‹ Œuvres en prose, précédées d'une notice sur le procès d'André Chénier et des actes de ce procèsChapitre 38 sur 160 · L LE PROCÈS · texte numérisé non relu

L LE PROCÈS

Expose que par arrêté du Comité de salut puMic de la Convention nationale *,

Jean- Antoine Roucher, homme de lettres, âgé de 48 ans, né à Montpellier, département de l'Hérault, demeurant à Paris, rue des Noyers, n° 24, section du Panthéon;

André Ghénier, âgé de 31 ans, né à Constantinople, homme de lettres, ex-adjudant général chef de brigade sous Dumouriez^, demeurant rue de Cléry; etc., etc.

Ont été traduits au tribunal révolutionnaire comme prévenus de s'être rendus les ennemis du peuple par des complots, trames et manœuvres contre-révolutionnaires;

Qu'examen fait des pièces adressées à l'accusateur public, il en résulte que les prévenus sus-nommés, tous détenus dans la maison d'arrêt dite Lazare, ont été les complices de la conspiration dont Allain, Selle et Isnard, frappés du glaive de la loi, étaient les chefs, et dont les détails, le but et les moyens sont connus du tribunal. Tous devaient seconder les principaux chefs et se procurer par la violence une hberté dont ils ne devaient user que pour consommer les plus grands forfaits ; et que ces trames, ces complots ne sont que la suite de tous ceux que les prérenus n'ont cessé de former depuis le commencement de la révolution. En effet, Roucher et Chénier n ont-ils pas été les écrivains stipendiés du tyran, pour égarer et corrompre l'esprit public, et préparer tous les crimes du despotisme et de la tyrannie? N'étaient-ils pas, en 1791 et 1792, les salariés de la liste civile et les mercenaires du comité autrichien, pour provoquer, en les diffamant, en

1. Il n'y avait pas eu d'arrêté, mais simple renvoi signé de trois membres du Comité.

2. Sauveur Chcnier avait été nommé adjudant général, chef de brigade, le 8 mars 1793. Voyez le Rapport et tableau des officiers généraux, adjudants généraux, etc., par Dubois de Crancc, imprimés par ordre du gouvernement, en germinal an III. On a oublié de biffer sur l'acte d'accusation cette qualiflcation donnée k André.

(B. de F.)

D'ANDRÉ CHÉNIER u

les calomniant, la dissolution des sociétés populaires et la proscription de tous les patriotes qui en étaient membres? N'étaient-ce pas eux qui, émules des Royou, des Fontenay, des Durosoy, rédigeaient le supplément du Journal de Paris, où, sous l'apparence de soutenir des prétendus principes constitutionnels, on préparait la contre-révolution ?

Depuis, Chénier, ayant cherché comme bien d'autres traîtres à se soustraire à la surveillance des autorités publiques, s'est confondu parmi ses défenseurs , où il a eu le grade d'adjudant-général, chef de brigade de l'armée du Xord ; il paraît qu'il a secondé le plus adroitement qu'il a pu les trahisons de l'infâme Dumouriez^ avec lequel il a eu des liaisons les plus intim.es; mais après la défection du traître Dumouriez , il s'est occupe de laisser ignorer la part qu'il y avait prise. Cependant les soupçons que sa conduite avait élevés déterminèrent le ministre à le suspendre et à lui ordonner de se retirer dans la comraune de Breteuil. Là, il intrigue, il cherche à diviser les citoyens, à y jeter le ferment de la guerre civile; il calomnie les autorités constituées dans un Mémoire calomnieux qu'il fait signer par des citoyens qu'il trompe et qu'il égare; enfin il adresse ce Mém.oire au comité de sûreté générale, qui le renvoie au représentant du peuple commissaire dans le département de la Somme, pour en vérifier le contenu; mais à la lecture publique de ce Mémoire, le peuple indigné en confond l'auteur; les signataires avouent qu'ils ont été trompés et surpris par Chénier, et le représentant du peuple fait arrêter l'auteur de cette trame contre-révolutionnaire et le fait traduire au tribunal.

D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre les y dénommés, pour s'être déclarés les ennemis du peuple, en entretenant des intelligences et correspondances avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la République, en leur fournissant des secours en hommes et en argent, pour favoriser le succès de leurs

Page 1