‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 69 sur 121 · LES CONSÉQUENCES DU 10 MARS · texte numérisé non relu

LES CONSÉQUENCES DU 10 MARS

dats français devaient fonder l'espérance de leur victoire sur la lâcheté de l'ennettii! Les premiers revers, en montrant combien ces espérances étaient futiles, font rougir ceux qui ne rougissent des choses honteuses que quand elles n ont pas réussi. Des millions sont accordés pour des dépenses secrètes^ ; et ces dépenses sont si secrètes qu'il est impossible de concevoir à quoi ces millions ont été employés : car nous ne sommes instruits, ni des projets, iii des marches, ni des dispositions, ni du nombre de nos ennemis, qu'après les événements. Nos ennemis, au contraire, connaissent d'avance tout ce que nous méditons. On dit que c'est le conseil secret, que c'est la reine, qui nous trahissent ainsi * : cela doit être, car les mille et un clubs où nos soldats et nos officiers, et quelquefois aussi nos généraux, vont chercher des lumières^ ^ et discuter les plans et les opérations d'un siège, d'une campagne, et rendre compte de l'état de nos villes, de nos armées, sont trop discrets pour que leurs augustes délibérations laissent rien transpirer au dehors, et sont composés d'hommes trop sûrs pour qu'où puisse croire que nos ennemis aient parmi eux des amis.

Une armée française, après une marche longue et rapide, est oubliée, avec une insouciance inexplicable, dans un dcnûment complet de plusieurs choses nécessaires*; et celte

^ Le ministre des affaires étrangère? (c'était Dumouriez) avait six niiUions d'alloués pour dépenses secrètes. Il étiit, en outre, affeclô cinq cents raille francs de dépendes secrètes à chacun des généraux commandant en chef. Voyez le n» 147 des Révolutions de Paris, et l'article de Rouchcr, le 12 mai, dans le soixante-septième supplément du Journal de Paris. Ici, c'est évidemment aux six millions de Dumouriez que fait allusion André Chénier.

' Ce qu'on appelait alors le comité autrichien. Il en sera parlé plus loin.

^ a J'ai besoin de vos conseils, vous me les ferez passer par vos journaux, » avait dit Dumouriez aux Jacobins, dans la séance du 19 mars

^ L'armée de Lafayette, après cinq jours de marches forcées sur Givet, où elle te trouva le 30 avril, selon les prescriptions de Dumou-

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circonstance, jointe à beaucoup d'autres, et jointe à des torrents de calomnies vomies dans les clubs contre le général qui la commande, ne suffisent pas pour soufjçonner les ^fants des clubs ^ d'avoir indignement sacrilié l'intérêt et la gloire de la patrie à des rivalités et à des vengeances, et d'avoir cm qu'on pouvait abandonner à la fortune un général qu'elle a toujours assez favorisé, et qui a trop bien mérité de la liberté pour n'être pas haï de ceux qui n'ont vu dans la révolution qu'un moyen de n'être plus obscurs, ni pauvres.

Un autre ministre, quand le Midi est eu feu, propose d'en relirer les troupes de ligne *.

Un autre écrit à l'Assemblée nationale qu'elle apprendra sans doute avec plaisir la fuite des assassins d'Avignon ', de ces monstres dont le supplice, trop attendu, pourrait seul apaiser un peu les cris de la justice et de l'humanité, si horriblement outragées, et réparer un peu 1 honneur national, si avili par l'ignominieuse impunité de tant de forfaits. Ces infâmes ont pris la fuite ; ils se sont dérobés à des châtiments qui ne pouvaient qu'être doux, comparés à l'énormité de leurs crimes. Us ont élé chercher quelque autre recoin de la France où ils puissent bj^ûler, égorger, violer tt boire du sang humain plus tranquillement. Et voili ce dont le ministre de la justice exhorte l'Assemblée à se réjouir ! Or, maintenant, que faut-il croire ? Les décemvirs de la Gironde ont-ils livré un ministère à un homme assez inepte et assez borné pour écrire sérieusement une absurdité pareille? ou cette lettre à l'Assemblée n'est-elle qu'une insolente dérision ?

riez. Voyez la lettre de Lafayctte, datée de Givet 2 mai 1792, et lue à l'Assemblée nationale dans la séance du 5 mai.

^ Ce font les ministres du 10 mars, autremcnl dits les ministres ^rondins ou patriotes, qu'il désigne par celte expression d*enfanU des clubs. Il emploiera la même expression dans son article du 10 juillet, en la précisant : x Des ei-ministres, enfants des clubs. >

* Le ministre de la guerre, de Grave, dans la séance du 14 avril 1792.

' Lettre du ministre de la justice, lue dans In séance du 23 mai.

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