AVERTISSEMENT
faibles, de tournures embarrassées, de roots sans relief. On n*y rencontre aucune de ces phrases pleines et succulentes, aucun de ces traits rapides et acérés, aucun de ces jets d*indignation éloquente et généreuse, qui permettraient d*y imposer la signature absente d'André Chénier.
Notre conyiction est que la critique ferait fausse route, en recherchant, dans le Journal de Paris ou dans quelque autre journal, avant le 10 août, des articles anonymes, pouvant lui être attribués. Et, d'ailleurs, la connaissance que nous avons de son caractère moral ne peut nous laisser aucun doute à cet égard. André Chénier combattait debout, le visage découvert, éprouvant un sentiment de plaisir et d'orgueil à se désigner à la rage de ses ennemis.
Il n*y a pour nous qu'un moment dans sa vie de pubUciste, où l'on puisse concevoir qu'il n'ait pas signé ses articles, c'est pendant le procès de Louis XVI. Sa signature, alors, était dangereuse et compromettante pour la cause même qu'il défendait. Tout lui commandait la prudence et la réserve. Car, au-dessus de sa personnalité, il mettait l'intérêt de la justice, et il se dérobait aux regards, pour mieux conserver le calme nécessaire à la défense d'une grande infortune.
C'est dans cette voie que nous nous sommes dirigé, mais persuadé à Tavance que nous ne devions pas compter sur de grandes découverte^, et bien décidé à ne pas nous laisser aller à transgresser les lois de la critique. Aussi, après avoir examiné un assez grand nombre d'articles qu'il était séduisant, au premier abord, de signer du nom d'André Chénier, nous avons dû nous contenter de deux lettres, écrites de la même main, et adressées au Mercure français. Il serait ambitieux de parler de certitude absolue ; cependant, ces deux lettres, par la pensée générale, par le style, par certaines