A LA NOUVELLE ASSEMBLÉE
vers, au point d'arriver au Corps législatif avec un projet formé de rébellion et de parjure. Au reste, ce serait à de pareilles tentatives, que vous et la nation entière reconnaîtriez des brouillons ambitieux et funestes à la société ; car il ne peut y avoir là d'autre diversité d'opinion que celle qui fait un citoyen ou un conspirateur.
Il était naturel que, dans les premiers moments d'une Assemblée entièrement neuve, la probité laborieuse et modeste se tînt un peu à l'écart, et que la verbeuse ignorance et la présomptueuse incapacité s'emparassent des premières délibérations ^ : car il est plus facile de faires hurler quelques phrases gigantesques et quelques délations bien injurieuses et bien vagues, que de s'instruire et d'apprendre à raisonner.
En vain, deâ clubs et mêmes d'autres assemblées plus importantes vous adresseront-elles des félicitations et des louanges ; car il n'est personne qui ignore que le pouvoir suprême trouve toujours des approbateurs quand il en veut et quoi qu'il fasse, et surtout lorsque ses actions et ses discours flattent et semblent justifier les passions delà multitude. En vain pour récompenser ces éloges, vous rempliriez vos procès-verbaux de menitons, que vous déclareriez honorables^*, car pour qu'elles soient honorables en effet, il ne suffit pas que vous les déclariez telles, il faut encore qu'elles soient obtenues par des sentiments et des expressions conformes à l'humanité, à
* Les premières séances de TAssemblée législative furent remplies par des débats stériles et irritants sur le cérémonial à adopter lorsque le roi se présentei'ait à l'Assemblée; et le trait est dirigé contre Garran de Cou ion, Couthon, Bazire et Chabot, qui avaient pris une part verbeuse aux premières délibérations.
* Le 19 d'octobre, un grand nombre d'adresses des Ami« de la constitution furent lues à l'Assemblée. Toutes contenaient de grands témoignages de dévouement et de zèle. L'Assemblée décida, à une grande majorité, qu'il serait fait mention honorable de ces adresses dans le procès-verbal. Kous pouvons conclure de ce fait, que cet article d'André Chénier est postérieur au 20 octobre.
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la justice, à la raison, à la constitution. Les louanges données à des actions et à des personnes indignes ne changent ni la nature des choses ni le jugement des hommes ; elles ne servent qu'à décréditer ceux mêmes qui les ont prodiguées avec si peu de discernement. Et quand une Assemblée accueille des discours coupables et pernicieux ; quand elle consacre, par des ) éloges, des noms méprisés et méprisables, ses procès-verbaux ne sont point pour eux des monuments d'honneur et sont pour elles des monuments d'infamie.
Le dévouement de la vertu intrépide et inébranlable a presque toujours fait triompher la raison.
La véritable force, la force éternelle, sera pour vous; je veux dire la nation presque entière qui gémit en silence et attend que vous l'appeliez, pour élever la voix. Les brouillons ne Semblent si nombreux que parée qu'ils s'agitent, qu'ils sont partout à la fois et qu'ils crient. Usez alors, pour le bien public, de cette prépondérance honorable. Maintenez l'Assemblée nationale dans celte décence et cette gravité qu'exigent d'elle et l'importance de ses fonctions et la dignité du peuple qu'elle représente. Faites-nous les lois nécessaires, sans lenteur et sans précipitation. Assurez la fortune publique par la vigilance, la sagesse, la sévérité, l'égalité. Que la force, juste et bienfaisante, ne laisse à la malveillance aucun subterfuge ; que les tribunaux poursuivent partout le crime ; que l'empire tant imploré de la loi vienne réjouir les bons et soit le frein que mordent les méchants.
Établissez, affermissez le gouvernement, car sans gouvernement il n'est point de repos pour qui veut vivre en honnête homme. Surveillez tous les agents, non pour les séparer de vous, mais au contraire pour qu'ils ne voient de salut qu'à se réunir à vous ; non pour embarrasser leur marche, mais pour qu'ils marchent avec vous. Et faites que nous entendions enfin, avec délices, tous ces frénétiques qui vous lassent, qui vous déshonorent, et qui vous tourmentent, ci ier pai tout que
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la liberté est perdue ; car les misérables entendent par liberté l'impunité de tous les bandits et l'esclavage de tous lès hommes de bien.
Vous êtes chargés non-seulement de notre conduite, mais de celle de toutes les législatures qui vous suivront ; à vous commence le nouvel ordre de choses établi par la volonté nationale. Si vous montrez à tous vos successeurs Texemple d'une constance inébranlable et sage, et d'un respect religieux pour les lois, vous ranimerez le créJit et la confiance nationale ; vous inspirerez la joie aux vrais amis de la constitution, la terreur k nos ennemis, Testime et le respect à tous. La nation, encouragée, se serrera autour de vous, vous appuiera de sa force, vous couvrira de ses bras levés pour votre défense, et un concert de bénédictioîîs et d'applaudissements flatteurs, parce qu'ils seront universels et le fruit d'une admiration judicieuse et réfléchie, vous consolera du malheur de n'être pas approuvés, peut-être, par le département d'Eure-et-Loir ^
C'est avec ce courage que, si vous ne sauvez point votre patrie, vous pourrez au moins mourir tranquilles en vous rendant le témoignage que vous n'avez f oint concouru à sa ruine. Mais il est hors de doute que cette conduite ferme et constante nous délivrerait de la crainte d'un avenir aussi effrayant, car vous n'êtes pas moins dépositaires de l'honneur et de la dignité du peuple français, que de sa fortuné et de ses volontés légales.
i Brîssot, qui venait d'élrc envoyé à l'Assemblée par le département de Paris, était né près de Chartres, dans le département d'Eure-et- Loir. C'est la première attaque, à demi voilée, dirigée contre le rédacteur du Patriote français. Pétiou aussi était de Chartres, et il est certainement compris dans l'allusion. Ce que visait André Chénier^ c'était le parti, peu nombreux alors, qui déjà laissait percer des tendances républicaines. Dès le mois d'avril 1791, Duquesnoy, dans lef ' n*»» 20 et 21 de l'Ami des j)atriotes, avait dénoncé ce groupe inconstitutionnel, qui était représenté à U Constituante par Pétion, Buzot et Hobespierre, et dans la presse par Brissot, qui n'était point encore député.
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i\Q ŒUVRES POLITIQUES. [i
Je le répète donc, vos succès, votre gloire, la ft Heure de TÉtat, sa tranquillité et sa considération dépendent de votre début dans la carrière, de Ta vous prendrez en commençant vos travaux.
LETTRE AUX ÂCTEDRS DU JOURN.\L Dl
SUR LA CANDIDATURE DE lAFAYETTE *
Messieurs,
L'inépuisable variété de tours, de [détours, de
ruses, qu'inventent chaque jour Fambition et Tint
les circonstances oii nous sommes, ne laisse pas u
de relâche aux observateurs curieux et intelligents
^ Cette lettre, qui est recueillie pour la première fois dt Yres d'André Ghénier, parut dans le Journal de Paris ^ du bre 1791. Elle est signée A. C. C'est ce jour-là même c de Saint-Jenn d'Angély entrait au Journal de Paris^ et li ticle Assemblée à la place de Condorcet. Lafayette ava démission de commandant général de la garde nationale 1 et s'était retiré dans ses terres. Cependant, dans le commi novembre, il était venu à Paris pour soutenir sa candidatu rie de Paris. Bailly avait donné sa démission le 23 seplemi avait consenti à la retirer et à conlinuer ses fonctions jusq marquée pour les élections. Dans les premiers jours de m procéda aux élections des administrateurs qui devaient r< membres sortants du directoire et du conseil du déparlemc Elles furent terminées le 10. Les élections pour les fonctio et de procureur de la Commune commencèrent le 13, le b jour où avait paru la lettre d'André Chénier. Brissot, dans français^ du 14 novembre, attaqua la candidature de Laf représenta comme <t flottant entre tous les partis. » Les journ accusaient Lafayette d'être un ami de la cour; dans le mêi les journaux monarchiques, et entfe autres les Annales mo jpAi^oêophiqueSf politiques et liltéraireSt dans leur nun
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létliodes les plus efficaces qu'aient imaginées les intrianls pour éloigner des emplois les concurrents qu*uu mérite ien reconnu leur, fait craindre, et contre qui la calomlie n'aurait qu'un médiocre succès, c'est d'assurer et le faire circuler d'avance quHls n accepteront pas. C'est e qui se pratique depuis quelques jours au sujet de i. de Lafayelte, que les souhaits et les suffrages d'un grand lombre de citoyens désignent pour la place de maire de Pais. Il est difficile de concevoir pourquoi M. de Lafayette se •efuserait à l'exercice de cette importante charge, s'il y était iffectivement appelé par l'estime et la reconnaissance pu- )liques *. Celte marque de satisfaction générale est honorable )our lui, et le serait même peut-être pour la ville de Paris: :ar l'opinion de ceux qui pensent que l'ingratitude est la vertu les peuples libres n'a heureusement pas prévalu. Ce passage les emplois militaires aux emplois civils est une des choses jui caractérisent le mieux un gouvernement populaire, enneni de tout esprit de corps ; et un peuple libre n'a pas de )!us beau moyen pour récompenser un citoyen qui a bien ervi sa patrie que de lui donner une occasion de la servir
jacore.
epréjenlaient Lafayetle, Rœderer et Robespierre comme < les trois plus ;rancls ennemis de l'autel et du trône. » Les candidats à la mairie de 'aris étaient Fréleau, Condorcct. Potion, Liancourt, d'André (qu'on di-* aitélre le candidat préféré de la cour), la Rochefoucauld, Robespierre l LafayeUe. Sur 10.632 votants, Pétion réunit 6,708 voix, et fut ommé. Lafayelte, son seul concurrent sérieux, n'en recueillit que ,125. Robespierre, qui venait nprcs Lafayette, n'avait eu que 100 voir. * II y a certainement dans ce passage une allusion discrète à la rejnnaissance qu'une partie de la garde nationale avait témoignée à Latyeltc, en lui offrant une épée d'honneur, circonstance dont nouf rons parlé dans l'Introduction.
OBSEHVATIONS