LETTRE AUX AUTEURS DU JOURNAL DE PARIS
(extrait)
Ce 42 avril 1792.
Bravo ! Chénier, bravo ! Éleuthère ^, bravo ! Naudeville 5, vous avez dit le vrai mot : on n'avait vu d*abord que Thorreur d'une pareille fête, et surtout les détails fanatiques et abominables qui devaient raccompagner
C'est vous, éloquent Chénier, c'est vous, Éleuthère, vous, Naudeville, qui les premiers avez provoqué la sainte insurrection de la loi ! vous avez ouvert à vos concitoyens les pages à demi effacées de notre constitution ; vous avez proclamé ces paroles sacrées, l'exorcisme, pour ainsi dire, des factieux : « Le Corps législatif a seul le droit de décerner les honneurs publics. »
Éloquent Chénier, à qui l'histoire a remis ! 3S pinceaux de Tacite pour peindre un jour nos nouveaux Domitier ;, je n'ai pas tes talents, mais j'ai ton âme et ton courage; je n>e voue, comme toi, à la proscription qui attend les bons citoyens ; j'aime à recueillir tes
* Cette lettre, qui rend témoignage au courage civique d'André Chénier, fut publiée, le 12 avril, dans le quarante-septième supplément du Journal de Paris. Voyez, dans le quarante-deuxième supplément, numéro du 5 avril, une lettre énergique du même, adressée à M. Aclocque, commandant général de la garde nationale de Paris.
* Cet Eleuthère, grenadier de la 1" légion de la garde nationale, s'était élevé vigoureusement contre la fête. 11 avait placardé dans Paris une première affiche, qui avait été lacérée par les patriotes (voy. le "Thermomètre du jour, du 3 avril); il en rédigea une seconde, qui fut également déchirée (voy. Annales monarchiques, du 9 avril); mais, dans celte prévision, il l'avait également adressée au Journal de Paris, qui l'inséra, le 7 avril dans le quarante-quatrième supplément.
' Voyez une lettre de ce Naudeville au maire de Paris, dans le Journal de Paris, du 13 avril, quarant&4iuitième supplément. Naudeville n'est nullement un pseudonyme, comme le dit l'éditeur de 1S40. 11 était électeur de la section du Louvre {Almanach royal, de 1792).
rôles, à les répéter : « Il est bon, il est honorable, il est doux de présenter, par des vérités sévères, à la haine des despotes inlents qui tyrannisent la liberté au nom de la liberté même ; et masquer sans ménagement des factieux avides et injustes, est un aisir qui n'est pas indigne d'un honnête homme. »
Bavard,
Commandant en chef du 9* bataillon de la 2* légion de la garde nationale.