‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 96 sur 121 · SUR LES FLATTEURS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SUR LES FLATTEURS DU PEUPLE

J'ai aussi, pour descendre à de moindres objets, visité tous nos spectacles ; et dans la plupart des nouveaux chefs-d'œuvre qui nous inondent, drames, chansons, pot-pourris, facéties, atrocités souterraines et monacales, j*ai recoimu, sinon le style et les talents, au moins Tesprit de flagornerie^ qui remplissait les comédies, opéras, ballets, dont Louis XIV, dit le Grand, s'enivrait sur ses théâtres de Versailles et de Marly. Les Naïades, les Neptunes, les Apollon s de ces beaux ouvrages qui avaient soin de diriger tout cet encens poétique vers le monarque qui les payait, ne feraient aujourd'hui que changer de costume et donner à leurs adulations un ton plus sententieux et plus philosophique. Le parterre, qui est à la fois le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif de ces sortes d'assemblées, saisit toutes les applications qui le flattent d'une manière vraiment royale ; il les applaudit avec une indulgence

changé d'avis depuis; il assistait assidûment à toutes les séances du club de la rue Saint-Honoré, et collaborait à la Chronique de Paris. Voyez le chapitre trente-troisième des Actes des apôtres. « 11 est placé (dit la Semaine politique et littéraire, du 23 avril 1792) comme l'oiseau-mouche au derâicr degré de l'échelle de grandeur... C'est le plus joli des patriotes, ou plutôt c'^st le bijou du civisme. » Sur ses rapports avec Marie-Joseph vo^ez le Journal-pie du 16 janvier 1 792. *■ Comparez avec un passage de son article du 3 uio, page 208.

Les hooiuies ont toujours les mêmes passions * ; mais cba-^ le siède a ses mœurs, et dans chaque siècle les mêmes

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admirable ; il les tait même ordinairement r^éter, et cette naî?eté m'a rappelé souvent celle du même Louis XIV/ qui fredonnait bonnement les prologues de Quinault paidant qu'on lui mettait ses souliers et sa perruque.

Gomme autrefois, le gouvernement est entre les mains des femmes. Gomme autrefois, les ministres sont faits et débits, les emplois arrachés et envahis, les grandes accusations préparées, les procès intentés par des intrigues de catins^. La Majesté nationale comme la Majesté royale se trouve sans k cesse invoquée pour des querelles d'antichambre, et n'est employée qu'à servir les haines et les vengeances de quelques effironife avides et de quelques fripons trop puissants. ^

■ Dans saiépoiiset Varie-Jokseph. ms«ée, les 15 et 16 iiiail792i dus k soixlotl^-IleuTÎènle et le s«Mxante-dîxièine suppléments da Journal de Paris. Àjodrê Chénier tv»ît dît, eo parlant des ministres giroodin: / « Puissent-Us i^paivr leurs fiutes et la gloire du nom français» et ne pas Cùn^ dire que de boas ministjes ne sortent pas plus de la tribune d*un club que des boudoir^ des citins I » Conmie nous l'aTons dit, note 5, paiïe à05, Andr^. dans ces deux passages, Uh alhisioo à n»* dune de Suêl et à madame de Condoroet, mais surtout à la prâmièrei que Ton aoitisaît d'sToîr poussé à Tacirusation du 10 mars eontre Delesart. Nv^us tixwToos eiK\«re reotreâlet suirant dans la Correspoit^ étmce politiqut dtrs rtriiahi^ amis «lu rot, du 25 janvier 1793: c 1. le comte de Sêgur. demî-pbUosophe, faux bel esprit, instrumed eu homdoir de madame de Staël, traraille pour nos clubs an cAbinet de Sans-Souci. »

* Compare! ce trament aret un frapnent de l'Bermèg, PoésUt, pace ôtVI. :^ édition — Voiaesquieu. Gramintr fi décadence des R^Mmtims^ chap. i. a dît : « L'his;oire moderne nous fournit on exem^ de ce qui arrÎTa (^Mir lors à Rome; ei ceci est bien lanarqnable : cafi

passions ont une nouvelle manière de se montrer. Jadis, quand la société avait moins appris à avoir de Tempire sur soi, les rivalités étaient sanglantes, et rarement une fête finissaif sans voir briller le fer, et les coupes servaient d'armes. C'est ainsi qu'Olympe*, etc.

La jeunesse, la beauté, la pudeur qui ailleurs, inspirent nême de l'indulgence pour les fautes, là irritaient* la colère, 'insulte, la haine, et leur inspiraient l'idée de ces sortes

l'outrages ' qui La débauche est toujours cruelle La

liblesse de Tâme, la caducité, objet de vénération pour tout Qortel digne du nom d'homme, et la faiblesse des femmes ui est leur défense chez tous les peuples civilisés, excitaient i bravoure de ces héros..., et le plus souvent leurs attaques u leurs vengeances ne savaient que prostituer la pudeur ou nsanglanter des cheveux blancs.

Ressemblaient à des troupes de furieux armés de poi-

rnards et renfermés ensemble dans la plus épaisse nuit*, et |ui, courant au hasard les uns sur les autres, donneraient et

omme les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes passions, es occasions qui produisent les grands changements sont différentes, aais les causes sont toujours les mêmes, o

1 Comparez avec le magnifique passage de V Aveugle, vers 213, où il lécrit le combat des Lapithes et des Centaures, aux noces de Pirithoûs.

* Ce fragment et les six suivants paraissent avoir été destinés à un luvrage narratif et historique, â en juger par l'emploi répété de l'im- Kirfait.

^ Il fait allusion dans ce fragment aux excès commis en 1791 contre es religieuses. Voyez les notes 2 et 3 de la page 71.

* Voyez la même idée, exprimée, page 5, au commencement de VAiris Tux FrançaU,

recevraient la mort aveuglément sans savoir quelle poitr ils auraient ouverte, ni quelle main les aurait frappés.

Ils croyaient avoir secoué le joug de la servitude, n

ils se trompaient; car ils n'avaient pas secoué celui des vie

Furent gouvernés par des hommes dont la vie é

un tissu de crimes et Tâme un tissu de vices.

Tous étaient désunis : on ne marchait point, on

frappait point, on ne mourait point ensemble*.

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