A SON PÈRE
Londres, 24 novembre 1789.
Je suis arrivé ici le 19^ mon très-cher père, après un voyage qui n'a rien eu de remarquable, et le plus douloureux passage de mer que j'aie encore eui Je n'ai pas tardé à regretter JParis ; car ici les inquiétudes sur nos affaires ne
* Cette lettre fut publiée pour la première fois dans Tédition de 1862, d'après le manuscrit d'André Chénier; Elle est adressée à M . de Chénier, ancien chargé d' affaires , de France à Maroc, rue du Sentier, n«24.
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sont pas moindres et sont plus désagréables, parce qu'elles sont plus vagues, et qu'on est plus longtemps à savoir à quoi s'en tenir. Ajoutez que les 'mauvaises nouvelles sont toujours grossies et exagérées, non-seulement par la mauvaise volonté des Anglais, mais encore plus par la plupart des Français qui sont ici, et qui ne voyent pas que leur odieuse animosité envers leur patrie les rend méprisables et ridicules. Hier on nous a annoncé que des lettres, en date du 19 ou du 20, arrivées par un courrier extraordinaire portaient que ce jour-là même tout Paris était en combustion ^, que les tocsins sonnaient de toute part, etc.. Je fais tout ce que je peux pour douter de ces funestes nouvelles, et il me tarde bien d'être éclairci. Car ceux qui nous ont annoncé ce soulèvement ne disaient aucun détail, ni ne lui assignaient aucune cause, ni en6n n'ajoutaient rien qui pût donner un objet déterminé aux alarmes qu'ils taisaient naître. Il n'y a ici aucune nouvelle qu'on puisse vous mander. Les affaires de France sont ici comme en France l'objet qui occupe seul les conversations. Adieu, mon très-cher père, je prie ma mère d'agréer l'assurance de mon respect. J'embrasse mes frères de tout mon cœur et vous prie de compter à jamais sur ma respectueuse tendresse. Chénier de Saint-André*.