‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 103 sur 121 · A SON PÈRES · texte numérisé non relu

A SON PÈRES

Londres^ 19 janvier 1790.

Les nouvelles qui nous arrivent de France, moitié bonnes, moitié mauvaises, m'inquiètent par rapport à vous, mon très-

*■ Ces nouvelles étaient fausses; il ne s'était rien passé à Paris, à cette date.

' La signature est remarquable. Dans la famille, on* n'appelait jamais André Chénier que Saint-André. Voyez une note, à ce sujet, au commencement de l'Introduction.

s Publiée dans l'édition de 1840.

cher père. Je désire savoir ce qui se passe au sujet de votre pension et si vous avez déjà préparé quelque chose à mettre sous les yeux de TAssemblée nationale, quand il s'agira d'examiner les motifs de toutes les pensions. On a pris sur cet article un parti qui semble bien violenta Plaise au ciel que les affaires s'arrangent ! ce qui ne peut guère avoir lieu que par les finances, qui vont bien lentement. Outre la honte qu'entraînerait une faiblesse, quelles horribles convulsions n'en seraient pas la suite dans Paris ! car les provinces s'en ressentiraient moins. Mais il est sûr que Paris serait un enfer pendant quelque temps. Je ne puis songer à cela sans fréroiçsement.

J'apprends que le temps a été fort beau à Paris. Je m'en réjouis ; car je m'imagine que cela peut vous entretenir en bonne santé, et c'est toujours cela. L'ouvrage de mon frère* a toujours un grand succès à ce qu'on me mande. C'est un bien véritable et bien sensible plaisir pour moi. Je viens de lire dans un papier français un interrogatoire de M. de Favras, oii je vois que ce Monsieur avait aussi conspiré' contre Charles IX, Dites, je vous supplie, à mon frère, que je le supplie de^nepas tarder à m'envoyer cet ouvrage aussitôt qu'il sera imprimé; et aussi que M. Dutens* désire qu'il le place au rang des souscripteurs pour deux exemplaires. Vous avez lu ou bien je

*■ Par son décret du 4 janvier 1790, l'Assemblée nationale avait différé jusqu'au l*"" juillet le payement de toutes les pensions à échoir dans le courant de cette année, et nommé un comité de douze membres pour examiner les motifs de toutes les pensions.

• La tragédie de Charles IXj représentée pour la première fois sur le théâtre de la Nation, le 4 novembre i789. La vingt-cinquième représentation avait eu lieu le 15 janvier 1790.

' Voyez dans le procès la déposition du nommé Tourcaty. A la troisième rnpré^'entation de Charles IX, le marquis de Favras lui aurait offert de faire tomber la pièce, moyennant"18,000 ou 20,000 livres.

* Dutens, littérateur et érudit français, ou du moins né en France; il était protestant, s'expatria et se fixa en Angleterre. Nous avons eu l'occasion de citer dans l'Introduction quelques passages de ses Mémoires d'un voyageur.

VOUS conseille de lire un excellent écrit que le chevalier de Pange m'a fait passer, où il traite de la délation et du comité des recherches *. C'est un écrit plein de justice, de noblesse, de raison et d'éloquence, et qui ne peut déplaire qu'au faubourg Saint-Antoine.

Adieu, mon très-cher père, je vous embrasse avec la plus respectueuse tendresse, et vous prie de présenter mes respects à ma mère, et mes tendres amitiés à tous mes frères et à ma sœur', quand vous lui écrirez.

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