‹ Œuvres en prose de André Chénier: augmentées d'un grand nombre de morceaux inédits, etChapitre 5 sur 42 · XXVJ NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXVJ NOTICE HISTORIQUE

Souveraineté du Peuple et qui répandent ces principes comme une partie accessoire de la Constitution, Il n'est pas possible que mon frère, avec qui j'ai passe une partie de ma vie, prétende m'adresser de telles inculpations. Si quelques lecteurs affectaient de me reconnaître dans cette peinture, c'est àlui que je les enverrais pour qu'il leur apprit que Tégalité des droits entre les hommes, la souveraineté du Peuple et tous ces pnncîpes éternels d'une société heureuse et libre, étaient dans mon cœur et sur ma bouche long-temps avant qu'ils fussent devenus la sainte base de nos Lois, etc. »

Il termina par son apologie et par une comparaison indirecte de sa position avec celle de son frère vis-à-vis des Jacobins : c( Quel intérêt particulier puis-je avoir à cette haine qu'on me reproche ? Ai-je trouvé quelque part sur mon chemin les hommes dont il s'agit? ai-je demandé, désiré, cherché quelque chose, quelque emploi ? Ai-je été leur rival à quelque tribune, dans quelque assemblée primaire ou électorale, dans quelque cabinet ministériel? Je n'ai paru même *a ma Section, que lorsque des affaires vraiment publiques et ma qualité de citoyen exigeaient de moi un vœu. Inconnu et pauvre et content de Têtre, je vivais dans la retraite, dans rétude et dans Tamitié. La seule vue des maux dont ces corporations sont la cause, et le silence de beaucoup d'hommes trop timides, qui le voyaient et qui n'osaient le dire, n'ont pu me faire renoncer si tôt à ma paisible obscurité. Aucun de mes désirs, aucun de mes projets n'avait besoin de l'appui ou ne redoutait l'opposition de la Ligue que j'ai attaquée. Je ne veux exciter aucune méfiance sur les motifs de ceux qui défendent cette Ligue ; mais enfin si leurs ennemis voulaient révoquer en doute leur bonne foi, seraient-ils en peine de

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donner à ce soupçon quelque ombre de vraisemblance, et de découYrir à quels intérêts particuliers de teUes associations peuvent rendre d'assez grands services, pour s'assurer la reconnaissance et les suffrages d'hommes plus ambitieux que sincères? Certes, un parti bruyant et puissant, qui jette une immense quantité de rameaux, qui soutient tous ses amis, qui dispose , au moins pour un temps , des places , du crédit , de la Caveur, de la réputation , et même de cette partie des succès littéraires dont la nature est d'avoir besoin des applaudissemens de la multitude, sera toujours beaucoup loué, même par plusieurs doni il ne sera jamais beaucoup aimé I b L'intention était flagralite, et la querelle des deux frères devenait personnelle. Les criailleries des partisans de chacunr d'eux augmentèrent l'irritation de l'un et de l'autre qui se trouvaient exposés en spectacle dans eette lutte déplorable : Brissot , Carra, Corsas, Condorcet, se faisaient les auxiliaires et les séides de Marie-Joseph; Chéron, Serieys et les autres rédacteurs du Journal de Paris , manifestaient leur sympathie pour André Çhénier par d'amères attaqi contre son frère.

Marie-Joseph Chénier, blessé au vif par les piquantes allusions du factum d'André, promit de répondre lui-même, aussitôt que l'abondance des matières ne s'opposerait plus à l'insertion d'une longue lettre dans le Moniteur^ car sa fortune ne lui permettait pas, disait-il , de faire la dépense d'un SupplémerU dans le Jmmalde Paris, Cette lettre fut publiée le 19 juin : ce J'examinerai si mon frère a répondu à ce que j'ai dit; je me défendrai surtout le fiel et l'amertume, qui ne sont pas de la logique, qui aigrissent les esprits sans rien prouver ; je n'oublierai pas que je réfute l'opinioii d'un frère en qui j'aurais voulu trouver toujours un compagnon d'ar-

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mes et jamais un adversaire. » Marie-Joseph , comme pour faire mieux sentir Faigreur de la polémique d'André Ghénier, affecta d'abord de s'adresser sans cesse à son frère avec des formules froides et calmes ; mais il ne fut pas maître de se contenir jusqu'au bout, et lorsqu'il en vint à présenter à son tour son apologie , il le fit de manière à prouver qu il se regardait comme offensé et qu'il se croyait autorisé à user de représailles : a Puisque mon frère m'y contraint en exposant les motifs d'intérêt personnel qui peuvent diriger les défenseurs des Jacobins y dit-il , je lui répondrai d'abord que , moi aussi , j'ai chéri la Liberté avant qu'elle vînt réjouir le sol de la France, l'Égalité politique avant qu'elle fût la base de notre Constitution. J'ajouterai que j'ai prouvé cet amour, non pas seulement par des entietiens particuliers ^ mais par des ouvrages de quelque étendue , composés avant la Révolution , publiés dans ses premiers temps : ils n'ont pas été sans éclat , et surtout ils n'ont pas contrarié la marche de l'esprit public. Depuis cette époque, j'ai toujours suivi le même plan de travail ei je le suivrai toute ma vie , m'embarrassant fort peu si quelques journalistes, quelques obscurs partisans du modérantisme, ignorant à la fois la force des mots et celle des choses , appellent factieux et incendiaires des écrits qui ne respirent que le respect des Lois et l'amour de l'Égalité. Quant aux emplois y je ne connais et ne veux connaître aucun ministre ; je ne solliciterai jamais aucune de ces places considérables et lucratives qui sont à la nomination du Roi. Quant à ces succès littéraires dont la nature est d* avoir besoin des applaudissemens de la multilude, suivant l'expression de mon frère, voici ce que je lui répondrai : Si j'avais perdu deux ou trois années à composer des tragédies impartiales ou insignifiantes ^

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et même deux ou trois matinées à écrire , pour un journal , quelques pamphlets modérée , j'aurais trouvé un grand nombre de preneurs puissans et actifs, et peut-être, en 1793, ils m'auraient consolé de n'avoir pu , en 179d, me glisser dans la foule des députés de Paris et siéger à l'Assemblée nationale, entre M. Robin-Léonard et M. Thorillon. »

Après celte boutade satirique les deux frères furent broulK lés ; André Gbénier annonça qu'il n'avait pas dit son dernier mot sur les Sociétés prétendues patriotiques et qu'il répondrait encore à son frère ; mais les événemens, qui devenaient chaque jour plus graves et plus pressés, ne lui laissèrent pas le temps de remplir sa promesse ; ou plutôt , son père , sa mère , ses frères, Sauveur et Constantin Gbénier, et quelques aroiscom-* muns, s'interposèrent pour arrêter une discussion qui passait les bornes et qui se fût terminée peut-être par des attaques directes et déplorables. André Gbénier déchargea sa colère « Qvec un redoublement de violence , sur les clubistes et principalement sur Brissot , qu'il personnifiait ainsi : Le libellisle qui barbouille avec du sang et de la fange les premières pages du Patriote Français; il se fit honneur d'être un de « ceux qui, ayant dévoré l'ennui de lire ses fastidieux bavardages et le dégoût de les citer, l'ont sans cesse opposé à lui-même , ses adulations pour les despotes h ses adulations pour la populace, sa férocité royaliste à sa férocité démagogique, et, à l'aide de ce parallèle, lui ont assuré une place parmi les imposteurs les plus lâches et les plus versatiles qui aient jamais rampé autour •Je la Puissance et trafiqué de leur plume et de leur infamie. » Cette lettre, signée et datée du 26 juillet, fut la dernière qu^André Gbénier fit paraître dans le Journal de Paris; elle semblait écrite sous une sombre inspiration de l'avenir, a Parmi

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