‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 5 sur 121 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

tournures, par certaine^ alliances de mots, pir remploi de plusieurs expressions familières à André Ghénier, nous ont paru devoir lui être attribuées . Nous les avons donc insérées dans ce volume à leur date, et nous les avons accompagnées de quelques preuves qui nous ont paru nécessaires.

Il nous reste à dire quelques mots de l'Introduction et de Tannotalion.

LMntroduction n'est nullement la reproduction de la biographie d'André Ghénier ; pour tous les détails de sa naissance et de sa vie, pour tout ce qui concerne ses travaux de poëte, nous renvoyons dès à présent le lecteur à la deuxième édition des Poésies, Ce que nous avons cherché à mettre en pleine lumière, c'est l'homme politique ; et la découverte de bien des documents nous a permis de présenter cette noble et héroïque figure sous un nouvel aspect. Comme on le verra, il y avait dans André Chénier un orateur qui était Tégal du poêle. Il ne lui manqua, de Taveu même de ses contemporains, qu une tribune digne de son génie.

Nous avons enfin, dans cette Introduction, complété l'esquisse que nous avions tracée de la conspiration de Saint- Lazare. Nous avons dû laisser de côté et rejeter parmi les fables tous les récits de la famille sur les causes de la mort d'André Chénier. Les Archives nous ont fourni un grand nombre de pièces inédites, qui nous ont permis de reconstruire ce drame judiciaire, dont le dénoûment sanglant amena en trois jours soixante-quinze victimes sur l'échafaud. Dénonciations, procès-verbaux d'enquête, rapports de la police, nous mettrons tout sous les yeux du lecteur; et Ton verra ainsi le nom d'André Chénier passer de la liste des délateurs sur la liste du Comité de salut public, puis sur celle de Fouquier-Tinville. Le Comité saisit avidement cette vie-

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tîme que lui livraient quelques misérables, et la jeta en pâture au tribunal révolutionnaire.

Cette Introduction est donc un travail entièrement nouveau; en dehors même des faits qui concernent André Chénier, nous espérons avoir éclairci quelques particularités historiques,

L'Annotation est ici différente de celle qui accompagne les poésies. Dans les œuvres en prose d'André Chénier, Timitation des auteurs anciens est excessivement rare. Le proche n'est pas le même. La rapidité de son improvisation tout oratoire ne lui permettait pas ces longs souvenirs, qu'éveille dans la mémoire le travail médité du poëte. Dans ses œuvres en prose, tout est vivant et actuel, hommes et choses; il parle la langue de son temps, en la réchauffant de son âme ardente, et il la manie sans recherches et sans apprêts, Visant à la clarté bien plus qu'aux brillantes images, rejetant tous les vains ornements que dédaigne la vérité, et voulant qu'elle soit et qu'elle paraisse uniquement celle d'un homme de bien.

Ce n'était donc ni Démosthène, ni Cicéron qu'il fallait feuilleter, mais la poudreuse collection des journaux de la Révolution. La lecture d'André Chénier est immense; il suit, avec une attention qui ne se dément jamais, les moindres mouvements des ennemis qu'il combat et qu'il veut démasquer. Aussi, ses œuvres sont-elles remplies d'allusions à des faits qui sont moins du domaine de l'histoire que de la chronique quotidienne, à des incidents parlementaires, à des écrits et à des articles de journaux, non oubliés, mais à* demi dérobés dans la foule de publications qui encombrent l'époque révolutionnaire.

Nous espérons n'avoir laissé aucun point obscur, et nous

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ne regrettons pas les longues journées, souvent infructueuses, passées à la Bibliothèque nationale. Nous y avons appris qu'un honnête homme, qui parle le langage de la raison et du droit, même quand il succombe sous TetTort grandissant des factions, laisse un sillon de lumière dans la mémoire de ses contemporains. On verra, à chaque instant, dans ce volume, quel cas faisaient d'André Chénier ses amis et ses ennemis, quels éloges, ratifiés par la postérité, lui décernaient I^s uns, quelles colères soulevaient, chez les autres, ses virulentes et éloquentes apostrophes.

En terminant, nous croyons pouvoir recommander au lecteur une autre publication, que nous avons &it coïncider avec les œuvres eu prose d* André Chénier; ce sont les Œuvres de François de Pange. Le chevalier de Pange fut Tami d'enfance d'André Chénier, et son collaborateur dans le Journal de la Société de i789, et dans le Journal de Paris. Sa plume a tracé des pages remarquables qui méritent de vivre, et que nous avons recueillies. Épuisé par la maladie, il mourut à trente-deux ans, sans avoir pu réaliser tout ce que ses amis attendaient de lui.

André Chénier avait le même âge quand la mort le frappa. Plus heureux que son ami, il laissa, bien que surpris en plein labeur, une œuvre déjà considérable pour une vie si courte, des vers qui resteront l'honneur de la poésie française, et de nobles pages de prose, qui placeront son caractère moral à la hauteur de son génie.

Paris, novembre 1872.

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