DES PRÉPARATIFS' DE LA FÊTE
des ennemis publics. Si c'est la garde nationale Je Metz, alors on ne fait pas assez pour les soldats de Châteauvieux. Mais si, au contraire, la garde nationale de Metz, commandée, au nom de la loi et en vertu des décrets de TAssemblée nationale, par un général qui depuis s*est montré parjure et traître*, s*est montrée elle-même aussi patriote que courageuse et intrépide, alors les soldats de Châteauvieux ont été des rebelles et des meurtriers; et je ne comprends guère comment la ville de Paris ne se déshonorerait pas un peu, lorsque ses citoyens, sa municipalité, ses magistrats, se réunissent à fêter des rebelles et des meurtriers.
D'autres profonds politiques vous disent, d'un ton capable, que l'on veut, par le triomphe de ces soldats, humilier et faire rougir ceux qui voulurent jadis se servir d'eux pour tenir ou remettre la nation dans les fers*.
Certes, Ton n'a jamais entendu rien d'aussi insensé qu'un pareil raisonnement. Pour faire pièce à un mauvais gouvernement qui est détruit, inventer des extravagances capables de détruire toute espèce de gouvernement, récompenser l'insurrection contre la tyrannie par des honneurs accordés à la rébellion contre les lois, et célébrer le refus que firent des soldats
* Le général Bouille; voyez la note 1 de la page 145.
s En juillet 1789, le régiment de Châteauvieux était campé au Gharap-de-Mars avec le Royal- Allemand. Dans leur relation des événements du 12 au 13 juillet 1789, les Révolutions de Paris rapportent ainsi les fails relatifs aux Châteauvieux : < Les coups de fusil qui ont été entendus dans la nuit du dimanche à lundi avaient été tirés par les soldats de la patrie; c'est le litre qu'ont pris les gardes-françaises en se présentant au camp des régiments de Royal-Allemand et de Châteauvieux; mais ceux-ci ont refusé le combat, et les soldats ont quitté leurs armes. Le cruel prince Lambesc les a menacés de la corde ; ils se sont soulevés contre lui. » On se souvint en mars 1792 de rette « insurrection contre la tyrannie, » et le journal de Prudhomme, dans son n" 142, aurait voulu que a ce qu'on appelait jadis le vin de la ville eût été offert à ces honorables galériens de Brest, sur l'emplacement même de la Bastille dont ils respectèrent, dont ils ne troublèrent point la conquête, contre l'espoir de leurs chefs. >
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de fusiller les citoyens français de Paris, en couronnant ces mêmes soldats qui ont fusillé les citoyens français de Metz ! Je ne crois pas que la folie elle-même puisse atteindre à un plus haut degré de déraison, d'absurdité, de délire.
On dit que, dans toutes les places publiques où passera cette pompe, les statues seront voilées *. Et, sans m'arrêter à demander de quel droit des particuliers qui donnent une fête à leurs amis s'avisent de voiler les monuments publics, je dirai que, si en effet cette misérable orgie a lieu, ce ne sont point les images des despotes qui doivent être couvertes d'un crêpe funèbre ; c'est le visage de tous les hommes de bien, de tous les Français soumis aux lois, insultés par le succès de soldats qui s'arment contre les décrets, et pillent leur caisse militaire. C'est à toute la jeunesse du royaume, à toutes les gardes nationales de prendre les couleurs du deuil, lorsque l'assassinat de leurs frères est parmi nous un titre de gloire pour des étrangers. C'est l'armée dont il faut voiler les yeux, pour qu'elle ne voie point quel prix obtiennent l'indiscipline et la révolte. C'est à l'Assemblée nationale, c'est au roi, c'est à tous les administrateurs, c'est à la Patrie entière à s'envelopper la tête pour n'être pas de complaisants ou de silencieux témoins d'un outrage fait à toutes les autorités et à la patrie entière. C'est le livre de la loi qu'il faut couvrir, lorsque ceux qui en ont déchiré les pages à coups de fusil reçoivent des honneurs civiques.
On dit que cette processsion m purifier le Champ-de-Hars, où le sang des patriotes a coulé.* Il est vrai que le sang des patriotes a coulé au Champs-de-Mars; il est vrai que de braves citoyens, se rendant à leur poste et à leurs drapeaux pour faire triompher la loi et défendre la liberté de Paris et de l'Assemblée nationale, furent lâchement assassinés par des
^ Voyez ci-dessus, page 142, note j, l'extrait que nous avons donné du programme de la fêle.
* Voyez page 141, noie 1.