A ELÉONORE
« Aimera treize ans I » dites- vous;
« C'est trop tôt. » EIj ! qu'importe l'Age !
Avez -vous besoin d'être sage,
Pour goûter le plaisir des fous ?
Ne prenez pas pour une affaire
Ce qui n'est qu'un amusement :
Lorsque vient la saison de plaire.
Le cœur n'est pas longtemps enfant.
Au bord d'une onde fugitive, Heine des buissons d'alentour, Une rose à demi captive S'ouvrait aux rayons d'un ])eau jour.
Égaré par un goût volage, Dans ces lieux passe le Zéphyr.
Il l'aperçoit, et du plaisir Lui propose l'apprentissage ; Mais en vain : son air ingénu Ne touche point la Heur cruelle.
A ELEONORE 33.")
M De grâce, laissez-moi, » dit-ollf^;
« A peine vous ai-je entrevu.
» Je ne fais encor que de naître.
»> Revenez ce soir, et peut-être
» Serez- vous un peu mieux reçu. »
Zéphyr s'envole à tire d'ailes.
Et va se consoler ailleurs ;
Ailleurs : car il en est des fleurs
A peu près comme de nos belles.
Tandis qu'il fuit, s'élève un vent
Un peu plus fort que d'ordinaire.
Qui de la rose, en se jouant.
Détache une feuille légère.
La feuille tombe, et du courant
Elle suit la pente rapide :
Une autre feuille en fait autant.
Puis trois, puis quatre ! en un moment
L'effort de l'Aquilon perfide
Eut moissonné tous ces appas,
Faits pour des dieux plus délicats.
Si la rose eut été plus tine.
Le Zéphyr revint : mais, hélas !
Il ne restait plus que l'épine.
LA MALADIE D'f:LEOXORE'
C'en est fait : la faux du trépas Se lève sur ma jeune amie; Le feu (l'une fiè\Te ennemie Brûle ses membres délicats.
Je l'ai \ue au milieu des peines; Sur son front j'ai posé la main :
0 douleur î j'ai senti soudain Ce feu qui coule dans ses veines.
Ses yeux peignaient l'égarement Et le désordre de son âme ; Ses yeux, que je vis si souvent Briller d'une plus douce flamme, N'ont point reconnu son amant.
Abandonnez-vous ma maîtresse.
Dieux, qui veillez sur la jeunesse Dieux qui protégez la beauté ?
i . Voyez page 111.
POKTR.UT 337
Par (luel crime ai- je mérité Le coup dont frémit ma tendresse?
Voyez ses maux, voyez mes pleurs, Voyez son trouble et mon supplice ; Et, si l'aspect de nos douleurs Ne fléchit point votre justice, A mes cris si vous êtes sourds.
En vain votre bonté cruelle Me prépare de nouveaux jours :
Je n'aurai vécu que pour elle.