‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 49 sur 121 · SUR L'ENTRÉE DES CIIATEAUYIEUX · texte numérisé non relu

SUR L'ENTRÉE DES CIIATEAUYIEUX

u Pour avoir fait feu sur les gardes nationales de Metz et autres lieux, qui marchaient vers Nancy, d'après les décrets de l'Assemblée nationale. »

Le général Bouille avait trompé tout la France et ses représentants ^ Très-peu croyaient à son amour pour l'égalité et pour les nouvelles lois ; mais tous lui croyaient assez de courage pour se refuser à un serment qu'il ne voulait pas tenir. Il n'y eut que ces soldats suisses qui pénétrèrent ses mauvais desseins ; ils jugèrent qu'il ne tarderait pas à devenir traître et parjure. En conséquence, ils s'armèrent contre lui lorsqu'il exécutait la loi, parce qu'ils prévoyaient qu'un jour il s'armerait lui-même contre la loi* ; et ils s'emparèrent de la caisse du régiment, de peur que cet argent, tombé dans ses mains moins patriotiques, ne servît à la contre-révolution.

Puisque le général Bouille s'est montré un lâche et perfide ennemi de la patrie, il est clair que ceux qui ont fait feu sur lui et sur les citoyens français qui marchaient sous ses ordres, en vertu d'un décret de l'Assemblée nationale, ne peuvent être que d'excellents patriotes.

Daus tout procès, dans tout délit, il ne peut y avoir qu'une des parties de condamnable. Par exemple, quand un homme assassiné se trouve avoir été un scélérat, il est évident que son assassin ne peut plus être qu'un honnête homme.

Ces soldats ont été remis en liberté par un décret qui les comprend dans l'amnislie. Or amnistie signifie oubli; or il est

fayctlc, qui , dans la séance du 1*' septembre, vint à la barre de l'Assemblée lui donner des détails sur rinsurrcclion de la garnison de Nancy.

*■ Le général Bouilié, qui, en août 1790, avec les gardes nationales dt>. Metz, avait éncrgiquement réprimé l'insurrection de la garnison de Nancy, était, en juin 1791, dans le secret de la fuite du roi, et tout prêt à favoriser sa sortie du territoire français. Louis XYI ayant été arrêté à Yarennes et rnmcné à Paris, le général Bouille avait quitte la France, et s'élait réfugié à Goblentz.

* Membre de phrase supprimé par l'éditeur de 182G, et non rétabli par Véditeur de 1840.

146 ŒUVRES POLITIQUES. [29 mars

palpable que, lorsqu'on déclareoublier les fautes d* un homme on entend par-là que cet homme n'a point commis de faute et qu'il mérite récompense*.

Quand les esprits plus calmes jugeront de loin les événements passés, ce triomphe des Suisses de Châteauvieux ne peut manquer d'acquérir une véritable gloire à la ville et à la municipalité de Paris, et d'expier les honneurs funèbres rendus dans cette même ville à la mémoire du jeune Désilles et des gardes nationaux tués par ces triomphateurs patriotes^

Ce jour sera vraiment un jour de fête pour tous les citoyens qui croient que, s'il doit y avoir une proportion entre les délits et les peines, il doit y en avoir une entre le mérite et la récompense, et que les honneurs éclatants sont le juste prix des éclatantes vertus civiques. Us attendront aussi, de ces hon» neurs prodigués à des soldats qui n'ont été convaincus que de rébellion armée, une merveilleuse facilité à rétablir la discipline dans les troupes.

Les piques et les bonnets' n'avaient pu rien produire. Il a

*■ Ce qu'André Chônier dit ici ironiquement était le vœu des patriotes. Voici, en effet, ce qu'on lisait, le 31 mars, dans le n<* 142 des Révolutions de Paris : c( C'est à notre Assemblée nationale à pourvoir au sort des quarante soldats de Châteauvieux, soit en leur assignant une retraite sur le trésor public, soit en leur donnant des grades dans l'armée de ligne. »

' Le Journal de Paris, du 23 septembre 1790, contient un récit détaillé de cette cérémonie funèbre qui avait eu lieu le lundi 20 septembre.

^ C'est depuis le mois de décembre 1791 que l'usage des piques s'é'tait répandu dans les faubourgs. Voyez note 1, page 127. Les bonnets étaient une innovation toute récente, ce Dans les premiers jours de la semaine dernière (dit le Moniteur, du 23 mars), l'usage du bonnet rouge s'était introduit parmi les membres de la société des Amis de la constitution. Le président, les secrétaires, les orateurs à la tribune en étaient coiffés. Ce signe éclatant de régalilc se répandait déjà dans les promenades et aux spectacles, etc. » Pélion avait écrit, le 19 mars, aux Jacobins, pour engager les membres à renoncer à l'usage du bonnet; et ceux-ci s'étaient rendus à ses observations. C'est ce jour-là que Dumouriez (Journal de Paris, du 22) était monté à la tribune avec le bonnet rouge sur la tête. Voyez le n" 141 des liévolutions de Paris,

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