‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 9 sur 121 · Rociaure, ex-marquis · texte numérisé non relu

Rociaure, ex-marquis

80 Copin, ex-noble.

81 Coessin-Labeiray, ex-noble et émigré.

82 Laboulbeune, dit Montesquou, grand vicaire de Rouen.

Dès que Lanne eut cette liste entre les mains, il la porta à la commission des administrations civile, police et tribunaux ; celle-ci l'adressa au Comité de salut public. Une copie en fut faite (c'est celle que nous pojssédons) dans le bureau de police générale, lequel était chargé de traduire les prévenus au tribunal révolutionnaire, et était dirigé par Robespierre, Couthon et Saint-Just. Cette liste, d'une écriture beaucoup plus soignée que tout ce qui sortait du bureau du tribunal révolutionnaire, fut adressée à l'accusateur public, et elle devait être probablement précédée de la mention : A renvoyer h V accusateur public, mention qui, placée en tête, devait être signée de trois membres du comité. Mais cette liste, telle que nous la possédons aujourd'hui, a été mutilée, sans doute par vengeance, afin de faire croire, lors du procès de Fouquier-Tinville, que celuici, dans la conspiration de Saint-Lazare, avait agi de sa propre initiative et sans ordre du Comité de salut public*.

avait fait donner ce surnom. Quoi qu'il en soit, ce détenu, qui avait été fait prisonnier au Château de Namur. le 2 décembre 1792, était à Bicêtre; c'est pourquoi nous ne le retrouverons pas sur la liste de Fouquier.

* On peut appuyer de quelques preuves ce que nous n'avançons que comme une hypothèse probable. 1° Dans les trois actes d'accusation , Fouquier- Tinville mentionne que les individus ont été traduits au tribunal par arrêté du Comité de salut public. 2' Nous avons pu vérifier son assertion en ce qui concerna Barbantane et le prince de Hesse. 5** Dans son procès (audience du 15 et du 17 germinal), il répète que les listes lui avaient été envoyées parle gouvernement, signées des membres du Comité. 4' Voici ce qui se passa à la séance du 25 germinal : < Si le jeune Maillé, dit Fouquier, est compris dans l'acte d'accusation, c'est qu'il a été traduit par ordre du Comité de salut public. — Ardenne : J'observe à Fouquier qu'il ne se trouve dans le dossier aucun airrêlé du Comité de salut public, et aucune date dans cet acte d'accusation. — FoDQuiER : 11 doit s'y trouver une liste, sur laquelle est écrit : « A renvoyer à l'accusateur public; » elle est signée de trois membres du Comité. — Ardenke : Il n'en existe pas. — Fooqdier : On a soustrait des pièces; cela étant, je n*ai plus rien à dire. » Si l'on considère l'animosité avec laquelle, tout le personnel du greffe et les huissiers du tribunal déposèrent contre

SA VIE ET SES ECRITS POLITIQUES. Lxxxm

Aussitôt que Fouquier-Tinville eut reçu cette liste, dite du Comité, il dressa à son tour une liste générale de tous les individus qu'il devait traduire au tribunal révolutionnaire. Nous la reproduisons également, vu l'importance de cette pièce* et pour compléter rhlstorique du procès. Elle donne lieu d'ailleurs à quelques remarques importantes.

L'accusateur public du tribunal révolutionnaire contre^

(4) 1 — Selle ex-comte et entrepreneur des farines (2) 2 — Gotthier ex-page

(5) 3 — Alain instituteur

(4) 4 — Isnard

(5) 5 = Content abbé 5

(6) 6 ziz Du clos cy-devant chevalier de St Louis

(7) 7 àz Sina cy-devant secrétaire du tyran *

Fouquier, qui avait fait guillotiner l'un d'eux, le commis-greffier Legris, on Dourra croire que la liste sigualée par Fouquier a été soustraite par vengeance. Dr nous avons toutes raisons de croire que celte liste n'est autre que celle ]ue nous puldions, et qu'elle a été non pas soustraite mais mutilée. En effet, |uand un l'examine attentivement, on acquiert la conviction qu*elle a été rognée à droite et en tiHe. A droite, on voit encore les coups des ciseaux; et, en :éte, il est certain qu'elle a été rognée postérieurement à la transcription des loms, attendu que l'S majuscule du premier mot Selle a été coupée par en laut, ainsi que le signe # qui désigne le mot livres. De la sorte, cette liste, ]ui portait peut-être en tête h mention signalée par Fouquier, est devenue lue liste sans valeur, accablante pour lui. ' Cette pièce est inédite*

* Nous avons apporté quelques modifications, toutes matérielles d'ailleurs, i cette liste. Les numéros entre parentbè^es sont ceux de la liste précédente, lite du Comité. Nous avons ensuite numéroté chaque nom, tandis que Fou- |uier comprend sous un même numéro deux ou trois noms quand ils figu- 'ent ensemble, comme Maillé fils et son cousin, comme les deux frères Trulaine et Mico beau-frère. Les noms sont copiés textuellement. Sur la pièce originale, ils sont précédés et suivis de signes, oiî il y a un peu de confusion. ^ mesure que les prévenus étaient compris dans une fournée, lis employés da tribunal mettaient une ou deux croix devant son nom, ou bien un zéro à U suite. Nous avons remplacé ces indications par trois signes : — pour la première fournée, = pour la seconde, ± pour la troisième. La liste conserve ain^i la physionomie qui lui est propre. ^-

' Ce fut le nommé Pierre-Etienne Constant qui fut amené à l'audience. le * thermidor, et renvoyé des débats comme n'étant pas celut dont les témoins avaient entendu parler.

* Sma (1" liste) ou Sina (2" liste) n'a pu être trouvé à Saint-Lazare, ainsi qu'il résulte d'une lettre adressée à Fouquier-Tinville par les administrateurs de police, Jonquoi et Bigant, du 7 thermidor. Le détenu en question était, ^ior» doute, écroué à Saint-Lazare, sous un autre nom. Peut-être était-ce le nommé Hua, secrétaire du roi, demeurant rue Saint-Louis {Almanach royal de 17U0)) dont le nom avait été mal inscrite

Lxxxiv ÂMDRÉ GUENIËH.

(8) 8 = Hébert prêtre

(9) 9 = Raoul

(10) 10 — Gigot grand-vicaire

(11) 11 di Regnard dit Découdre ancien conim" des guerres

(12) 12 = Dassy ex-abbé

(13) 15 — Ghampigny

(14) 14 = Malgane ex-curé

(15) 15 = Buquet ex-curé

(16) 16 = Trenke cy-devant baron

(17) 17 dz Prinprin professeur de mathématiques *

(18) 18 ± Loizerole fils «

\lO) 20 1 — Maillé fils et son cousin du même nom

(22) 22 ! ^ ^cfossé et sa femme ex-noble et ex-constituant du côte (

(22) 23 — Graindorge se disant comte de Méhil-Durand

(24) 24 — Flavigny se disant comte ^

(25) 25 ± Auge officier de paix

(26) 26 ± Busler américaine et ex-noble femme d'émigré

(27) 27 — Flavigny ex-noble et femme d'émigré se disant comi

(28) 28 — Denisdaele ex-noble et baronne

(29) 29 — Fleury ex-noble et marquise *

(30) 30 — Mursin ex-noble et comtesse ^

(31) 31 = La Mailliet ex-noble

(32) 32 =b Boucher secrétaire de Bailly

(33) 33 ±: Haché ex-noble américain

(35) 35 — Vergennes père et fils ex-noble et cy-devant comte

(36) 36 — Gharleval ex-noble lient* colonel de la garde constitut

nelle du tyran

(37) 37 db Gambon ex-noble femme d'un conseiller au cy-de

parlement de Toulouse

(38) 38 — Lagarde ex-noble dont un officier des gardes français

(39) 39 = Serre gouverneur de Ghandernagor de Bordeaux frèri

Serre mis hors la loy

* Ce Prinprin, qui fut acquitté, est le même que le nommé Prendpain ligure dans la déposition de Manini. 11 avait aussi joué le rôle de dénonciai

* Fouquier-Tinville a voulu prouver, dans sa Réponse... aux différents t d*accusaiion^ page 19, que c'était Loizerolle père qui était poursuivi et duit devant le tribunal. Fouquier menttiit sciemment. Comme on le voi liste géuérale, dressée par lui-même, et celle, dite du Comité, dressée à S Lazare, portent toutes les deux : Loizerole fils.

' L'observation de la première liste a disparu ; elle s'est fondue dans 1 d'accusation. Même remarque pour les numéros 25 et ?2.

* Fouquier n'a pas reproduit l'observation de la première liste ; elle inutile, puisqu'elle ne pouvait s'appliquer qu'à Saint-Lazare.

* La note odieuse qui se trouve après ce nom, sur la première liste, i retrouve pas sur celle de Fouquier.

SA VIE ET SES ÉCHUS POLITIQUES. lxxxv

(40) 40 — Berulle ex noble président ou conseiller du parlement de

Toulouse *

(41) 41 — De S* Agnan cy-devant duchesse

(42) 42 — De S* Agnan cy-devant duc

(45) 43 = La cy-devant marquise Dartigue

(44) 44 =: Gauthier St Près ex-noble et femme d'émigré ^45) 45 d= Cavin ex-noble garde constitutionnel du tyran

(46) 4G = Dolchy ex-noble comte italien

(47) 47 = Voyot prêtre

(48) 48 = Coilrelle ex-noble se disant baron

(49) 49 ±: La cy-devant comtesse de Perigord femme démigré

(50) 50 = Toussaint Megnier prêtre

(51) 51 zh Voyou ex -prêtre *

(52) 52 .-= Léonard Selles prêtre

(53) 53 — Dagieux offi' dans la garde constitutionnelle du tyran

(54) 54 = Bourdeil beau-père de Lagarde

(561 Kgl± Trudenne les deux frères et Mico beau-frère employé au

(57) 57) parlement

(58) 58 = Koesman ex-noble employé au parlement de Paris de 1771

(60) 59 = Grequi Montmorency se disant prince

(61) 60 = Roucher auteur du poème aux Saisons

(62) 61 == André Chénier

(6i) 62 = Lanfant prêtre section de Bon- conseil ^

(65) 63 dt Blanchard comm'« ordonnateur ex-noble père d'émigré

(66) 64 =t= Dusson ex-marquis et général d'armée dans l'ancien ré-

gime

(67) 65 ± Brognard prêtre

(68) 66 ± Bosset officier dans la garde du tyran

(69) 67 zb Broquet prêtre non assermenté

(70) 68 ± Dervilly

(71) 69 ±: Dorival

(73) 70 =: Montalembert ex-marquis

(74) 71 = Oudelot ex-noble

(75) 72 = Gaslel ex-noble

(76) 73 ± Jozcau secrétaire de Pétion

(77) 74 — Louise Laval abbesse de Montmartre

(78) 75 ^= Montcrif ex-noble ancien garde du corps

(79) 76 = Roçlaure ex-marquis

(80) 77 — Coppin oncle et cy-devant baron

* Erreur de copie : c'est Grenoble qu'il faut et non Toulouse.

^ Double emploi; c'est le mêuie que Voyot, qui est plus haut. Il était curé deBouqueval (Seine-et-Oise), et signait Voyaux.

^ On constate encore ici une confusion de personnes. Au lieu de Lcnfant, prêtre, de la section Mauconseil, ce fut F. Auphant, prêtre ausai, mais demeurant rue Saint-Denis, n* 408, qui parut au tribunal et qui, non reconnu, fut acquitté.

Lxxxvî ANDRÉ CHENIER.

- 78 Coppin neveu et cy-dcvant chanoine*

(81) 79 ± Coessin Labeyray ex-noble et émigr^é

(82) 80 — Laboulbeune dit Montesquou grand vicaire de Rouen

^ Conspiration de prison

Ainsi la liste de Fouquier-Tinville contient deux noms de moias que celle du Comité, par suite de la suppression du prince de Hesse, de Barbantane, d'Égalité, et de Taddition de Coppin neveu. La mention qui la termine : Conspiration de prison^ indique le chef général de Taccusation portée contre les quatre-vingts personnes désignées.

Après la. confection de la liste générale, Fouquier ne perdit pas de temps : il envoya à la commission populaire, présidée par Trinchard*, un double des listes, afin d'avoir des renseignements sur

* La première liste ue donne qu'un seul Coppin, parce qu'il n'y en avait et qu'il n en^fut trouvé qu'un à Saint-Lazare : c'était Pierre-Claude Coppin de Villepreux, ex-baron, âgé de quaranle-cinq ans. Fouquier en a porté -deux sur sa liste, parce qu'il aurait dû s'en trouver deux, comme le prouvent deux pièces existant au dossier de la première fournée, la première consistant en un arrêté du comité de sûreté générale, du 11 nivôse an 11, prescrivant l'arrestation de Coppin, oncle, ci -devant baron, domicilié à St-Quentin et de Coppin, neveu, ci-devant chanoine ; la seconde, en une lettre du comité de surveillance de Saint-Quenlin à Fouquier, concernant les mêmes.

* Nous signalerons d'abord une liste de 75 individus ou groupes d'individus, semblable à la liste générale de Fouquier et numérotée de la même façon. Ensuite deux listes de 27 noms chacune, formant deux colonnes sur une même feuille. Au bas de la première est écrit: « Affaire pour le 7 thermidor»; au bas de la seconde : « Affaire pour le 8 thermidor. » Ces listes, qu'on peut encore consulter, et qui ont été paraphées par Subleyras, portent certains indices qui tenderaient ù faire croire que la commission avait déjà prononcé sur le compte de plusieurs accusés. C'est ainsi que devant les noms de Raoul, de la citoyenne Fleury, de Coitrelle, il y a le mot : jugé. Sur la liste fournie pour la fournée du 7, et où André Chénier est le vingt-et-unième, le nombre 21 a été rayé, et devant on a m!s le n» 1. Le n» 2 est placé devant le n» 6, rayé, de Duquet, ainsi que devant le n* 17 de Bourdeil ; le n* 3 se trouve devant le n^'li de Coitrelle et le n" 19 de Créqui-Montmorency. Ces chiffres 'sont, sans doute, des renvois à un travail antérieur de la conunission. Voici, d'ailleurs, une pièce qui vient à l'appui de cette hypothèse :

Paris, 2 thermidor, l'an 11 de la République, une et indivisible.

La commission populaire, établie en vertu du décret du 23 ventôse, l'an II de

la République, une et indivisible.

Au citoyen accusateur public du tribunal révolutionnaire.

«Des individus compris dans la liste que tu nous as fait passer, il en est plusieurs sur le>quels la commission avait déjà prononcé. Nous t'adressons le précis de notre décision; et quant aux pièces, elles ont été remises au bureau des détenus.

« Tu trouveras aussi une lettre relative à Beausset, ci^evant capitaine de

SA VIE ET SES ÉGUITS POLITIQUES. lxxxv

(40) 40 — Berulle ex noble président ou conseiller du parlement de

Toulouse *

(41) 41 — De S* Agnan cy-devant duchesse

(42) 42 — De S* Agnan cy-devant duc

(45) 45 = La cy-devant marquise Dartigue

(44) 44 =: Gauthier St Près ex-noble et femme d'émigré ^45) 45 ± Gavin ex-noble garde constitutionnel du tyran

(46) 40 = Dolchy ex-noble comte italien

(47) 47 = Voyot prêtre

' (48) 48 = Coilrelle ex-noble se disant baron

(49) 49 dt La cy-devant comtesse de Perigord femme d'émigré

(50) 50 = Toussaint Megnier prêtre

(51) 51 ±: Voyou ex -prêtre *

(52) 52 .-= Léonard Selles prêtre

(53) 53 — Dagieux offi' dans la garde constitutionnelle du tyran

(54) 54 = Bourdeil beau-père de Lagarde

(561 Sôl"^ Trudenne les deux frères et Mico beau-frère employé au

(57) 57) P«rlement

(58) 58 = Koesman ex-noble employé au parlement de Paris de 1771

(60) 59 = Grequi Montmorency se disant prince

(61) 60 = Roucher auteur du poème aux Saisons

(62) 61 = André Chénier

(6i) 62 = Lanfant prêtre section de Bon- conseil ^

(65) 63 dz Blanchard comm'« ordonnateur ex-noble père d'émigré

(66) 64 zb.Dusson ex-marquis et général d'armée dans l'ancien ré-

gime

(67) 65 ±z Brognard prêtre

(68) 66 ±1 Bosset officier dans la garde du tyran

(69) 67 ± Broquet prêtre non assermenté

(70) 68 ± Dervilly

(71) 69 ±: Dorival

(73) 70 = Montalembert ex-marquis

(74) 71 = Oudelot ex-noble

(75) 72 = Gaslel ex-noble •

(76) 73 ± Jozeau secrétaire de Pétion

(77) 74 — Louise Laval abbesse de Montmartre

(78) 75 7= Montcrif ex-noble ancien garde du corps

(79) 76 = Roçlaure ex-marquis

(80) 77 — Coppin oncle et cy-devant baron

' Erreur de copie : c'est Grenoble qu'il faut et non Toulouse.

* Double emploi; c'est le même que Voyot, qui est plus haut. Il était curé de Bouqueval (Seine-et-Oise), et signait Voyaux.

' On constate encore ici une confusion de personnes. Au lieu de Leiifant, prêtre, de la section Mauconseil, ce fut F. Auphant, prêtre aus^i, mais demeurant rue Saint-Denis, n" 408, qui parut au tribunal et qui, non reconnu, fut acquitté.

Lxxxviii ANDRÉ CHENÏER.

vice-président; Etienne Foucault, Philippe-Jean-Marie Barbier, Jean-Pierre Garnier-Launay, juges ; Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public; Dix-août, Pigeot, Aubry, MouUin, Despréaux, Topino-le-Brun, Gouillard, Gauthier, Laporte, jurés; Tavernier, commis-greffier. Après les préliminaires obligés, le greffier donna lecture de l'acte d'accusation. Nous en extrayons la partie qui concerne la conspiration de Saint-Lazare.

Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public du tribunal révolutionnaire, expose qu'çn verlu d'arrêté du Comité de salut public de la Convention nationale,

Charles-Michel Alain, etc., etc.

Ont tous été traduits au tribunal révolutionnaire comme prévenus de s'être déclarés les ennemis du peuple par des complots, trames et manœuvres c«)ntre-r6volutionnaires;

Qu'examen fait des pièces adressées à l'accusateur public il en résulte que Dillon, Ronsin, Chaumclte et Hébert avaient des agents et des complices de leurs, conspirations perfides dans toutes les maisons d'arrêt pour y suivre leurs trames et en préparer l'exécution. Depuis que le glaive de la loi a frappé ces grands coupables, leurs agents, devenus chefs à leur tour, ont tout tenté pour parvenir à leurs fins et exécuter leurs trames liberticides.

Allin a été Tun des principaux chefs de la conspiration qui s'est formée dans la maison d'arrêt dite Lazare ; il parait s'être associé Selle, Gauthier et Dessisnard qui devaient concourir avec lui à son exécution. Selle parait même avoir offert une somme de neuf mille livres à un autre détenu pour l'engager à couper les barreaux de la croisée par où il devait s'évader et faire évader les autres prisonniers. Des correspondances à l'extérieur étaient entretenues et favorisées ; et, sous prétexte de faire passer des livres à Allin, on faisait passer toutes les lettres qui pouvaient contenir des instructions et des renseignements au dehors. Des cordes, des draps devaient servir à l'évasion des premiers, pendant la nuit, qui, réunis à leurs complices du dehors, se seraient emparés des portes et auraient facilité les manœuvres et les violences qui se seraient pratiquées dans l'intérieur par les détenus complices de ce complot. Les

la Conciergerie, avoit été au Luxembourg, et qui éloit de la même fabrique de conspiration, de ceux quj ont passer sous le glaive de la loy. 11 a été transféré à Lazare, daprès une disputé avec les administrateurs de police, et je me persuade à croire qu'ils se sont fait transféré à plusieurs du Luxembourg pour faire part de la conspiration dans les autres maisons d'arrêt, voici les noms de ceux qui ont été transférés avec de selle scavoir vaudin et Lahayes, aux Hadelonelles.

Salut et fraternité.

Verney, concierge, ci-devant porte-clef au Luxembourg.

SA VIE ET SES ÉCRITS POLITIQUES. lxxxix

discours tenus par Allin et autres chefs de la conspiration, contre la Convention nationale et surtout les représentants du peuple membres des Comités de salut public et de sûreté générale, prouvent l'usage que ces conspirateurs voulaient faire de leur liberté pour dissoudre, par l'assassinat et le meurtre des députés, la représentation nationale.

Des ex-nobles, des ex.prêlres étaient, comme dans toutes les autres maisons d'arrêt, les complices de cette conspiration et comptaient sur son succès comme le signal de la contre-révolution qu'ils n'ont cessé de méditer depuis que le peuple français, dont ils sont les plus cruels en* nemis, a brisé les fers de l'esclavage sous lequel il gémissait.

En effet, Maillé fils et son parent, etc., etc.

D'après l'exposé ci-dessus l'accusateur public a dressé la présente accusation contre les susnommés pour s'être déclarés les ennemis du peuple

français en et encore en conspirant dans la maison d'arrêt dite

Saint-Lazare, à l'effet de s'évader et dissoudre , par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple, et notamment des membres des Gomités de salut public et de sûreté générale, le gouvernement républicain et de rétablir la royauté.

La déclaration des jurés fut atlQrmatiye pour les vîngt-cinq prcyenus, qui tous furent condamnés à mort^. Les nommées d'Hinnisdal, Joly de Fleury, Meursin et Beauvilliers de Saint-Aignan, s^étant déclarées enceintes, les vingt et un autres condamnés furent exécutés, le 6 thermidor, sur la place de la barrière de Vincennes. Mais ces malheureuses femmes, excepté madame^ de Saint-Âignan, qui fut reconnue enceinte, furent envoyées à Téchafaud le lendemain 7 thermidor*.

Pendant que les prétendus chefs de cette conspiration marchaient

* Voyez les noms exacts, qualifications, âges, demeures des accusés jugés le 6 thermidor, dans V Histoire du Tribunal révolutionnaire, de M. de GampardoD, I, p. 532.

* Le procès-verbal d'exécution, signé Degaigné, huissier, daté du 6 thermidor, et enregistré le 14, constate l'exécution de vingt-et-une personnes. Par le jugement de condamnation, il fut sursis à l'exécution de la femme Beauvilliers de Saint-Âignan, qui avait déclaré, pendant les débats, qu'elle était enceinte. Les trois» autres firent la même déclaration, le 6 thermidor, à trois heures de l'après-miiii, par-devant Toussaint-Gabriel Sccllier, Antoine-Quentin Fouquier et Jean-Baptiste Tavernier, commis-greffier. Le 7, elles furent toutes visitées par les officiers de santé du tribunal, Naury et Giraud, assi>tés de la veuve Prioux, sage-femme. Madame de Saint-Aignan, seule, fut trouvée enceinte. En conséquence, par jugement du 7, rendu en la chambre du conseil, par Pierre-André Goffinhal, vice-président, Antoine-Marie Maire, Gabriel Deliége, Jean-Bapliste-Henry-Antoine Félix, G. Scellier, Charles Harny et Jean- Baptiste Lohier, il fut ordonné qu'il serait passé optre à l'exécution des nommées d'Hinnisdal, Meursin et Joly de Fleury.

xc ANDRÉ CHENIER.

au supplice, \ingt-sept autres prisonniers étaient extraits de Saint- Lazare et écroués à la Conciergerie. Parmi eux étaient André Ghénier et Roucher. Tous deux allaient « expier cruellement, dit M. HameH, leurs longues diatribes contre la révolution. » En effet, le bon sens, la raison, le courage, la grandeur d'âme, le génie sont, en temps de révolution, de dangereux titres de recommandation, lorsque le pouvoir est aux mains des ambitieux et des histrions. C'est alors que les protestations héroïques des bons citoyens passent pour des diatribes, et que Tamour de la justice et de la liberté devient un crime digne du dernier supplice.

En partant de Saint-Lazare, André Chénier se jeta dans les bras des frères Trudaine. Mais ceux-ci ne devaient lui survivre que d*un jour ; ils étaient promis à la fournée du lendemain. Le mandat d^extraction de Saint-Lazare avait été signé par le substitut de Taccusateur public Gribeauval, et était conçu en ces termes^ ;

[TRIBUNAL RÉVOLUTION iN AIRE

a Le gardien de la maison d'arrêt de Lazare remettra â la gendarmerie les nommés Roucher, ' André Chénier, la Maillet, Trenk ex-baron, Monlalembcrl, Oudelot, ex-noble, Gastel, ex- noble, Monlcrif, Roquelaure, Créqui-Montmorency, Dolchy, Serre gouverneur, Bourdeil, Koesman, Coitrelle ex-noble, Raoul, Dartigues, Gauthier St Prée, Hébert, Content abbé, Dasy, Maldagne, Baquet, Lenfant, Toussaint Megnîer, Yoyot exprêtre, Léonard Selle, prévenus, pour être conduits au tribunal révolutionnaire.

Fait â Paris, le 6 thermidor, l'an second de la Répubique française une et indivisible, d

Le substitut de V accusateur public : Gribauval.

Les prévenus montèrent sur les charettes qui les attendaient et ils furent conduits à la Conciergerie, où, remis entre les mains du concierge Toussaint Richard, par Thuissier du tribunal Urbain-Didier Château, ils furent inscrits immédiatement sur le registre d& la maison de justice.

* Histoire de la Révolution^ page 475.

* Cette pièce a été publiée par Fouquier-Tinville lui-même ; elle forme la pièce justificative n» 15 de sa Réponse... aux différents chefs d'accusation. C'est une copie de l'original déposé à la commission des administrations cirîle, police et tribunaux. Mais Fouquier-Tinville a reproduit cette pièce

Bcomplétement et inexactement.

SA VIE ET SES ECRITS POLITIQUES. xci

L'écrou collectif de tous les prisonniers transférés était conçu en ces termes* :

« Et ]c 6 thermidor de l'an second de la République, les nommés Rou-' cher, André Chénier, etc., etc., tous actuellement détenus en la maison d'arrêt de la Conciergerie, ont été, par moi, huissier au tribunal révolutionnaire, soussigné, ccroués et recommandés sur le présent registre, en vertu d'un acte d'accusation et d'une ordonnance de prise de corps, rendue ce jourd'hui par le tribunal, dûment signée, et à la requête du citoyen accusateur public dudit tribunal, lequel fait élection de domicile en son parquet, sis près icelui; pour, par les susnommés, rester en la maison de céans comme en maison de justice, et ce, jusqu'à jugement définitif; et je les ai laissés à la garde du citoyen Richard, concierge, lequel s'en est chargé et a promis les représenter quand il en serait requis; et je leur ai, en parlant à leur personne entre les deux guichets comme lieu de liberté, laissé à chacun séparément copie de l'acte d'accusation, de l'ordonnance et du présent, d

Château.

Les deux pièces dont il est parlé à la fin de la précédente furent en effet remises à André Chénier. C est alors qu'il réclama contre les qualifications qu'on lui donnait et qui appartenaient k Sauveur Chénier, son frère, détenu à la Conciergerie dans le moment même où il y était écroué. Averti par l'huissier du tribunal de cette réclamation, Fouquier-Tinville se contenta de rayer sur l'acte d'accusation collectif tout ce qui concernait Sauveur Chénier.

Voici ces deux pièces, Pacte d'accusation et l'ordonnance de prise de corps. Nous avons eu soin d'imprimer en italiques tout ce qui, sur la minute, a été rayé comme s'appliquant à Sauveur.

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