SUR LES DISSLNSÏONS DES PRÊTRES
très-indifférents, et quin*ont d'autre but que d'embarrasser les établissements nouveaux par des obstacles et des désordres. Mais elle a grand tort quand elle croit prévenir leurs desseins sinistres par la violence et les mauvais traitements ; et c'est sur quoi elle devrait être instruite par les nouveaux prêtres en qui elle a confiance. Au lieu que plusieurs d'entre eux ne sont eux-mêmes que des ambitieux, baineux et turbulents, qui, s'appuyant toujours de TÉvangiie, livre où Ton trouve tout ce qu'on y cherche, ne voient dans toutes ces querelles que Toccasion de s'élever, en faisant retentir les chaires et la tribune des bruyantes déclamations d'une loquacité apostolique * ; toujours soutenus en cela par de soi-disant patriotes, dont tout le patriotisme consiste à épier les passions populaires, pour, au moment de leur explosion, les soutenir et les justifier par de durs sophismes ou des convulsions d'énergumènes.
Nous ne serons délivrés de l'influence de pareils hommes, que quand l'Assemblée nationale aura maintenu à chacun liberté entière de suivre et d'inventer telle religion qu'il lui plaira ; quand chacun payera le culte qu'il voudra suivre, et n'en payera point d'autre ; et quand les tribunaux puniront avec rigueur les persécuteurs et les séditieux de tous les partis. Et si des membres de l'Assemblée nationale disent encore que tout le peuple français n'est pas assez mûr pour cette doctrine, il faut leur répondre : Gela se peut , mais c'est à vous à nous mûrir par votre conduite, par vos discours et par les lois.
£n un mot, les prêtres ne troublent point les États quand on ne s'y occupe point d'eux ; et ils les troublent toujours quand on s'en occupe, de quelque manière qu'on s'en oc- ( upe.
Souvenons-nous que dix-huit siècles ont vu toutes les so-
* C'est Tabbé Fauchet qu'il a en vue; voy. ci-dessus note 1^ \ia%e (il.
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ciétés chrétiennes déchirées et ensanglantées pour des inepties théologiques, et les inimitiés sacerdotales finir toujours par s*armer de la puissance publique. Toujours les mêmes passions ont parlé le même langage. Jadis les sectes triomphantes se disaient les plus attachées à TÉtat, aux rois, aui empereurs ; aujourd'hui les haines, les ambitions, les ven geances se déguisent sous le beau titre de constitutionnel.
Je ne connais d'amis de la constitution que ceux qui observent les lois : je ne connais de prêtres constitutionnels que ceux qui sont humains, modestes, bienfaisants, amis de la justice et de la retraite. ''"*
On dit que les prêtres nouveaux sont abandonnés et que la foule va trouver leurs adversaires ^ Je demande en quoi il importe à la nation, par conséquent à ses représentants, de savoir si ce fait est vrai ou faux ; et je demande encore si un pareil motif de considération ne décèle pas un honteux es- 1^ prit de parti. T
On dit que beaucoup de citoyens ayant obstinément recours r à des prêtres non assermentés, pour tous les actes civils auxquels le ministère ecclésiastique est nécessaire, il en résulte des incertitudes embarrassantes, soit pour les sociétés, soit pour les familles. Cet inconvénient, qui est très-grave, ne sert qu'à prouver combien il est urgent de faire une loi par laquelle aucun acte civil n'ait rien de commun avec le ministère ecclésiastique.
Et il n'en reste pas moins évident que des querelles de prêtres ne peuvent qu'être alimentées par l'attention qu'on y fera ; qu'elles ne peuvent que cesser dès qu'elles n'intéresseront personne ; et que le devoir de l'Assemblée nationale est de les étoufl'er par l'indifférence, et non pas d'y prendre part.
* Dans le rapport de Gensonné, lu à la séance du 9/ il était dit qae les temples desservis par les prêtres assermentés étaient déserts, et que les chapelles où - officiaient les prêtres qui avaient refusé le serment étaient peuplées d'assistants.