‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 62 sur 121 · HYMNE TRIOMPHALE · texte numérisé non relu

HYMNE TRIOMPHALE

Si, sur la tombe des Persans, Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées ;

Il faut de plus nobles accents.

Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,

Vont s'élever sur nos autels.

Beaux-arts, qui laites vivre et la toile et la pierre,

Hâtez-vous, rendez immortels Le grand Collot-d'Herbois, ses clients helvétiques^,

Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne et le secours des piques* !

Peuplez le ciel d'astres nouveaux. 0 vous ! enfants d'Eudoxe, et d'Hipparque, et d'EucIide,

C'est par vous que les blonds cheveux Qui tombèrent du front d'une reine timide

Sont tressés en célestes feux ; Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes

Flotte encore dans l'azur des airs ; Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,

Comme eux, dominateurs des mers.

Que la Nuit de leurs noms embellisse ses voiles,

Et que le nocher aux abois Invoque en leur galère, ornement des étoiles,

Les Suisses de CoUot-d'Herbois.

Au reste, puisque tous les magistrats de la capitale nous ssurent que cette fête n'est rien qu'une fête privée et partiulière, et qu'elle n'a aucun des caractères à! une fête puhli' ne^y on ne peut rien faire de mieux que de les croire. Ainsi

* CoUot s'intitulait a défenseur officieuxdes Suisses de Cbftteauvieux. »

* Sur les piques dont s'étaient armés les faubourgs. Voyez page 127, oie 1.

^ Chronique de Paris, du 14 avril 1792, extrait du registre du diectoire du département de Paris, du 12 avril : < La municipalité a fornellement annoncé au directoire que la fête projetée pour le 15 de ce aois ne porte aucun caractère de fête publique, a

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il faut soigneusement prévenir tous les citoyens qui pourraient s'égarer en s'abandonnent imprudemment à un peu de logique ; il faut, dis-je, les prévenir de ne point manquer de foi, et que, malgré toutes les apparences, les ordres qui interrompent le cours habituel des choses, comme celui de ne point sortir en carrosse, de ne point porter d'armes^, etc., ne sont point des caractères de fête publique.

Les discussions au sujet de cette fête, outre quelques lettres d*un magistrat ', qui égayeront un jour les lecteurs par leur bon sens et leur dialectique, ont du moins produit ce bien-ci : c'est de faire connaître, par la franchise et la vigueur avec lesquelles plusieurs citoyens ont défendu l'honnêteté publique, que des siècles d'esclavage et les efforts sans nombre qu'on met tous les jours en œuvre pour corrompre et anéantir toutes les idées morales dans l'esprit de la nation, n'ont pas pu réussir à nous ôter le sentiment de ce qui est bon et vrai.

Il est bien fâcheux que l'on ne se soit pas arrêté dès l'origine à une fête en l'honneur de la Liberté, fête avec laquelle les Suisses de Château vieux n'auraient rien eu de commun. Alors cette fête n'aurait point dû être et n'aurait point été une fête privée, mais publique. L'allégresse générale , l'assentiment de tous les citoyens, le concours de toutes les autorités, les talents de David et des autres artistes', alors bien em-

* Voyez, dans la Chronique de Paris, ou dans le Courrier françaùf du 14 avrtly l'arrêté du corps municipal, du 11 avril, faisant défense î tout citoyen qui n'est pas de service de sortir en armes, ci interdisanl la circulation des voitures de dix heures du matin à huit heures du soir.

* Les lettres de Pétion, celle, entre autres, adressée à ses ooneitoyens, reproduite à la fin du volume, et dont André Ghénier t parlé longuement, et enfin les lettres adressées, soit au directoire au département, soit à Dupont de Nemours.

^ C'est David et Huber, ainsi que le dit le Patriote fronçai*, qai avaient été chargés du dessin du char et de la composition des troiÂées et des emblèmes. Marie- Joseph Ghénier avait composé tous les morceaux de poésie.

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