‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 27 sur 121 · A THOMAS RAYNAL · texte numérisé non relu

A THOMAS RAYNAL

d'autres pewrs, malheureusement trop fondées, soient les seules qui ne nous touchent point.

Citoyens honnêtes et timides, les méchants veillent, et vous dormez. Les méchants sont unis et vous ne vous connaissez pas. Les méchants ont le courage de Tintérêt, le courage de Fenvie, le courage delà haine; et les bons n*ont que Tinnocence et n'ont pas le courage de la vertu.

J*ai indiqué un bien petit nombre des sacrifices que chaque jour reçoit la Peur ; je lui en ai peut-être fait plus d'un moi-même ; je ne lui ferai pas celui de dissimuler le nom de l'auteur qui vient de chanter cet hymne à sa louange.

André Ghénier.

A GUILLAUMET-HOMAS RAYNAL*

L'Assemblée nationale venait de décerner des honneurs à la mémoire de Voltaire. C'est le lendemain de ce jour qu'on lui

* Cette lettre, datée du !•' juin, parut dans le Moniteur du 5. Un arrêt du Parlement de Paris, du 25 mai 1781, ayait décrété l'abbé Raynal de prise de corps pour son Histoire philosophique et politique des deux Indes [Genève, 5 vol. in-4», ou 10 vol. in-S*»). Ap^ avoir passé plusieurs années hors de France, il avait été rappelé par le roi, malgré l'arrêt du Parlement. En 1790, il se trouvait à Marseille, quand, sur la proposition de Malouet [qui fut de beaucoup dépassée), l'Assemblée nationale cassa, le 15 août 1790, l'arrêt du Parlement. Raynal arriva à Paris au commencement de mai 1791, et il fut reçu comme un apôtre et un martyr de la liberté. On avait été étonné de voir Malouet prendre l'initiative de la motion du t5 août 1790; mais il y avait là une intrigue parlementaire qui aboutit le 31 mai 1791, que les contemporains pressentirent, et qui a été avouée par Malouet lui-même dans ses Mémoires, parus en 1868 [t. II, p. 35-52). C'est Malouet qui» dès le mois de juil-

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annonce une lettre de yous^ . Ce moment inspira sans doute un vif intérêt à tous ceux qui aiment la constitution, et qui ont étudié les causes de la révolution à qui nous en sommes redevables. En vain tous les citoyens s'abstiennent d'interrompre les travaux de TAssemblée, quand ils n*ont rien à lui demander : elle sentait, chacun sentait comme elle, que vous pouviez être excepté, qu'elle pouvait donner quelques instants à votre conversation ; il y eût eu à vous de la noblesse et de la dignité à vous reconnaître ce droit et à savoir en user. Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Hably, sont morts avant d'avoir vu fructifier les germes qu*i] avaient semés dans les esprits ; vous vivez, vous qui avez avec eux préparé les voies de la liberté; et, comme dans ces associations ingénieuses où les vieillards qui survivent héritent de toute la fortune de leurs confrères morts*, on se plaisait à voir accumuler sur votre tête le tribut de reconnaissance et d'hommages que l'on ne peut plus offrir qu'à leur cendre.

Vous promettiez à. l'Assemblée de la juger sévèrement ; et

let 1790, l'avait engagé à écrire a une lettre de remoirtrances à TAssemblée. » Raynal y consentit, mais ne voulut pas le faire de Marseille, en crainte des Marseillais. D'où la motion du 15 août. Enfin, la lettre que M. Bureau de Puzy se chargea de remettre à l'Assemblée, et dont, comme président, U proposa la lecture, était en partie l'œuvre de Malouet et de M. de Glermont^Tonnerre. On sait la stupeur et la colère que souleva la lecture de cette lettre dans la séance du 31 mai. Elle fut regardée comme une apostasie, et l'Assemblée passa à l'ordre du jour. Voyez un article dans le n<* 99 des Révolutions de PariSy où Malouet est très-soupçonné . Le Courrier françaiSy qui publie cette lettre dans son supplément du 2 juin, donne beaucoup de détails sur Raynal et sur sa lettre à l'Assemblée nationale, dans ses numéros des 1'', 5, 4, et 6 juin.

* Le 30 mai 1791, l'Assemblée nationale avait rendu le décret suivant : « L'Assemblée nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de constitution, décrète que Marie-François Arouet Voltaire est digne de recevoir les honneurs décernés aux grands hommes ; qu'en conséquence ses cendres seront transférées de l'église de Romilly dans celle de Sainte-Geneviève, à Paris. »

* Allusion aux tontines, sortes d'assurances mutuelles, dont les prospectus, entre autres ceux de la tontine Lafarge, remplissaient les jour-

naux du temps.

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