SA VIE ET SES ECRITS POLITIQUES
dré Chénier; tels que de Papge et Regnaud de Saînt-Jean-d'Angély. Lacrctelle, Pitra, Chéron l'avaient connu au club des Feuillants; Morellet Tavait rencontré à Cernay, chez madame Broutia.
Telle fut la rédaction du journal jusqu'au 10 août 1792 ; et les deux volumes qui composent le premier trimestre de cette année resteront l'honneur de cette feuille longtemps insignifiante. Ils renferment une suite incomparable d'articles qui sont des chefs-d'œuvre d'éloquence, de style, d'esprit, et presque tous des actes de courage. Malheureusement on n'aperçoit pas dans le Journal de Paris fine véritable direction politique. Le^parti constitutionnel manqua encore dans cette occasion d'entente et sirtout de discipline. Aux accents lyriques et passionnés d'André Chénier, aux avertissements sévères de François de Pange, aux lettres courageuses de Roucher, succédaient de longs silences, pendant lesquels Regnaud de Saint* Jean-d'Angély n'imprimait qu'une verve languissante à ses comptes rendus. Il était d'ailleurs très-occupé delà composition et de la rédaction de VAmi des Patriotes qui paraissait tous les samedis et qui n'était souvent qu'un écho affaibli du Journal de Paris * ; et Suard n'avait pas l'autorité d'un Condorcet ou d'un Brissot. « Si douze citoyens du mérite et du courage de M. André Chénier, disait VAmi des Patriotes dans son niiméro xxiv, se réunissaient pour combattre les anarchistes dans un journal quotidien, ils réussiraient à discréditer ces charlatans, donneraient plus de confiance à la saine majorité de l'Assemblée et rallieraient autour d'eux les vrais amis du peuple, de la raison et de la liberté. » Regnaud de Saint- Jean-d'Ângély ap-
(84* suppl.), 14 juillet (111* suppl.). Pitra, cinq articles : 9 avril, 1" mai, 14 mai (68* suppl.), 16 mai, 10 juin. Richer de Serisy, deux articles : 9 mars (26* suppl.), 6 avril (45* suppl.). Chéron, député, deux articles : 9 avril, 2 mai (61* suppl.). On y rcneoutre aussi les signatures de Bayard, Naudeville, Blonde!, Eleuthère, L. A., G., D. Un grand nombre d'articles sont anonymes. Parmi ceux-ci, deux sont de Morellet : 6 mars (24* suppl.), 16 mars, (30* suppl.); quatre peuvent être attribués à Suard ou à Dupont de Nemours : 21 juin (95* suppl.), 8 août (121* suppl.), 9 août, 10 août (123* supplément) ; qiiitre pourraient être de Mazzéi : 22 mars (33* suppl.), 28 mars (37* suppl.), 22 avril (55* suppl.), 2 juin (82* suppl.).
* Voici une vue sommaire de VAmi des patriotest du 8 octobre 1791 au 4 août 1792. Outre les articles nombreux et réguliers de Regnaud de Saint- Jean-d'Angély, on trouve trois articles, signés P; dix-huit, signés J. A. P. (J.-A. Perreau sans doute); trente articles environ de L. C. Chéron, député de Seineet-Oise; un de F. Chéron; trois articles, signés L. R. (la Rochefoucaull) ; trois articles Si'Ândré Chénier, tirés du Journal de Paris; un article de Suard (J. B. A. S.), tiré du Journal de Paris; un article de F. de Pange, tiré encore du Journal de Paris, etc.
XL ANDRÉ CHÉNIER
précie là à sa juste valeur le mérite d'André Chénier, mais il n'aperçoit pas justement le défaut capital du Journal de Paris. La rédaction du journal était précisément une armée de héros combattant sans ordres et sans chefs.
A répoque où André Chénier allait entrer au Journal de Paris, il était peu connu du public. Son génie poétique ne s'était révélé que dans un cercle restreint d'amis et de lettrés, et son éloquence ne s'était manifestée que devant le groupe politique qui assistait aux séances des Feuillants. Aussi l'étonnement fut-il grand, au commencement de 1792, lorsque VAlmanach des Muses publia Tépître que lui avait adressée Lebrun quelques années auparavant. «M. Lebrun vient d'adresser une épître au frère de l'auteur de Charles 71, dont personne ne soupçonnait Texistence, » dit le rédacteur du Journal-pie dans son numéro du 16 janvier. On se rappelle que dans cette épître Lebrun, lui prédisant qu'il serait vam^uet^r dans V épopée, lui assurait la palme à Voltaire échappée. « Risum teneatis, amici, » s'écriait le spirituel et trop érudit journaliste. Jusque-là Marie-Joseph avait véritablement accaparé la faveur populaire ; et il fréquentait avec beaucoup d'assiduité le club de la rue Saint-Honoré. Il obéissait sans doute à de réelles convictions politiques, mais son affectation d'enthousiasme démagogique cachait peut-être quelque vanité d'auteur. Il avait besoin d'applaudissements, et quelques-uns disaient *■ qu'il jouait au Jacobin pour mériter les faveui's populaires. Il n'y avait pas, croyons-nous, autant de calcul dans sa conduite. Il était surtout faible et vain ; et ces deux défauts suffisaient pour faire de lui l'aveugle instrument des habiles et des ambitieux. Il était ainsi fatal que ces deux frères se trouvassent face à face dans le combat que le parti constitutionnel, par la plume d'André Chénier, allait engager contre le parti des Jacobins. La révolution avait jeté la discorde au milieu de bien de familles, et les deux Chénier se trouvaient dans des camps opposés, comme les Mirabeau, comme les Beauharnais, comme les de Broglie.
Au moment où la lutte était imminente, et où paraissait l'article d'André Chénier, dirigé contre Manuel, une circonstance vint appeler l'attention sur lui. D fut compris par Rœderer, le procureurgénéral-syndic du département, sur la liste du jury de jugement qu'aux termes de la loi celui-ci devait présenter à l'acceptât ion du directoire. Cette liste sagement dressée, et qui témoigne de l'esprit
* Voyez la noie 4 de la page 131.
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de justice de Rœderer, excita la méfiance des Jacobins, aux yeux desquels la modération et Timpartialité étaient loin d'être des titres de recommandation y et cependant Rœderer avait eu la faiblesse d'y comprendre Collot-d'Herbois*. C'était même là un de ces sacrifices aux dominations prochaines que lui reprochait André Chénier.
Lorsque parut, le 26 février, l'article Sur les causes des désordres qui troublent la France et arrêtent rétablissement de la liberté, il y eut de la stupeur, du trouble et de la colère dans le camp des Jacobins. Ils sentirent dans André Chénier un ennemi, un adversaire redoutable ; jamais ils ne s'étaient vus attaqués avec cette souveraine éloquence, cette force de raisonnement et cette inexorable logique. L'accusation portée contre la société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins de Paris, était précise, nette, et concluait à sa destruction. Dénonçant ses manœuvres inconstitutionnelles, a elle est un corps dans Paris, disait-il, et elle est la tête d'un corps plus vaste qui s'étend sur la France. » Puis, comparant les sociétés affiliées à ces congrégations de moines, au moyen desquelles l'Église de^ome plantait la foi, il les représentait se tenant toutes par la main et formant une chaîne électrique autour de la France. « Leur destruction, concluait-il, est le seul remède aux maux de la France. »
Immédiatement, Marie-Joseph adressa au Journal de Paris une lettre qui parut dans le numéro du 28. Il y annonçait, ce que tout le monde savait, qu'il était d'une opinion diamétralement opposée ' à celle de son frère. Cette lettre qu'il écrivit, sans se donner le
* Cette liste avait été présentée au directoire, et acceptée par lui, le 14 février; voyez la note 1 de la page 135. Elle se trouve dans le Moniteur, du 16 et du 21 mars. Voici les noms principaux qu'on y remarque : Acioque, chef de légion; Ândrieux, homme de lettres ; Blondel, secrétaire du département Bochard-Sarron, de l'Académie des sciences; Bonneville, homme de lettres Cabanis, médecin; Cailhava, homme de lettres; Champfort, homme de lettres Chesnier, citoyen, rue du Sentier; Collot-d'Herbois, homme de lettres Condorcet, député; Durcet, de TAcadémie des sciences; David, peintre du roi ; Dupont de Nemours, imprimeur; Gail, professeur de littérature grecque; Garât jeune; Ginguené, homme de lettres ; Grouvelle; Hassenfralz, chimiste; Jussieu, administrateur du déparlement ; Kersaint, administrateur du département ; la Harpe, homme de lettres, de l'Académie française ; la Rochefoucault, président du département; Lavoisier, commissaire de la trésorerie nationale; Honge, de l'Académie des sciences; Parmentier, de la Société d'agriculture; Pastoret, député, pUice Louis XV; Rabaud de Saint-É tienne; Sieyès; Talma, du théâtre de la nie Richelieu; Trial, de la Comédielulienne. — La Chronique de Paris publia au:>»i cette liste à partir du ^ février avecles noms, prénoms et adresses. Dans le numéro du 28 : « Chénier (André), rue du Sentier, 24. »
xLn AI^DRË GHÉNIER.
temps de la réflexion, M de sa part une légèreté et une maladresse. Il s'engagea, sans qu'il eût été mis en cause, sans que rien ne lui ea fît un devoir, par une sorte de fatuité révolutionnaire. 11 s'attira, dans le Journal de Paris du !•' mars, quelques observations, justes dans le fond, mais un peu acerbes dans la forme, delà part de Fauteur du Cabinet de lecture n" II. Dans sa réponse, datée du 2 et publiée le 3, il fit un pas de plus 6t annonça qu'il allait réfuter l'opinion de son frère sur les sociétés des Amis de la constitution. « J'espère j dit-il, combattre avec avantage les très -faibles raisonnements sans cesse renoUtelés contre leur existence. Je compte surtout réfuter la Jproposition de îles anéantir, proposition tyrannique et qu'on ne fiëUt exécuter fians abjurer la déclaration des droits et la constitua tion. 0
Dès le lendemain, André Ghénier, plus sage et plus mesuré, s'empressa^ dans un article daté du 4 mars et inséré le 7 dans le Journal de Paris, de dégager son frère, de le mettre en dehors de toute discussion et de lui enlever tout prétexte raisonnable de continuer une lutte qu'au lendemaiti de thermidor les ennemis deMà^ie-Josepl] devaient traiter de fi'atricide. Nonobstant, le jour même, celui-ei, «ans tenit* compte des avatices que lui avait faites publiquenient André, éeHvit cette réfutation si bruyamment promise. Ce ne fut pas, cette fois, d'itréflexion et de légèreté qu'il se rendit coupable ; il fit {)reuYe d'une persistance et d'une ténacité peu gériêret]U>eSj car cette réponse, datée du J mars, ne parut que le 11 mai dans lé Moniteur. Ce fut véritablement celte fois qu'il sacrifia son frère aux longues rahciines de son J)arli. Laré^liqiie d'André, écrite le 12 mai, parut le 15 et le 16 dans le Journal de Paris. Une nouvelle réponse de Marie-Joseph datée du 20 mai, fut publiée daris lé Moniteur du 19 juin. André ne répliqua jias. La journée du 20 juin coupa court à cette polémique. On a dit que des amis communs s'interposèrent, que les deux frères se réconcilièrent. Soit, acceptons cette affirmation dont on a donné peu de preuves. Mais cette réconciliation fut tout extérieure; il n'y avait plus d'amitié possible entre eux. Ce n'est pas en tout cas la journée du 10 août êi celle du 21 janvier qui durent ranimer dans le cœur d'André les restes d'une amitié éteinte et d'une estime perdue;
Mais, pendant cette polémique, coupée par de longs intervalles de silence^ d'autres événements avaient sollicité la plume courageuse d'André. Tout ce qui se rapporte à h fête trielnphale célébrée, le
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15 avril, en Thonnenr des soldats révoltés et amnistiés du régiment de Ghateauvieux, est trop connu pour que nous entrions dans quelques détails à ce sujet. Certes, il y avait des circonstances atténuantes du crime commis par les Suisses de Chateauvieux en se révoltant contre leurs officiers et en pillant leur caisse militaire, mais il n'y avait pas de circonstances qui pussent effacer les sentiments de reconnaissance que Ton devait au patriotisme et au courage des gardes nationales de Metz. En 1792, il était généreux et humain, et il pouvait être politique d'amnistier les Chateauvieux, mais leur décerner le triomphe était un scandale public. Ce qui peut arriver de pire à une grande nation, c'est d'être livrée k Tindiscipline et de se déshonorer dans des révoltes militaires.
CoUot-d'fierbois prit l'initiative de cette fête et en fut l'organisateur. David et Marie-Joseph en furent les décorateurs et les coryphées, et le maire de Paris, Pétion, s'en fit le protecteur. L'annonce bruyante du triomphe qu'on préparait à ces soldats rebelles fit éclater l'indignation d'André Chénier; et les lettres et les articles qu'il adressa à ce sujet au Journal de Paris sont des chefs-d'œuvre d'éloquence, d'atticisme et de logique. Ils furent jugés tels par tous les bons citoyens, par tous les esprits éclairés ; et ils furent reproduits et loués dans presque tous les journaux du parti constitutionnel. ï*ar contre, le nom d'André Chénier, celui de Roucher, et ceux des citoyeiis qui appuyèrent leurs protestations de leurs courageuses signatures, fièrent couverts de boue par les journaux du parti jacobin. Le Courrier des Quatre-vingt-trois départements, de Corsas, les Annales patriotiques, de Carra, VAmi du Peuple, de Marat, les Lettres patriotiques du père Duchêne, vomirent sur eux les plus cyniques injures, dans ce style des halles qui les rend impossibles à citer. Le 4 avril, dans une des séances du club des Jacobins, Collotd'Herbois se déchaîna contre eux, les dévouant aux haines et aux vetigeances populaires ; et il offrit ce spectacle sublime d'un histrion traitant André Chénier de prosateur stérile^!
Enfin, le 15 avril, le jour où les quarante galériens amnistiés furent promenés dans les rues de Paris, André Chénier jeta à la face des triomphateurs cet hymne immortel qui suffit à venger la conscience publique outragée. « Il compromit sa muse, » a dit M. Louis Blanc, qui peut-être n'écrirait plus cette phrase aujourd'hui. « Ce
* Voyez, à la fin du volume, le discours prononcé par Collot-d'Herbois.
xuv ANDRÉ GHÉN1ER.
jour-là (dit M. E. Hamel, un des plus récents historiens de la Révolution et le défenseur officieux de Robespierre) , ce jour-là, André Chénier hurla de rage, dans le Journal de PariSy des ïambes îéroces qui dépeignaient bien les sentiments de ceux que, par dérision, on appelait les modérés. En revanche, Fauteur des paroles de l'hymne à la liberté, qu'on chanta durant la cérémonie sur un motif de Gossec, se nommait Marie-Joseph Chénier. »
En effet, après avoir, au début de cette affaire des Chateauvieux , accouplé son nom à celui de Théroigne^ Marie-Joseph s*ôffrit à disposer les devises de la galère triomphale, et il rima pour Tauguste cérémonie des vers que ne lui dicta pas Apollon. Par respect pour son génie, ses admirateurs ne les ont pas insérés dans le recueil de ses œuvres complètes ; mais la 378" lettre bougrement patriotique du véritable père Duchêne les a transmis à la postérité.
Moins de quinze jours après, les premiers revers de nos armées en Belgique et le meurtre de Dillon vinrent donner tristement raison à André Chénier et prouver que Tindiscipline enfante la déroute et le crime. 11 se retourna avec indignation contre les clubs, qui avaient tout fait pour briser les liens de respect et d'obéissance qui attachaient les soldats à leurs officiers, et contre ces ministres, poussés par la Gironde au pouvoir, qui avaient la prétention de diriger les arméçs, comme Louvois, du fond de leur cabinet. Cette lutte qu'il livra contre la Gironde et les clubs, dans laquelle il vengea les ministres tombés, Delessarl et Montmorin, des habiletés politiques et des perfidies de firissot, Thomme du 1 0 mars et du 25 mai, et dans laquelle il défendit leterram constitutionnel contre les empiétements du parti républicain, dura jusqu'à la journée du 20 juin.
Ce jour-là, André Chénier eut un éclair d'espérance. Le courage et l'énergie qu'avait montrés le roi, en défendant le poste d'honneur où la constitution l'avait placé, lui firent croire que ce royal exemple allait enfin réveiller et électriser cette masse d'hommes honnêtes, mais timides, qui ne savent qu'opposer une inertie résignée à Taudace sans scrupules d'une poignée d'agitateurs. Il les réchauffa de son zèle, les anima de sa flamme patriotique, les exhortant à élever enfin une forte clameur d'indignation et de vérité. L'illusion qu'avait partagée LaÊiyette et tout le parti constitutionnel dura chez André Chénier jusque vers le milieu de juillet. Aussi, jus-
* Voyez, à la fin du volume, la pétition adressée à la municipalité par Marie-Joseph Chénier, Théroigne, David, etc.
xLviii AMDBÉ GUÉNIER.
autre nous parait avoir été Tattitude d'André. Le concours Yolontaire qu'il prêta dans ces pénibles circonstances à Malesherbes et à de Sèze, ne consista certainement Jamais que dans un échange de vues et d'idées, sur le but à atteindre et sur les moyens à employer. Son énergie et sa franchise, la netteté et la clarté de son esprit, la pu> reté et la droiture de ses intentions rendaient son concours précieux aux défenseurs du roi. La responsabilité qui pesait sur eux leur faisait un devoir et une nécessité de s'entourer d'avis éclairés, d'étayer ]euri^ manières de voir de celles d'autrui, et de puiser le courage et la confiance nécessaires à leur tâche dans l'approbation d^hommes sincères et dévoués, également exempts de passions extrêmes. C'est à ce titre qu'André Ghénier peut avoir eu de fréquents entretiens avec Malesherbes ou de Sèze ; c'est dans ces limites seules que son concours doit se concevoir et peut être admis, concours moral et politique plus que juridique, en tout semblable à celui que purent et durent prêter aux défenseur^ du roi d'autres membres influents du parti constitutionnel ou royaliste pendant les deux mois et demi que dura le procès.
Quant aux placards qu'il faisait, dit-on, afflcher; quant aux articles qu*il glissait, assure-t-on, dans les journaux royalistes, placards et articles nécessairement anonymes, on peut supposer qu'ils furent nombreux; mais ce sont encore là des assertions qui aunient eu besoin d'être appuyées de quelques preuves. Les traces manuscrites font complètement défaut. Les quelques fragments que Ton possède et qui ont été publiés sont des notes> 4bs impressions personnelles qui ne paraissent pas avoir été destinées à la publicité. Il aurait fallu tout au moins retrouver dans un article imprimé quelque lambeau de ces fragments manuscrits : cette heureuse rencontre ne s'est pas produite. Sans doute, au premier abord, on serait tenté de mettre le nom d'André Chénier au bas d*un certain nombre d'articles publiés dans les journaux de l'époque ; mais la critique doit se garder d'une apparence souvent trompeuse. Il y a, dans toutes les publications d'une époque, un certain air de ressemblance qui égare facilement. 11 faut faire attention de ne pas attribuer à un seul ce qui est une qualité ou un défaut général, ce qui, dans les tournures de phrases et dans l'emploi des mots, tient à l'esprit du temps et au caractère particulier des idées et de la langue actuelles. Nous n'avons rencontré que deux articles, publiés dans le Mercure français y qui nous aient paru devoir être attribués à André Chénier. Nous les avons
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de la République des vœux qui, à dire yrai, surpassent de beaucoup mes espérances. »
Si nous avons cité ce passage, c'est qu'il nous montre 'André Ghénier ayant accepté le nouvel état de choses, c'est-à-dire la Républi- ' que et faisant des vœux pour elle, comme Tannée précédente il en Êûsait pour le maintien de la monarchie constitutionnelle. Ce n'était point, en effet, un homme politique ayant un idéal particulier, un idédogue comme les Girondins, ce n'était point surtout, comme on Fa si souvent répété, un royaliste exclusivement attaché à une forme particulière de gouvernement. L'ordre, la justice, le respect de la loi, tels étaient pour lui les fondements de toute société ; tout ce qui était de pure forme était à ses yeux secondaire. Citoyen véritabknieni dévoué à la chose publique, il acceptait le fait accompli ; et ses vœux, d'ordre moral plus que d'ordre politique, étaient toujours et uniquement pour la France, qu'il aurait voulue libre, prospère et grande.
Lorsque vint le procès du roi, il ne fit nullement acte de royaliste en offrant ou en accordant son concours k Malesherbes et à de Sèze. S'il se dévoua à la défense de Louis XVI, c'est qu'il trouvait que le procès qu'on lui intentait était injuste et inique. Qu'on ajoute à ce mobile la compassion que devait éveiller dans une âme généreuse ime auffi grande infortune, et l'on aura une idée assez précise des sentimftirt» qui pouvaient animer André Ghénier.
D'aillftrSy selon nous, on a beaucoup exagéré la part qu'il prit à te défense du roi. On a dit d'abord qu'avant cette époque, alors qaHl écrivait dans le Journal de Paris, il aurait eu des relations avec Louis XVI ; mais on n'a apporté aucune preuve de ce fait. Tous les mémoires, récits, lettres qui émanent des familiers du châtean ou des membres eux-mêmes de la famille royale, sont absolument muets sur ce point. Nous ferons la même observation pour ce qui concerne le procès. On a dit, avec une visible exagération, que e*était André Ghénier qui avait rédigé toutes les pièces du procès^ D y aurait là un Mi considérable, du domaine propre de l'histoire, qui serait sans doute venu à notre connaissance par les révélations de ceux qui entourèrent le roi pendant sa captivité et de ceux qui concoururent à sa défense. Ni par les uns, ni par les autres le nom d'André Ghénier ne fut jamais prononcé. Ge silence serait inexplicable^ et pour quelques-uns approcherait de l'ingratitude, si, en effet, il eût eu une part réelle et active dans la défense du roi ; tout
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autre nous parait avoir été Tattitude d'André. Le concours yolontai qu'il prêta dans ces pénibles circonstances à Malesheibes et à Sèze, ne consista certainement jamais que dans un échange de vi et d'idées, sur le but à atteindre et sur les moyens à employer. S énergie et sa franchise, la netteté et la clarté de son esprit, la { reté et la droiture de ses intentions rendaient son concours précie aux défenseurs du roi. La responsabilité qui pesait sur eux leur f sait un devoir et une nécessité de s'entourer d'avis éclairés, d'état leuri^ manières de voir de celles d'aulrui, et de puiser le courage la confiance nécessaires à leur tâche dans l'approbation d'homn sincères et dévoués, également exempts de passions extrêmes. G' à ce titre qu'André Ghénier peut avoir eu de fréquents entreti( avec Malesherbes ou de Sèze ; c'est dans ces limites seules que s concours doit se concevoir et peut être admis, concours moral et f litique plus que juridique, en tout semblable à celui que purent durent prêter aux défenseur^ du roi d autres membres influents parti constitutionnel ou royaliste pendant les deux mois et demi q dura le procès.
Quant aux placards qu'il faisait, dit-on, afûcher; quant aux ar clés qu*il glissait, assure-t-on, dans les journaux royalistes, plaçai et articles nécessairement anonymes, on peut supposer qu'ils fun nombreux; mais ce sont encore là des assertions qui ammient besoin d'être appuyées de quelques preuves. Les traces manuscri font complètement défaut. Les quelfyei fragments que Ton possé et qui ont été publiés sont des note% kss impressions personnel qui ne paraissent pas avoir été destinées à la publicité. Il aurait fa tout au moins retrouver dans un article imprimé quelque Ïambe de ces fragments manuscrits : cette heureuse rencontre ne s'est ] produite. Sans doute, au premier abord, on serait tenté de mettn nom d'André Chénier au bas d*un certain nombre d'articles publ dans les journaux de l'époque ; mais la critique doit se garder d'i apparence souvent trompeuse. Il y a, dans toutes les publicatic d'une époque, un certain air de ressemblance qui égare facileme 11 faut faire attention de ne pas attribuer à un seid ce qui est i qualité ou un défaut général, ce qui, dans les tournures de phra; et dans l'emploi des mots, tient à l'esprit du temps et au caracti particulier des idées et de la langue actuelles. Nous n'avons rencc tré que deux articles, publiés dans le Mercure français, qui ne aient paru devoir être attribués à André ^Ghénier. Nous les av(
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nsérés dans ce volume avec quelques preuves à Tappui. Ils semblent indiquer qu'il n'y avait pas entre André Ghénier et les défenseurs du roi une complète conformité de vues.
Quoi qu'il en soit, il ressort des projets manuscrits trouvés dans ses papiers, qu'il conserva jusqu'au dernier moment Tespoir que Tappel au peuple serait voté par TÂssemblée. Il rédigea un projet de lettre de Louis XYI à l'Assemblée, qui, s'il fut proposé, ne fut pas accepté, puisqu'on possède la lettre qui fut remise au nom du roi k la Convention.
Tandis qu'André Chénier, nourrissant encore une dernière illusion, traçait de sa main une adresse au peuple des campagnes et une pétition à la Convention, suivie d'un projet de décret, Marie-Joseph mcmtait à la tribune, dans la séance du 16 janvier, et motivait ainsi son vote fatal :
« J'aurais vivement désiré, je l'avoue, de ne prononcer jamais la mort de mon semblable ; et si je pouvais m'isoler un moment du devoir pénible qui m'est imposé, je voterais pour la loi la moins sévère. Hais la justice, qui est la raison d'État, Tintérêt du peuple me pi^^scrivent de vaincre mon extrême répugnance. Je prononce la peine qu'a prononcée avant moi le code pénal. Je vote pour la mort. »
Ainsi les deux frères avaient été constamment et en toutes circonstances divisés dans leurs convictions et dans leur foi politique. Le mot de justice n'avait pas le même sens à leurs yeux. Et ce dernier acte de Marie-Joseph n'était pas de nature à fléchir l'inflexible André. Naturellement l'esprit de parti s'empara, après thermidor, de ces nombreuses et irrécusables preuves de discorde entre les deux frères, et, poussant l'accusation jusqu'à la calomnie, jeta l'épithète d'assassin au faible Marie- Joseph. Pour nous, qui n^avons rien caché des excès d'opinions de Marie-Joseph, qui l'avons montré se faisant le coupable coryphée d'un parti peu scrupuleux sur le choix des moyens, qui venons d'opposer son vote du 16 janvier à la conduite irréprochable d'André, nous croyons que, précisément parce que Marie-Joseph était faible, il devait se laisser subjuguer par des sentiments contradictoires, et que lorsqu'il vit André proscrit, arrêté, au pied de Téchafaud, il éprouva avec une égale violence les tortures de l'honnête homme qui se retrouvait en lui, sentit renaître dans son cœur une affection fraternelle trop longtemps étouffée, et, pour le sauver, apporta à cette tâche généreuse, mais impossible, la même passion qu'il avait mis jadis à le combattre*