‹ Œuvres en prose de André Chénier: augmentées d'un grand nombre de morceaux inédits, etChapitre 26 sur 42 · A SON PÈRE · texte numérisé non relu

A SON PÈRE

Londreif ," 19 janvier 179©.

Les nouvelles qui nous arrivent de France , moitié bonnes, moitié mauvaises, m'inquiètent par rapport h vous, mon très cher père. Je désire savoir ce qui se passe au sujet de votre pension * et si vous avez déjà préparé quelque chose à mettre sous les yeux de l'Assemblée nationale, quand il s'agira d'examiner les motifs de toutes les pensions. On a pris sur cet article un parti qui semble bien violent. Plaise au ciel que les

*■ Cette lettre est inédite.

* André Ghénier était attaché à l'ambassade de France , soos le •«omte de La Luzerne.

•* Gomme ancien consul-général de France, dans le levant

ET LITTÊIIÀIRES. 255

affaires s'arrangent ! ce qui ne peut guère avoir lieu que par les finances qui vont bien lentement. Outre la honte qu'entraînerait une faiblesse, quelles horribles conTulsions n'en seraient pas la suite dans Paris ! car les provinces s'en ressentiraient moins. Mais il est sûr que Paris serait un enfer pendant quelque temps. Je ne puis songer à cela sans frémissement.

J'apprends que le temps a été fort beau à Paris. le m'en réjouis ; car je m'imagine que cela peut vous entretenir en bonne santé , et c'est toujours cela. L'ouvrage de mon frère ^ a toujours un grand succès à ce qu'on me mande. G^est un bien véritable et bien sensible plaisir pour moi. «Te viens de lire dans un papier français un interrogatoh*e de M. de Favras, où je vois que ce Monsieur avait ausd conspiré contre Char^ le$ IX. Dites , je vous supplie , h mon frère , que je le supplie de ne pas tarder à m'envoyer cet ouvrage aussitôt qu'il sera imprimé; et aussi, que M. Dutens* désire qu'il le place au rang des souscripteurs pour deux exemplaires. Vous avez lu ou bien je vous conseille de lire un excellent écrit que le chevalier de Pange m'a fait passer , où il traite de la délation et du Comité des recherches.' C'est un écrit plein de justice, de noblesse , de raison et d'éloquence ! et qui ne peut déplaire qu'au faubourg Saint-Antoine.

Adieu , mon très cher père , je vous embrasse avec la plus respectueuse tendresse , et vous prie de présenter mes respects à ma mère, et mes tendres amitiés à tous mes frères et à ma sœur quand vous lui écrirez.

' La tragédie de Charles ÏX, représentée pour !a première fois le fliiOTembrel789.

' Louis Dutcns , savant littérateur ft-ançais, fixé à Londres et employé dans la diplomatie anglaise , auteur d'un grand nombre d'ouvrages estimés dans tous les genres.

* Il s'agit sans doute d'un article inséré dans un journal du temps, ou lu à la Société de 1789.

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