SUR L'ENTRÉE DES CIIATEAUYIEUX
bien fallu essayer une plus grande machine pour attrouper les oisifs et réchauffer cette ville de Paris qui, quoi qu'on fasse, manifeste un étrange dégoût pour l'anarchie et une tendance au bon ordre qui est vraiment désespérante.
Quelques personnes demandent à quoi bon écrire si souvent contre des partis puissants et audacieux; qu'on ne leur fait aucun mal ; quon se fait passer pour aristocrate, etc.
Je réponds qu'en effet une immense multitude d'hommes parlent et décident d'après des passions aveugles, et croient juger ; mais que ceux qui le savent ne mettent aucun prix à leurs louanges, et ne sont point blessés de leurs injures.
J'ajoute qu'il est bon, qu'il est honorable, qu'il est doux de se présenter, par des vérités sévères, à la haine des despotes insolents qui tyrannisent la liberté au nom de la liberté même.
Quand des brouillons tout-puissants, ivres d'avarice et d'orgueil, tombent détruits par leurs propres excès, alors leurs complices, leurs amis, leurs pareils, les foulent aux pieds; et l'homme de bien, en applaudissant à leur chute, ne se mêle point à la foule qui les outrage. Mais, jusque-là, même en supposant que l'exemple d'une courageuse franchise ne soit d'aucune utilité, démasquer sans aucun ménagement des factieux avides et injustes, est un plaisir qui n'est pas indigne d'un honnête homme*.
ANDRÉ Chenier.
*■ André Ghénier a déjà exprimé plusieurs fois le même sentiment (voy. p. 53). « Orgueil et courage, a dit Sainte-Reuve, orgueil et plaisir à se trouver à part, seul debout, exposé à la rage des méchants, quand les lâches et les hébétés se taisent, il entre beaucoup de cela dans Tinspiration politique d'André Ghénier. »
148 ŒUVRES POLITIQUES. [4 avril