‹ ŒuvresChapitre 113 sur 164 · I'^ LE VOYAGE · texte numérisé non relu

I'^ LE VOYAGE

V Déjà? dit répoux ; tes attraits...

» — Votre coutume est ridicule,.

" Et vous en êtes pour vos frais.

» — Llnsolent ! — S'il paraît coupable,

» Son âge est une excuse. — Non.

» — La fatigue... — Belle raison!

» — Cependant le sommeil l'accable.

» — .J'y mettrai bon ordre; un bâton ! »

A grands coups il frappe, réveille.

Chasse, poursuit le voyageur.

Et venge son étrange honneur.

Puis il dit : « L'autre aussi sommeille ;

» Mais avant tout il voudra bien

1) Faire son devoir et le mien.

') Va. — Peux-tu...? — Point de remontrance.

» J"ai cru qu'on savait vi"\Te en France. »

Tout s'apprend ; à -sivre elle apprit.

L'étranger poursuit son voyage ;

A sa femme docile et sage

Le mari satisfait sourit^

Et dit d'une voix amicale :

« Écoute; la foi conjugale

» A l'usage doit obéir ;

» Mais à présent il faut, ma chère.

» Expier ta nuit, et subir

•) Une pénitence légère. »

Le lioiix iiiqiiant arme sa main ;

Son épouse n'pand des larmes,

Et les larmes coiilaiciif en vain ;

Aux fouets Murpiit'l soustrait sts cliarmes.

Voici rinde; spectacle affreux!

Que veulent ces coquins de Brames

D'un l)ùclier excitant les flammes,

Et ce peuple abruti par eux?

M La victime est jeune et jolie, »

Répète Céline attendrie ;

« Je la plains, et l'usage a tort.

)) On doit pleurer un mari mort,

i) Et sans lui détester la vie;

!) Mais le suivre ! c'est par trop fort. »

Vers Ceylan l'orage la pousse.

La loi dans cette île est très-douce.

Et deux maris y sont permis ' .

Céline plaît à deux amis.

Entre eux ils disent : « Fennne entière

» Pour chacun de nous est trop chère ;

» Partageons ; à son entretien

1. Cette permission existe aussi cliez certains Iroqnois, selon le témoignage de Laffiteau. D'antres peuples encnre ont légitimé la pluralité (les maris.

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» Alor> suffira notre bien.

» Si l'épouse est active et sage,

.) Les soins, les comptes du ménage

» Par elle seront mieux réglés :

» Les garçons toujours sont volés. »

Que fait Céline ? Une folie.

Mais l'amour jamais en Asie

Ne se file : point de délais ;

Et voilà nos deux Chingulois *

Mariés par économie.

La beauté partout a des droits :

Pour Céline, le premier mois

Fut neuf et ^Taiment admirable ;

Le second seulement passable,

Le troisième assez misérable.

Le quatrième insupportable.

« J'aurais dû prévoir ces dégoûts, »

Dit-elle. « Quel sot mariage !

» L'honmie qui consent au partage

» IS'est point amant, pas même époux,

» Au public je parais heureuse ;

» Jai de beaux schalls, un bel écrin,

» Et dans mon léger palanquin

^. Les naturels de Ceylan forment dent nations : les Bédas cf les Chingnlois.

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» Jo sors hrilliiiilt' o( rii.li<'Uso; » Je suis maîtresse à la inais<ni, » Mais toujours seule. Ma raisou 0 Sait jui^^er les lois politiques » i:t les alnis enracinés ; » Dans les États bien gouvernés, « 11 n'est point de filles puliliques*. » Passons-lui cet arrêt léger.

Ne fut-ce fjue pour abréger.

Jeune femme que l'on offense Trouve aisément à se venger ; Mais, quoique juste, la vengeance Pour elle n'est pas sans danger.

Chez leur épouse avec mystère Les deux amis entrent un soir.

Que veulent-ils? Le froid devoir A la beauté pourrait-il plaire?

■ Au devoir ils ne pensent guère.

A quoi donc? Vous Valiez savoir :

L'un d'opium tient un plein verre, L'autre un lacet : il faut choisir.

« Non,)) répond-elle; « il faut partir. » Elle part, vole, voit l'Afrique,

1. Ne fallait-il pas dire " d'épouses publiques, d'.iwises comnnes. »

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