâqqâdim aurait amené les sauterelles en Égypte, et que le rouah yâm les aurait jetées à la mer Rouge. Le mot yâm signifie littéralement « mer » et la mer Méditerranée est à l’occident de la Palestine, d’où le mot yâm. reçoit la signification de l’occident; les mots rouah yâm signifiaient littéralement un « vent de mer ». Relativement à l’Égypte, la mer Méditerranée est au nord et au nord-ouest ; un vent venu de cette direction aurait, en effet, jeté les sauterelles à la mer Rouge. Alors le narrateur biblique, quoique écrivant en Chanaan et en hébreu une langue sémitique, aurait parlé, relativement à l’Égypte, au point de vue égyptien. Pour que le rouah yâm (vent de mer) soufflât, il est dit que Jéhovah ( Ya.ho) « tourna » (le vent); le verbe employé est Kâpak , qui signifie tourner, re-

qui aurait été, en quelque sorte, ainsi conçue : «Un roi d’Égypte aurait rêvé qu’il vit sept régimes de dattes, peut-être sept branches de palmiers, desséchés par le vent du midi (le khamsin). » La signification serait bien évidente ; la branche de palmier est le signe hiéroglyphique de l’année, sept années de famine (cf. Journal asiatique , t. XIV, p. 527). L’association du palmier avec l’année, dans la légende primitive, ne doit pas être fortuite (cf. Gen., xli, 26 et suiv.). — J’espère revenir encore sur cette question. — Notons que l’arabe paraît avoir conservé

divers sens du mot, ainsi l’on trouve J, laisser retomber, laisser pen¬

dre ou traîner, monter en épi. — Cette dernière signification paraît être apparentée avec «J épi. — La traduction de sibbolim par épis , des épis

de blé desséchés par le khamsin, serait bien égyptienne. Voy. Grégoire, Du khamsin et de ses effets; — du blé retrait, dans les Mémoires de l'Institut égyptien, t. I, p. 369 et suiv.

l’égypte et -la bible

tourner, etc., et semble comporter la nuance de sens de « contraire », d’où Iiépèk « le contraire ». Alors si le rouah yâm servait à indiquer un vent venu du nord, le rouah qâdim (ou rouah haqqâdim) doit être un vent venu du côté opposé, c’est-à-dire du sud.

Il s’agit maintenant d’expliquer le fait étrange que le texte hébreu emploie le mot qâdirn qui signifie l’est, Varient, pour indiquer le sud.

La Bible reconnaît quatre vents 1 , et les mots employés pour les indiquer sont les mêmes que ceux des points cardinaux ; ainsi que nous l’avons vu, le Sémite s’orientait en tournant sa face vers le côté du soleil levant, qui était pour lui le qèdèm ou qâdirn, le côté de devant, l’orient, et par suite qâditn ou rouah qâdirn signifiait le vent d’orient.

Chez les Égyptiens, on reconnaissait également, et cela dès l’époque des Pyramides2, quatre vents3, qui furent indiqués par les mêmes noms qui servaient à désigner les quatre points cardinaux ; mais l’ancien Égyptien s’orientait en tournant sa face vers le sud, qui devint pour lui le côté antérieur, le devant.

Ainsi, pour les Sémites, le « devant » était Y orient, pour les Égyptiens, le « devant » était le midi.

Nous avons vu que l’écrivain biblique cherchait à donner une couleur locale à son récit en y introduisant des mots égyptiens ; il serait alors parfaitement admissible que, relativement à l’Égypte, on eût représenté le roi rêvant et par-

1. Voy., par exemple, Ésèchiel, xxxvn, 9, ef. xlii, 16 et suiv. ; Daniel , vu, 2, xi, 4. Voy. encore Fragments d'un récit épique de la lutte de Maroudout contre Ticimat, clans Lenormant, Les origines de l’histoire, t. I, p. 508, etc.

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