‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 115 sur 121 · LEHRE DE M. LE MAIRE DE PARIS A SES CONCITOYENS · texte numérisé non relu

LEHRE DE M. LE MAIRE DE PARIS A SES CONCITOYENS

Je crois de mon devoir de m' expliquer en peu de mots sur la fête qui se prépare à l'occasion de l'arrivée des soldats de Châteauvicux. Les esprits s'échauîfent, les passions fermentent, les citoyens se divisent; tout semble présager le désordre. On veut changer un jour de fêle en un jour de deuil. Les ennemis du bien public s'applaudissent, mais les amis de la patrie et de lu paix se rallieront toujours, et l'espoir des intrigants sera trompé.

De quoi s'agit-il? Des soldais qui, les premiers avec les gardes françaises, ont brisé nos fers, qui ensuite en ont été surchargés, arrivent dans nos murs ; des citoyens projettent d'aller à leur rencontre, de les recevoir avec fraternité : ces citoyens suivent un mouvement naturel; ils usent d un droit qui appartient à tous; ils

qu'elle contient un témoignage mérité d'admiration pour le courage d' André (îhénier.

* Voyez la note 2 de la page 156.

invitent leurs concitoyens, ils invitent les magistrats du peuple à s'y trouver. Les magislrats ne voient rien là que de simple, que d'innocent; ils voient des citoyens qui s'abandonnent à la joie, à Tallégresse : chacun est libre de participer ou de ne pas participer à celte fête. Ce n'est pas Tautorité qui la provoque, c'est le cœur des citoyens qui la donne. Si personne n'eût vu que ce qui est, tout se serait passé sans bruit ; tout se serait l'ait à Paris comme dans les villes que les soldats de Châteauvieux ont traversées, et où ils ont été bien accueillis.

Au lieu de cela, de grands spéculateurs ont tiré de grandes conséquences, et ont mis en jeu jusqu'à nos intérêts politiques. Des esprits sombres ont rêvé des malheurs. Des malintentionnés, qui s'emparent de toutes les circonstances pour occasionner des désordres et pour créer des partis, ont soufflé le feu de la discorde. On a trompé, on a aigri de bons citoyens par des faits faux. On leur a dit : 1* qu'il y aurait des inscriptions injurieuses pour nos frères d'armes; ^* que les couleurs nationales seraient couvertes d'un voile funèbre; 3** qu'on ferait la purification du Champ-de-Mars. £h bien ! d'après le plan communiqué à la municipalité , il n'y a pas un mot de vrai dans tout cela. C'est cependant sur ces allégations mensongères et perfides, que l'opinion d'un grand nombre de personnes s'est formée; que des libelles, que des placards incendiaires ont paru ; et que de bons patriotes, faute de s'entendre, sont divisés^.

Le département de Paris lui-même, dans une lettre où il annonce le désir qu'il a de n aintenir la tranquillité publique, dit « que si les bruits qu'on répard sont vrais, que si l'on attaque l'honneur de la garde nationale, la répression de celte entreprise est tout à la fois pour lui un besoin et un devoir. » Des hommes qui ne respirent que le trouble, ont cru apercevoir de l'opposition entre le département et la municipalité. L'instant leur a paru Aworable; ils se sont empressés de faire présenter au département des pétitions contre la fête. Imaginant, d'une part, trouver un point d'appui ; de l'autre mettre deux autorités aux prises, ranger autour de chacune d'elles un parti; ils se sont promis et se promettent le plus affreux succès.

Ils ont bien senti, en effet, que si celte fête n'eût rencontré aucun obstacle, il était impossible qu'il en résultât aucun mal, qu'il en résulterait au contraire un avantage sensible ; c'est que l'esprit public s'élève, et prend un nouveau degré d'énergie au milieu des amusements civiques. Mais nous l'espérons, les faits bien éclaircis, toutes ces importantes tracasseries disparaîtront. Le département et la municipalité seront toujours d'accord dans les moments où le bien pu-

blic exigera leur sollicitude ; et il ne restera aux ennemis de la liberté et de Tordre, que la honte de voir échouer leurs sinistres projets.

Pétion.

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