Publié par M. G. de Chénier, édition
ment où nous nous retrouverons chez toi en Cliampagne. L'ami près de son ami est content et ne songe à rien. Mais quand son ami est parti, il le regrette. Il en parle à ses muses consolatrices et il écrit en vers à son ami... Eh bien! que t'apporterai-je ? Tu sais combien mes muses sont vagabondes^... elles ne peuvent achever promptementun seul projet; elles en font marcher cent à la fois. Elles font un pied à ce poème et une épaule à celui-là; ils boitent tous et ils seront sur pied tous ensemble. Elles les couvent tous à la fois; ils sortiront de la coque à la fois, ils s'envoleront à la fois. Souvent tu me crois occupé à faire des découvertes en Amérique, et lu me vois arriver une flûte pastorale sur les lèvres. Tu attends un morceau d'Hermès, et c'est quelque folle élégie^... C'est ainsi que je suis maîtrisé par mon imagination. Elle est capricieuse et je cède à ses caprices. Je vais me promener dans le dessein de m'occuper d'un objet; à peine ai-je fait dix pas, mon esprit est frappé d'un objet nouveau; soudain il s'élance, il monte à cheval sur ce bâton et il va, il va... et là souvent il en rencontre un autre, il remonte encore sur ce nouveau bâton et il court à droite, à gauche... et l'argile,
1. André devait reporter tout ce passage ailleurs; il y avait passé un trait de plume et écrit ces mots : < Il faut mettre cela ailleurs, c'est-à-dire dans l'épître où je parle de mes plagiats. >
Il devait faire une épîlre où il aurait indiqué les emprunts faits aux anciens, c'est ce qu'il appelle ses plagiats; mais il a exprimé lej mêmes pensées dans une épître à Le Brun. (G. de Chénier.)
2. On voit qu'à cette époque (1791) il avait commencé la plupart de ses poèmes et tracé le canevas de toutes ses autres corapositionç.
(G. de Chcnier.)
que j'avais amollie et humectée pour en faire un pot à Teau, sous mon doigt capricieux, devient une tasse ou une théière^.. Irai-je me contraindre? Non; d'autant que mon esprit n'abandonne jamais ses premiers projets et que par un grand circuit il y revient toujours. Comme un cheval que l'on veut faire passer dans l'eau, en arrivant au bord, recule, se cabre, se lève, caracole, s'enfuit. Le maître lui laisse faire ses grands détours, puis le ramène pas à pas et il passe... De quelque manière que je m'occupe, en ai-je moins eu le plaisir d'aller poétisant au bord de l'eau, sous les bois de Montigny, etc. ? Dieu veuille que publiés ils amusent autant le lecteur; mais toujours ils m'auront bien amusé moi-même en les faisant, et c'est beaucoup. Mais ensuite, quand le moment de l'enthousiasme est passé, quand on relit de sangfroid... quel dégoût! C'est alors que les amis, etc. Ainsi, quelque chose que je t'envoie, reçois-le, reconnais-y celui qui t'aime.
Le fils de la nature Qui ne sait point rougir d'aucune des faiblesses Que lui dicte sa mère et qui n'ont jamais nui Au bonheur des humains, à ses amis, à lui.