PREMIER FRAGMENT
Gomment la République était prête à trouver un maître.
Si l'on veut se donner la vue d'un des plus étranges spectacles qui se soit jamais montré dans le tableau des affaires humaines, il faut considérer en dedans cette république qui faisait trembler l'Europe.
Son gouvernement, qui avait à sa disposition les plus redoutables armées et les plus grands généraux qui peut-être eussent paru dans le monde depuis les Romains, chancelait à chaque instant, se traînant avec peine, toujours prêt à succomber sous le poids de ses
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vices et de ses fautes, rongé de mille maladies et consumé de plus, malgré sa jeunesse, par ce mal sans nom qui n'attaque d'ordinaire que les vieux gouvernements; sorte d'affaiblissement général , de consomption sénile qu'on ne saurait définir autrement que la difficulté d'être. Personne ne faisait plus d'efforts pour le renverser, mais il semblait avoir perdu la force de se tenir debout.
Après le 18 fructidor, le Directoire était muni de plus de puissance que n'en avaient jamais possédé les rois que la révolution avait renversés; car il était devenu, en fait, souverain absolu, et il succédait de plus à une révolution qui avait abattu toutes les barrières que les lois, les coutumes et les mœurs opposaient jadis à l'abus et quelquefois à l'usage du pouvoir. La presse était muette. La France avait fourni les représentants qu'on lui avait désignés, les administrateurs locaux étaient remplacés ou soumis; la législature enfin, humiliée et déchue, n'aspirait plus qu'à bien obéir.
Cependant le Directoire ne put jamais conduire les affaires. 11 occupa le gouvernement, mais ne gouverna pas. Jamais il ne put ramener la régularité dans l'administration. Tordre dans les finances, ni la paix dans le pays. Tout son règne ne fut qu'une anarchie tempérée par la violence. Il ne put donner à personne un seul jour l'illusion de sa durée. Les partis ne le prirent jamais pour un gouvernement établi; ils gardèrent leurs espérances, surtout leurs haines.
Le gouvernement lui-même n'était qu'un parti.
parti toujours inquiet et violent, le moins nombreux, le plus méprisé de tous. C'était une coterie de régicides. Il se composait presque en totalité de révolutionnaires de second ordre, qui, n'ayant fait que suivre dans la foule les grands criminels, ou n'ayant commis que des crimes obscurs, avaient tout à la fois échappé à la ter* reur et à la réaction de thermidor qui la suivit. Ceuxlà regardaient la République comme leur sûreté, mais, au fond, la plupart ne tenaient plus à rien qu'à la domination et aux jouissances qu'elle donne. Sceptiques et sensuels, ils n'avaient conservé d'eux-mêmes que leur ancienne énergie. Il est remarquable que presque tous les hommes qui se sont démoralisés dans le cours de cette longue révolution aient toujours conservé au milieu des vices qu'elle leur avait donnés,* quelque chose de ce courage désordonné et sauvage qui les avait aidés à la faire. Plusieurs fois, au milieu de leurs embarras et de leurs périls, ils conçurent et désirèrent un retour de la terreur. Us la voulurent après fructidor, ils tentèrent de la rétablir après prairial, mais vainement. Cela peut donner lieu à plusieurs remarques dignes d'attention.
Au commencement d'une violente révolution , les lois qui ont été faites dans des temps réguliers sont plus douces que les mœurs, endurcies tout à coup par des passions nouvelles. Mais par la suite, les lois finissent par être plus dures que les mœurs et celles-ci par leur mollesse les paralysent. Dans le commencement, la terreur se fait pour ainsi dire sans que le législa-
leur s'en mêle; par la suite, il s*épuise souvent à la faire. Les plus cruelles lois de 1793 ont un caractère moins barbare que plusieurs de celles qui furent portées en 1797, 98 et 99. La loi qui déporta sans jugement les représentants du peuple et les journalistes k la Guiane , celle qui autorisa le Directoire à emprisonner et à déporter à sa volonté les prêtres qui lui sembleraient dangereux, l'emprunt progressif qui, sous le nom d'emprunt forcé, dépouillait les riches de la totalité de leurs revenus, et enfin la fameuse loi des otages présentent un caractère d'atrocité perfectionnée et savante que les lois de la Convention elle-même n'eurent pas, et cependant ces décrets ne purent pas faire renaître la terreur. Les hommes qui les proposèrent avaient autant d'audace, aussi peu de scrupules et peut-être plus d'intelligence que leurs prédécesseurs dans les conceptions de la tyrannie ; bien plus, ces mesures furent votées presque sans débats et promulguées sans résistance. Tandis que la plupart des lois qui préparèrent et établirent la terreur furent vivement contestées et soulevèrent une partie du pays contre elles, celles-ci furent acceptées en silence. Mais on ne put jamais les appliquer complètement , et ce qui mérite le plus d'être remarqué , ce fut la même cause qui facilita leur naissance et amortit leur effet. La révolution, dans sa longue durée, avait tellement énervé et blasé la France, qu'il ne lui restait plus ni étonnement ni réprobation vifs pour l'annonce des lois les plus violentes et les plus cruelles; mais ce
même aiïaissement des âmes rendait l'application journalière de telles lois diflicile. Les mœurs publiques ne s*y prêtaient plus; elles opposaient à la violence du gouvernement une résistance molle, mais presque invincible, à cause de sa mollesse même. Le Directoire s'y usa.
Il est vrai que ce gouvernement, si fécond dans l'invention des procédés révolutionnaires, était d'une maladresse et d'une ineptie rares quand il s'agissait d'organiser le pouvoir. Il ne sut jamais suppléer à l'ardeur populaire qui lui faisait défaut par une machine de gouvernement habilement construite. Dans ses mains la tyrannie manqua toujours d'organes, et le plus grand nombre de ses victimes échappa faute d'agents prêts à les saisir. En un mot, il ignora toujours cette grande maxime des fameux despotes, maxime que nous allons bientôt voir appliquée . que pour mettre un peuple dans l'obéissance et l'y tenir, moins vaut une législation atroce qu'on suit mal, que des lois douces qu'une administration perfectionnée applique régulièrement comme d'elle-même tous les jours et à tous*
Cet amortissement des passions, cette mollesse des mœurs ne se manifesta pas seulement dans Tapplication des lois révolutionnaires, mais dans le choix des supplices. A l'échafaud on substitua la déportation, peine souvent plus dure' que la mort, mais qu'on ne voit pas appliquer et qui, tout en satisfaisant la haine, épai^ne le spectacle inconmiode de la douleur.
On vit, vers la fin du Directoire, le club des Jaco* bîns se rouvrir. Ceux-ci reprirent leurs emblèmes, leur langage, leurs manières; car les partis ne changent guère et c'est un phénomène remarquable, qu'ils se montrent plus inflexibles dans leurs idées et dan& leurs pratiques , que ne l'est individuellement chacun des hommes dont ils se composent. Les Jacobins refirent donc précisément ce qu'ils avaient fait dans la terreur sans pouvoir la ranimer. Ils ne réussirent qu'à faire sortir plus précipitamment encore la nation hors de sa liberté, par la peur qu'ils lui inspirèrent.
Le Directoire, après avoir gouverné sans opposition,, presque sans contrôle, touché à tout, essayé de tout, dans la plénitude de puissance que les événements de fructidor lui avaient donnée, parut s'affaisser peu à peu sur lui-même vers la fin de sa carrière et sans coup férir : juin 1799 (30 prairial an vu). Ce même corps législatif qu'il avait décimé, en partie recomposé et toujours traité comme sa créature, redevint le maître et reprit l'empire. Mais bientôt le vainqueur ne sut lui-même que faire de son triomphe. Jusque là, la machine du gouvernement avait marché sans règle; cette fois, elle sembla s'arrêter. On vit bien que les assemblées, qui sont admirables tantôt pour fortifier, tantôt pour tempérer le gouvernement, sont plus inhabiles que les plus mauvais gouvernements à mener les affaires.
Le souverain pouvoir ne fut pas plutôt revenu au corps législatif, qu'une sorte de défaillance univer-
selle se répandit dans toute Tadministration du pays. Des particuliers, l'anarchie gagna les magistrats publics. Sans se révolter, chacun cessa d'obéir. Ce fut comme une armée qui se débande. Les impôts, qui rentraient mal, ne rentrèrent plus. Partout les conscrits préférèrent se livrer au brigandage que de rejoindre les armées. Un moment l'on put croire .qu*on allait sortir, non pas seulement de l'ordre ordinaire des sociétés civilisées, mais dé la civilisation elle-même. La sûreté des biens, la sécurité des personnes, la viarbilité des routes furent compromises. C'est dans la correspondance des fonctionnaires publics avec le gouvernement telle qu'elle existe encore aux archives nationales, qu'il faut voir le tableau de ces misères; car, comme le remarque un ministre du temps, « on doit dans les relations qui sont rendues publiques offrir des résultats rassurants; mais dans l'asile où le gouvernement délibère, loin des yeux du peuple, il faut tout dire. »
J'ai sous les yeux Tun de ces rapports secrets, celui du ministre de la police fait le 30 fructidor an vu (16 septembre 1799) sur Tétat de la République ; il en résulte qu'à cette date, sur les quatre-vingt-six départements dont se composait la France proprement dite (j'excepte les pays conquis), quarante-cinq étaient certainement livrés au désordre ou à la guerre civile. Des.troupes de brigands y forçaient les prisons, assassinaient les gendarmes et mettaient les détenus en liberté ; des percepteurs étaient pillés, tués ou mutilés;
des officiers municipaux égorgés, des propriétaires rao* çonnés, des terres dévastées, des diUgeaces arrêtées. Des bandes de deux cents, de trois cents, de huit cents hommes parcouraient le pays. Des rassemblements de conscrits résistaient de toutes parts à main armée aux autorités chargées de les lever. On désobéissait partout aux lois, ici pour soivre ses passions, là sa foi ; les uns profitaient de la droonstance pour dévaliser les voyageurs , les autres pour sonner les cloches longtemps muettes, ou pour promena les insignes du cathoUcisme au travers des dmetîères dévastés.
Les moyens dont on se servait pour réprimer le dés> ordre étaient tout à la fois violents et inefficaces. On voit dans ces rapports que quand un conscrit rétaïc^ taire tentait d'échapper des mains des soldats qui le conduisaient, il arrivait souvent que ceux-ci le tuaient pour Texemple. Le domicile privé des citoyens était sans cesse ouvert de force au public pour des visites domiciliaires. Des colonnes mobiles, presque aosà désordonnées que les bandes qu'elles poursuivaient, battaient les campagnes et, faute d'entretien et de solde, les rançonnaient.
Paris soumis dormait, mais d'un sommeil pénible et troublé par de mauvais rêves. Mille bnâta de quelque grand désordre circulent dans la ville. Les uns disent qu'un grand mouvement sera dirigé contre le Directoire en faveur de la démocialie; d'autrss pensent qu'il aura lieu en faveur des loyalisles; un vaste
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incendie doit donner le signal. On a entendu dire : C'est une folie de payer ses termes, car il va venir un coup où toutes les dettes seront payées; il y aura du sang de répandu sous peu. Tel est le langage des rapports. Il est curieux de voir le désespoir dans 'lequel le spectacle de cette confusion universelle jette les agents qui en rendent compte , les causes qu'ils lui assignent, les remèdes qu'ils indiquent. Les citoyens sont dans la plus grande apathie , disent les uns ; l'esprit public est totalement détruit, disent les autres. Ceux-ci : les brigands, trouvent partout un asile; ceux-là : les machinations des partis et l'impunité des crimes répandent dans Tâme des patriotes une insouciance déplorable. Quelques-uns prennent des arrêtés contre les fautexirs du fanatisme, plusieurs désirent des lois plus violentes encore contre les émigrés, les prêtres et les religieuses. La plupart sont remplis d'étonnement et trouvent ce qui se passe incompréhensible. Cette maladie secrète, qui étonnait les agents du Directoire ; ce mal inconnu et invisible, qui faisait ainsi tomber tous les pouvoirs en défaillance, c'était l'état des esprits et des mœurs : la France se refusait à son gouvernement.
Il est facile de se méprendre sur les signes qui annoncent l'approche des grands événements dans les révolutions longues, car ces signes varient beaucoup suivant les temps. Ils changent même entièrement de nature à mesure que la révolution se continue. Au début, l'opinion publique est vive, alerte, intolérante.
présomptueuse et mobile ; au déclin, elle est patiente et morne. Il semble qu'après n'avoir rien voulu tolérer, on lie voie plus de bornes à ce que l'on peut 30uffrir. Mais on devient irréconciliable en étant soumis : chaque jour le sentiment du malaise s'accroît,, le mépris s'invétère , la haine s'aigrit au sein de l'obéissance. La nation n'a plus, comme au commencement de la révolution, là force et l'énergie de précipiter son gouvernement dans l'abîme, mais elle est unanime à l'y laisser choir.
La France en était là en 1799. Elle méprisait et détestait son gouvernement et lui obéissait.
Cette révolte intérieure de cœurs suffisait pour paralyser la puissance publique dans un temps où celle-^ ci n'était pas pourvue d'une organisation vivace qui lui fût propre.
Nous avons vu plusieurs fois de nos jours l'administration survivre au gouvernement qui la dirigeait» Tandis que les grands pouvoirs de l'État étaient ou renversés ou languissants, les pouvoirs secondaires continuaient néanmoins à mener régulièrement et fermement les affaires. On était en révolution, mais non en anarchie.
La cause en est qu'aujourd'hui en France l'administration proprement dite forme dans l'État, et ea qnelque sorte en dehors du souverain, un corps particulier qui a ses habitudes spéciales, ses règles propres,. ses agents qui n'appartiennent qu'à elle; de telle façon qu'elle peut pendant un certain temps, présenter la
phénomène d'un corps qui marche après que la tête ^n est séparée. Ceci est l'œuvre de Napoléon. Nous verrons comment, en construisant cette puissante ma- •chine, il a rendu tout à la fois les révolutions plus fa- <5iles à faire et moins destructives.
Rien de semblable n'existait dans le temps dont nous parlons. Les anciennes autorités étaient détruites, sans qu*à vrai dire rien en eût encore pris la place. L'administration était incohérente et désordonnée comme la nation, sans règle, sans hiérarchie, sans tradition comme elle. La terreur avait pu tenir ensemble ces ressorts mal forgés et mal joints. La terreur était devenue impossible, et l'esprit public manquant, toute la machine du pouvoir tombait à la fois •en débris.
Nous présentions alors un triste spectacle ; la France offrait partout la trace de cette espèce d'usure morale que produit à la longue le frottement des révolutions. Toutes les révolutions, même les plus nécessaires, ont, à la vérité, pour un temps cet effet; mais je crois que la nôtre l'a eu plus qu'aucune autre, et je ne sais si Von pourrait citer dans l'histoire un seul événement de ce genre qui ait plus contribué au bien-être matériel des générations qui la suivirent et plus démoralisé la génération qui l'avait produit. Cela tient à bien des causes, et d'abord à la masse immense des biens confisqués par les partis vainqueurs. La révolution française multiplia, comme cela ne s'était jamais vu jusquelà dans les discordes intérieures d'aucun peuple, le
nombre de ces propriétés douteuses que la loi garantit, mais dont la conscience s'inquiète. Ceux qui vendaient les biens confisqués n'étaient pas très-sûrs d'avoir le droit de les aliéner ; ceux qui les achetaient, celui de les acquérir. Chez les uns, chez les autres, il arriva le plus souvent que la paresse ou l'ignorance empêchèrent qu'on ne se formât une opinion ferme sur ce point capital, et l'intérêt, d'ailleurs, empêcha toujours la plupart de l'examiner de très-près. Cela mit les âmes de plusieurs millions d'hommes dans une mauvaise assiette.
Lors de la grande révolution qui amena la réforme religieuse du xvi* siècle, la seule révolution qui se puisse comparer à la révolution française, on confisqua les biens de l'Église, mais ils ne furent pas mis à l'encan. Un petit nombre de grands seigneurs s'en emparèrent. Chez nous, d'ailleurs, ce ne furent pas seulement les terres du clergé, mais celles de la plupart des grands propriétaires; non la propriété d'une corporation, mais le patrimoine de cent mille familles qui furent partagés. Remarquez encore qu'on ne s'enrichit pas seulement par l'achat à vil prix d'une multitude de terres confisquées, mais par le remboursement fictif d'une masse énorme de dettes : bénéfice tout à la fois très-légal et Irès-déshonnête.
Si je pousse plus loin la comparaison, je trouve que la révolution du xvi* siècle ne porta le doute que dans une partie seulement des opinions humaines et ne troubla les mœurs établies que sur quelques points. L'honnêteté qui, chez la plupart des hommes, a bien
moins son point d*appui dans les raisonnements que dans les préjugés et dans les habitudes, ne fut alors qu'ébranlée, tandis que la révolution française s'en prit à la fois aux croyances politiques, aux croyances religieuses, voulut en même temps réformer l'individu et l'État, essaya de changer les coutumes anciennes, les opinions reçues, les habitudes prises, en toutes choses et dans le même moment^ ce qui produisit une perturbation universelle du monde moral et fit chanceler de tous les côtés la conscience.
Mais ce qui démoralise le plus les hommes dans les longues révolutions, ce sont bien moins les fautes et même les crimes qu'ils commettent dans l'ardeur de leurs croyances ou de leurs passions , que le mépris dans lequel ils finissent quelquefois par prendre cette même croyance, ou ces mêmes passions qui les ont fait agir^ quand fatigués, désenchantés, déçus, ils se tournent aussi contre eux-mêmes et trouvent qu'ils ont été puérils dans leurs espérances, ridicules dans leur enthousiasme et surtout dans leur dévouement. On ne saurait imaginer combien le ressort des âmes les plus fortes se brise dans cette chute. L'homme en est écrasé à ce point que non-seulement il ne peut plus atteindre aux grandes vertus, mais qu'on dirait qu'il est devenu presque incapable de très-mal faire. Ceux qui voyaient la France réduite en cet état se figuraient qu'elle était incapable désormais de pouvoir tenter jamais aucun grand effort moral et ils se trompaient; car si nos vertus doivent toujours donner de l'inquiétude au mo-
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raliste, nos vices doivent toujours lui laisser de l'espérance ; la vérité est que nous n'entrons jamais assez profondément soit dans les uns, soit dans les autres, pour n'en pouvoir sortir.
Les Français , qui avaient passionnément aimé la liberté en 1789, ne l'aimaient plus en 99, sans avoir attaché leur cœur à rien autre chose. Après lui avoir prêté mille charmes imaginaires, ils ne voyaient même plus ses qualités réelles; ils n'étaient sensibles qu'à ses gênes et à ses périls. A la vérité, depuis dix ans, ils n'avaient guère connu que cela d'elle. La république n'avait été, suivant l'expression énergique d'un contemporain, qu'une servitude agitée. A quelle autre époque de l'histoire avait-on vu les mœurs d'un grand nombre d'hommes ainsi violentées, et la tyrannie pénétrant plus profondément dans la vie privée? Quels sentiments, quels actes avaient échappé à la contrainte? Quelles habitudes, quels usages avaient été respectés? On avait forcé le simple particulier à changer ses jours de travail et de repos, son calendrier, ses mesures, jusqu'à sa langue. Tandis qu'on l'obligeait à prendre part à des cérémonies qui lui paraissaient ridicules et vaines, on le contraignait à n'exercer qu'en secret son culte. Il lui fallait à chaque instant violer les lois pour suivre sa conscience ou son goût. Je ne sais si rien de pareil eût pu être supporté aussi longtemps par aucune autre nation; mais il n'y a pas de bornes à notre patience, non plus qu'à notre indocilité, suivant les temps.
Plusieurs fois durant le cours de la révolution, les Français s'étaient crus sur le point de sortir heureusement de cette grande crise; tantôt ils avaient compté sur la constitution, tantôt sur les assemblées, tantôt sur le pouvoir exécutif lui-même. Ils avaient imaginé à une ou deux reprises de vouloir se sauver eux-mêmes, ce qui est toujours la dernière ressource à laquelle ils pensent. Toutes ces espérances avaient été déçues, toutes ces tentatives vaines. La révolution ne s'était point arrêtée. Elle n'amenait plus , îl est vrai , de grandes nouveautés, mais elle continuait à tenir tout en branle. C'était une roue qui, à la vérité, ne tournait plus qu'à vide, mais qui semblait deyoir ainsi tourner toujours.
11 est difficile de se figurer, même aujourd'hui , dans Cf}xe\ excès de fatigue, d'apathie, d'indifférence, ou plutôt de mépris pour la chose publique, un effort si long, si terrible et si vain, avait jeté les âmes. Plusieurs peuples ont présenté le même spectacle, mais comme chaque nation apporte dans une situation qui a été commune à d'autres ta particularité de son naturel, on vit cette fois les Français mettre une sorte de vivacité passionnée et de joie à s'abandonner ainsi eux-mêmes. Désespérant de se soustraire à leurs misères, ils entreprirent de n'y point penser. Les plaisirs de Paris, écrit un contemporain, ne sont plus dérangés un moment par les crises qui se succèdent, ni par celles qu on redoute. Jamais les spectacles ni les lieux publics n ont été plus fréquentés. On se dit à Tivoli
qu*0D va être pis que jamais; on appelle la patrie la Patraque, et Ton danse. On vient de suspendre au pied de la statue de la Liberté, dit un rapport de police , un écriteau portant : « Notre gouvernement est comme une messe des morts ; point de Gloria, point de Credo, un long Ofiertoire, et, à la fm, pas de Bénédicité. » Jamais la mode n'exerça un empire plus extravagant et plus mobile. Chose étrange ! le désespoir avait fait reparaître toute la frivolité des anciennes mœurs. Celles-ci avaient pris seulement quelques traits nouveaux : elles étaient devenues bizarres, désordonnées, et pour ainsi dire révolutionnaires; les choses futiles avaient perdu leur limite et leur règle comme les choses sérieuses.
Les établissements politiques sont comme les religions, où le cuite survit d'ordinaire longtemps à la croyance. Il était étrange de voir au sein de cette na^tion qui ne se souciait plus de la liberté, ni ne croyait à la république, et où toute l'ardeur de la révolution semblait éteinte, le gouvernement s'obstiner dans toutes les routines révolutionnaires. Au mois de mai, il assistait dévotement à la fête de la Souveraineté du peuple; au printemps, à la fête de la Jeunesse; en été, à celle de l'Agriculture; en automne, à celle des Vieillards. Le 21 janvier, il assemblait les fonctionnaires autour de Tautel de la patrie, pour jurer fidélité à la Constitution et haine aux tyrans.
François de Neufchàteau, qui était ministre de Tintérieur en 1799 , au moment même où les étrangers
menaçaient le territoire de la France, dévorée au dedans par l'anarchie, était principalement préoccupé dO'bien ordonner les fêtes civiques ; la plupart de ses circulaires ont cet objet. Il compte beaucoup sur les spectacles, dit-il, pour ranimer le patriotisme et toutes les vertus privées. Comme personne ne voulait plus prendre au sérieux ces fêtes ridicules, on fit une loi (17 thermidor an vi)pour obliger, sous peine d'amende et de prison , les marchands à fermer leur boutique les jours qu'on les célébrait, ainsi que le jour des décades, et pour défendre, sous les mêmes peines, qu'aucun travail n'eût lieu ces jours-là sur la voie publique ou en vue des lieux publics. Comme Tappellation de citoyen était devenue une sorte de locution grossière, dont personne ne voulait plus faire usage, le gouvernement avait fait afficher en gros caraclères, dans tous les lieux publics, ces mots : /ci Von s'honore du titre de citoyen. Le parti révolutionnaire, qui occupait le pouvoir, avait également conservé dans le style officiel toute la rhétorique de la révolution. La dernière chose qu'un parti abandonne est sa langue, parce que chez les partis comme ailleurs le vulgaire fait la règle en matière de langage, et que le vulgaire quitte plus volontiers les idées qu'on lui a données que les mots qu'il a une fois appris. Quand on relit les harangues du temps, il semble que rien ne pût encore y ôtre dit simplement. Tous les soldats y sont des guerriers; les maris, des époux; les femmes, de fidèles compagnes; les enfants, des gages d'amour. On n'y parle
jamais de Thonnêteté, mais toujours de la vertu; et Ton n'y promet jamais rien de moins que de mourir pour la patrie et la liberté ! Ge qu'il y a de plus misérable, c'est que la plupart des orateurs qui tenaient ces discours étaient eux-mêmes presque aussi fatigués, désabusés et froids que le reste; mais c'est la triste condition des grandes passions qui fmissent de laisser lem* trace dans le langage, bien après qu'elles ont perdu leur prise sur le cœur. Qui n'eût écouté que les journalistes eût pu se croire de même au sein de la nation la plus passionnée pour ses libertés et la plus occupée des affaires publiques. Jamais leur langage n'avait été plus enflammé, jamais leurs clameurs plus vives, qu'au moment où ils allaient se taire pour quinze ans. Si l'on veut connaître la puissance vraie de la presse, il ne faut jamais faire attention à ce qu'elle dit, mais à la manière dont on l'écoute. Ce sont ses ardeurs mêmes qui quelquefois annoncent ses faiblesses et présagent sa fin. Ses clameurs et ses périls ont souvent la même voix. Elle ne crie si haut que parce que son auditoire devient sourd, et c'est cette surdité du public qui un jour permet enfin de la réduire impunément au silence.
Quoique les citoyens restassent désormais comme étrangers aux affaires du pays, il ne faut pas croihe qu'ils fussent insensibles aux dangers particuliers qu'elles pouvaient leur faire courir. Il arrivait précisément le contraire. Jamais peut-être les Français n'avaient plus craint pour eux-mêmes les consé-
quences des événements politiques, qu'au moment où ils ne voulaient plus s'occuper de les diriger. En poli^ tique, la peur est une passion qui s'accroît souvent aux dépens de toutes les autres. On a peur volontiers de tout quand on ne désire plus rien avec ardeur. Les Français, d'ailleurs, ont une sorte de désespoir enjoué qui trompe souvent leur maître. Ils rient de leur mal, mais cela ne les empêche pas de le sentir. Ceux-ci, au milieu même de la préoccupation de leurs petites affaires particulières et de l'étourdissement de leurs plaisirs, étaient dévorés de soucis politiques. Une angoisse presque insupportable, une terreur qui passe tout ce qu'on pourrait croire, s'était emparée de toutes les âmes.
Quoique les dangers que l'on courait alors fussent, à tout prendre, infmiment moins grands que ceux des premiers temps de la révolution, ils inspiraient néanmoins une crainte infmiment plus forte et plus générale , parce que la nation avait moins d'énergie, moins de passion et plus d'expérience. Tous les maux divers qui l'avaient accablée pendant dix ans se rassemblaient alors dans son imagination pour former le tableau de l'avenir; et, après avoir laissé arriver, sans les redouter et même sans les prévoir, les plus terribles catastrophes, elle tremblait au mouvement de son ombre. On peut remarquer, en lisant les édits du temps, qu'on redoutait à la fois les choses les plus contraires : ceux-ci l'abolition de la propriété, ceux-là le retour des droits féodaux. Souvent le même homme,
après avoir craint Fun de ces périls, se mettait presque aussitôt à craindre l'autre; le matin une restauration, le soir un retour vers la terreur. Beaucoup avaient peur de montrer leur peur, et ce ne fut qu'après la crise du 18 brumaire qu'on put juger, à l'étendue de leur bienêtre et à l'excès de leur joie, quel abîme de pusillanimité la révolution avait creusé dans ces âmes amollies. Quelque habitué que l'on doive être à la mobilité inconséquente des hommes, il semble permis de s'étonner en voyant un si grand changement dans les dispositions morales d'un peuple : tant d'égoïsme succédant à tant de dévouement, tant d'indifférence à tant de passion, tant de peur à tant d'héroïsme, un si grand mépris pour ce qui avait été l'objet de si violents désirs et qui avait coûté si cher. Il faut renoncer à expliquer un changement aussi complet et aussi prompt par les lois habituelles du monde moral. Le naturel de notre nation est si particulier, que l'étude générale de l'humanité ne suffit pas pour la comprendre ; elle surprend sans cesse ceux même qui se sont appliqués à l'étudier à part : nation mieux douée qu'aucune autre pour comprendre sans peine les choses extraordinaires et s'y porter, capable de toutes celles qui n'exigent qu'un seul effort, quelque grand qu'il puisse être , mais hors d'état de se tenir longtemps très-haut, parce qu'elle n'a jamais que des sensations et point de principes, et que ses instincts valent toujours mieux que sa morale; peuple civilisé entre tous les peuples civilisés de la terre et cepen-
dant, sous certains rapports, resté plus près de l'état sauvage qu'aucun d'entre eux ; car le propre des sauvages est de se décider par l'impression soudaine du moment^ sans mémoire du passé et sans idée de l'avenir.
Comment la nation^ en cessant d'être républicaine, était restée révolutionnaire.
Les royalistes, qui voyaient que la nation avait pris ainsi en dégoût la liberté, se figuraient qu'elle était prête à retourner à Tancien régime. C'est l'erreur que commettent presque tous les vieux partis de croire que parce qu'on hait leurs successeurs on les aime, sans s'apercevoir qu'il est bien plus facile aux hommes de rester constants dans leurs haines que dans leurs affections. La France, qui avait cessé d'aimer la république, était restée profondément attachée à la révolution. Ce fait a tant de conséquences, qu'il convient de s'arrêter un moment pour le considérer à loisir.
A mesure que le temps s'écoulait et qu'on s* éloignait de l'ancien régime, on s'opiniâtrait davantage à n'y point vouloir rentrer. C'était un singulier phénomène. La révolution semblait devenir plus chère à la nation, à mesure qu'elle la faisait plus souffrir.
On voit par les écrits du temps, que rien ne surprenait plus les ennemis de la révolution que ce spectacle. Quand ils comparaient les maux que celle-ci faisait endurer à l'attachement qu'on lui conservait, la France leur paraissait en proie à une folie furieuse.
La même cause amenait cependant ces effets si contraires.
La révolution faisait plus souffrir parce que le mauvais gouvernement qui en était sorti durait davantage , et cette durée même enracinait les habitudes nouvelles qu'elle avait fait naître, multipliait et diversifiait les intérêts qui avaient besoin d'elle. C'était comme autant de barrières qui s'élevaient derrière la nation à mesure qu'elle marchait, et l'empêchaient de plus en plus de revenir en arrière. Le plus grand nombre de Français avaient pris une part active aux affaires dès les commencements de la révolution et avaient adhéré à celle-ci par des actes publics; ils se sentaient en quelque manière responsables des malheurs qui avaient suivi. A mesure que ces maux se prolongeaient et devenaient plus grands, cette responsabilité semblait croître. C'est ainsi que la terreur donna à beaucoup de ses victimes mêmes un dégoût invincible pour le rétablissement d'anciens pouvoirs qui auraient eu tant d'injures à venger.
Quelque chose d'analogue s'est vu dans toutes les révolutions. Celles même qui tourmentent le plus un peuple lui rendent presque insupportable le retour de l'état ancien, pourvu qu'elles durent. La révolution
d'ailleurs n'avait pas accablé le pays d'une manière égale ; quelques-uns en avaient peu souffert, et parmi ceux même qui en avaient porté, le faix un grand nombre y avaient trouvé des biens très-précieux, mêlés aux maux qu'elle causait. Je crois que le peuple proprement dit avait été beaucoup moins atteint dans son bien-être qu'on ne se Timagine communément. Il avait trouvé du moins àe grands soulagements parmi ses misères. Un nombre prodigieux d'ouvriers ayant été conduits aux armées, ou s'y étant portés d'eux-mêmes, ceux qui restaient en France se firent payer beaucoup plus cher. On vit les salaires s'élever au milieu de toutes les calamités publiques et privées, parce que la classe industrielle diminuait plus vite encore que l'industrie*.
L'un des plus grands ennemis de la Révolution, Mallet-Dupan, écrit en 1796 : « Les ouvriers gagnent aujourd'hui plus qu'en 1790. » Sir Francis d'Ivemois, qui pendant dix ans se chargea chaque année de prouver aux Anglais que la France, exténuée de misères, n'avait plus que six mois à vivre, avoue luimême dans son dernier pamphlet, en 1799 ^, que les salaires s'étaient partout augmentés depuis^ la révolution et que le prix du blé avait baissé.
Quant aux paysans, je n'ai pas besoin de rappeler que beaucoup de terres purent être acquises par eux
1. Les mêmes causes reproduisirent le même phénomène à la fin de l'£mpire. Le sort de l'ouvrier s'améliora au milieu de nos désastres.
8. Intitulé : Des Causes qui ont amené l'usurpation du général Bonaparte et produiront sa chute. Londres, 1800.
FRAGMENTS. f^
à vil prix. On ne peut guère évaluer en chiffres précis le bénéfice qui en résulta pour eux, mais on sait également que ce bénéfice fut considérable. Tout le monde sait que la révolution abolit uae multitude d'impôts onéreux ou humiliants, tels que la dlme, les droits féodaux, la corvée, la gabelle,la taille, etc., etc., impôts dont les uns ne furent jamais rétablis, et dont les autres ne le furent qu'incomplètement ou après Tépoque dont je parle. On rie peut guère se figurer aujourd'hui combien plusieurs de ces impôts paraissaient insupportables au peuple, soit à cause de leurs vices, soit par suite des idées qui s'y rattachaient.
Me trouvant au Canada en l'année 1831, et causant avec des paysans d*origine française, je m'aperçus que dans leur bouche le mot de taille était devenu le synonyme de misère et de mal. Ils disaient d'un événement très -fâcheux : C'est une véritable taille. L'impôt lui-même n'avait, je croîs, jamais existé au Canada; en tous cas, il y avait été aboli depuis plus d'un demi-siècle. Personne ne savait plus en quoi il avait consisté, son nom seul était resté dans la langue comme un témoignage impérissable de l'horreur qu'il avait inspiré.
Ce qui n'a pas été assez remarqué, c'est le gain plus indirect et plus irrégulier, mais non moins grand, que la révolution fit faire à une multitude de débiteurs pauvres. Les dettes proprement dites ne furent jamais abolies en droit , mais en fait elles se trouvèrent liquidées peu après l'établissement du papier-monnaie.
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On sait maintenant que dans beaucoup de provinces de France le nombre des petits propriétaires fonciers était déjà fort considérable avant 89*. Il y a lieu de croire ( quoique la chose ne puisse être complètement prouvée) que la plupart de ces petits propriétaires étaient fort obérés, car c'étaient eux qui portaient alors le principal poids de l'impôt. Aujourd'hui même, où le fardeau des charges publiques pèse sur tout le monde d'une manière égale, ils sont encore les plus endettés. Les villes elles-mêmes étaient remplies de petites fortunes dérangées , car la France a toujours été un pays de gens malaisés, oii chacun a de tout temps eu plus de vanité et de désirs que de biens. Il faut remarquer enfin qu'avant la révolution, comme de nos jours, la classe des fermiers était trèsnombreuse, parce qu'en général chez nous les fermes sont très-petites. La dépréciation rapide du papiermonnaie fut comme un incendie général de tous les titres de créances, et une réduction presque à rien de tous les baux. La dette même qu'on devait à l'État ne fut jamais ni complètement ni régulièrement acquittée. Le désordre des temps, et, plus encore, les infirmités de l'administration publique s'y opposèrent. Les comptes des finances de la République font voir qu'on ne put jamais lever qu'incomplètement les impôts qu'on avait maintenus, ou les nouvelles contributions qu'on avait établies. L'État se soutenait au moyen des assignats, des réquisitions en nature, des dépouilles
1. Voir la note, page . . . (Cette note manq^ dans le manuscrit,)
de l'Europe. Les assignats, dit avec raison M. Thibaudeau dans ses Mémoires ^ dont le discrédit ruine le grand propriétaire et le rentier, enrichissent les cultivateurs et les fermiers *.
Les campagnes, écrit en 1795 ce même Mallet-Dupan que j'ai déjà cité, s'enrichissent de la misère des villes ; elles font des gains fabuleux. Un sac de blé paye au fermier le prix du bail d'une terre. Les paysans sont devenus calculateurs, agioteurs ; ils se disputent les biens d'émigrés et n'acquittent aucun impôt.
Un étranger, homme d'esprit, qui parcourait la France à la même époque, écrit dans le récit de son voyage : « La véritable aristocratie de la France aujourd'hui, c'est l'aristocratie des fermiers et des cultivateurs. »
Il est vrai que ce cultivateur ainsi allégé était souvent désolé par les troubles civils, le logement des gens de guerre ou les réquisitions du gouvernement; mais ces accidents circonscrits et momentanés ne le dégoûtaient pas du bien que la révolution avait amené. Au contraire, il s'attachait davantage à ses jouissances, ou souffrait de ces fléaux comme on souffre de la grêle et des inondations qui ne font pas déserter les bonnes terres, mais qui font attendre seulement avec plus d'impatience qu'une saison régulière permette d'en tirer parti.
Quand on voit de quelle manière les auteurs de notre première révolution s'y prirent pour gagner le