A SA MAJESTÉ STANISLAS-AUGUSTE
Roi de Pologne f grand dac de Lithuanien
18 Octobre 1790.
Sire,
J'ai reçu des mains de M. Mazzai la médaille dont Votre Majesté m'a destiné Thonorable présent. U m'a fait connaître aussi avec quelle indulgence elle s'est exprimée sur mon compte , en jugeant digne d'une traduction en langue polonaise VAvis aux Français que j'ai publié depuis quelques mois.
Ma surprise a égaJé ma respectueuse reconnaissance ; mais, attentif depuis long-temps à tout ce qui se fait sur la terre pour le rétablissement de la raison et l'aftiélioration de Tespèce humaine, je n'étais pas assez étranger aux affaires de la Pologne pour ne pas connaître le caractère de Votre Majesté , et le prix dont un pareil suffrage doit être aux yeux d'un honnête homme : aussi dois~je avouer que l'inscription de la médaille ne peut manquer de m'enorgueillir un peu , car elle me rappelle que c'est uniquement la pureté de principes que j'ai essayé de développer, et le désir ardent que j'ai eu d'être utile, qui m^ont valu l'honneur que je reçois, et qui vous ont fait chercher dans la foule un inconnu pour le prévenir par des marques aussi flatteuses de votre approbation. Vous avez. Sire, applaudi aux souhaits et compati aux chagrins d'un
* « Le livre de M. Chénier, écrivait le roi de Pologne , m'a paru si modéré , si sage , si propre à calmer l'effervescence , et si applicable même à d'autres pays, que je le fais traduire. J*al pensé que la médaille ci-jointe serait une marque convenable du cas que je fais de cette production , et de Topinion que j'ai de Tautcnr.» ( Note écrite de la main d'André Chénier, au bas d'une copie autographe de cette lettre. )
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horame pour quiiJ ne sera point de bonheur, s'il ne voit point la France libre et sage ; qui soupire après Tinstant où tous les hommes connaîtront toute retendue de leurs droits et de leurs devoirs ; qui gémit de voir la vérité soutenue comme une faction, les droits les plus légitimes défendus par des moyens injustes et violens, et qui voudrait enfin qu'on eût raison d'une manière raisonnable.
Si Fouvrage , quel qu'il soit , que j'ai publié dans ces intentions, survit aux circonstances qui Tout fait naître (et il n'est pas impossible que le souvenir des distinctions dont Votre Majesté Ta honoré , lui assure cet avantage ) , ce sera, je n'en doute pas , un des traits dont on se servira pour caractériser notre siècle et l'époque où nous vivons , qu'un pareil écrit ait été une recommandation auprès d'une tète couronnée. Mais cette particularité sera à peine remarquable dans l'histoire d'un homme-roi, dont lu vie entière, animée du même esprit, n'aura été qu'un enchaînement d'efforts pour rappeler les hommes, ses concitoyens, à des institutions saines, et les élever à la hauteur de la Liberté ; et qui , dans le dessein de poser ou d'affermir dans sa patrie les fondemens d'une Constitution équitable et forte , aura mis en œuvre autant de soins , de ressources et d'activité que les rois en auraient employé jusqu'ici à outrager la nature humaine , et à éterniser son esclavage et sa honte. Les fables nous racontaient de semblables choses d'un Thésée; et si les historiens antiques y joignent les noms d'un ou deux rois, à qui elles attribuaient aussi cette divine pensée de rendre les peuples heureux par la Liberté, et de circonscrire euxmêmes leur pouvoir dans les justes limites de la Loi et de la félicité publique, le spectacle de ce qui s'était passé dans notre Europe nous faisait rejeter ces histoires parmi les fables. Cette incrédulité ne sera plus permise à ceux qui de nos jours tourneront les yeux vers la Pologne.
Je reconnaîtrais mal la bienveillance honorable que Votre Majesté m'a témoignée, si je l'embarrassais ici par des louan-
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ges que ceux qui les ménteat n^aiment pas a receToir en faee. Je crois d'ailleurs que les princes capables de concevoir et d^exécuter de si belles entreprises goûtent dans leur conscienee une satisfaction trop a« dessus des louanges. Après ce témoignage intérieur, quel autre plaisir pourrait vous toucher, si ce n'est la réussite complète de ces vues humaines et bienfaisantes, et la douceur de sentir un jour, et d'entendre tous les Polonais avouer que leur bonheur est votre ouvrage ? El 9 ne manquerait rien sans doute à la récompense qui vous est due, si ce noble exemple fructifiait à vos yeux dans tous les empires, et pouvait être imité par tous les rois. Puisse ce dernier succès vous être aussi assuré que les bénédictions de vos contemporains et de la postérité !
Agréez avec bonté. Sire , Texpression de mon respect et de ma reconnaissance , et les vœux ardens que je fais pour votre prospérité, que vous avez inséparablement attachée à celle de votre brave nation.