‹ ŒuvresChapitre 156 sur 164 · Virgile, Cèoriiiquen, III, bl · texte numérisé non relu

Virgile, Cèoriiiquen, III, bl

Dî meliora piis, erroremque hostibus illum.

A MON l-HÏ-RK 4H

lies prclieurs ji(irliii.'iiis, (jiii se trouvaient par hasard dans ces parages, nous indiipu'TcMil la véritable ruutc

Nous nian(|ui(jns d'eau, et une grande partie de l'éijuipag»"! était attafjuée du scorbut : il fut déeidi' que nous rclàeberions à r«io-Janeiro. Nous déctiuvrinies le soir même la itelite lie du Bepos, ([ui n.'est (pi'à (juatre lieues de la terre ferme. L'ile du Uepos! que ce nom llatte agréablement l'oreille <'t le cœur! bonheur, aimable tranquillité, s'il é'iail vrai ([ue vous fussiez renfermés dans ce point de notre globe, il serait le terme de ma course; j'irais y ensevelir pour jamais mon existence; inconnu à l'univers que j'aurais oublié, j'y coulerais des jours aussi sereins que le ciel qui les verrait naître ; je \ivrais sans désirs, et je mourrais sans regrets.

C'est ainsi (jue je m'abandonnais aux charmes de la rêverie, et mon âme se plaisait dans ces idées mélancoliques, lorsque, reprenant toul-à-coup leur cours naturel, mes pensées se tournèrent vers Paris. Adieu tous mes projets de retraite ; l'île du Reiios ne me parut i>lus que Tîle de l'Ennui ; mon cœur m'avertit que le bonheur n'est pas dans la solitude ;;et l'Espérance vint me dire à l'oreille : «Tu les reverras, ces Épicuriens aimables (jui portent en écharpe le ruban gris de lin et la grappe de raisin couronnée de myrte ; tu la reverras cette maison, non pas de plaisance, mais de plaisir, où l'œil des profanes ne pénètre jamais ; tu la reverras ,

Cette caserne'^, heureux séjour Où l'Amitié, par prévoyance, Ne reçoit le fripon d'Amour Que sous serment d'obéissance ; Où la paisible Égalité, Passant son niveau favoratile Sur les droits de la Vanité, Ne pennet de rivalité, Que dans les combats de la table:

Où l'on ne connaît d'ennemis Que la Raison toujours cruelle; Où Jeux et Ris font sentinelle Pour mettre en fuite les Ennuis ; Où l'on porte, au lieu de cocarde, Un feston de myrte naissant.

Un thjTse au lieu de hallebarde, Un verre au lieu de fourniment :

Où l'on ne fait jamais la guerre Que par d'agréables bons mots Lancés et rendus à propos;

1. Un passage du Voyage de Bourgogne servira ici de commentaire : <i Figurez-vous, madame, une douzaine de jeunes militaires, dont le plus i> âgé ne comirtepas encore cinq lustres ; transplantés la plupart d'un autre » hémisphère; unis entre eux par la plus tendre amitié; passionnés pour I. to'is les arts et prmr tous les talents; faisant de la mu.^ique; griffonnant » quelquefois des vers; paresseux, délicats, et voluptueux par excellence; » j)assant l'hiver à Paris, et la belle saison dans leur délicieuse vallée de 1. Fenillancour. L'un et l'autre asile est par enx nommé la caserne. C'est )i là qu'aimant et buvant tour à tour, ils mettent en pratique les leçons " d'Aristippe et d'Épicnre. Enfin, madame, qu'on appelle cette société n charmante V Ordre de la caserne ou de Fenillancour, le titre n'y fait rien; » la chose est tout, etc. » (Voyez la Préface et la note 2 de la page 127.)

A MON FRKRE 413

Ofi le vaincu, dans sa coKtp,

Du nectar fait couler les flots,

Et vide iusolemment son verre

A la barbe de ses rivaux.

Cette ordonnance salutaire

Est écrite en lettres de fleurs

Sur la porte du sanctuaire,

Et mieux encor dans tous les cœurs :

« De par nous, l'Aniitié fidèle,

» Et plus bas, Baccbus et l'Amour :

» Ordonnons qu'ici chaque jour

» Amène une fête nouvelle;

» Que Ton y pense rarement,

» De peur de la Mélancolie;

» Qu'on y préfère sagement

/) A la Sagesse la Folie,

» A la Raison le Sentiment;

» Et qu'on y donne à la Paresse,

» A l'art peu connu de jouir,

» Tous les moments de la jeunesse :

)) Car tel est notre bon plaisir. »

Le lendemain le vent augmenta ; le ciel était sombre ; tout annonçait un gros temps. Pendant la nuit, le tonnerre se fit entendre de trois côtés différents, et les lames couvraient quelquefois le vaisseau dans toute sa longueur. Réveillé par le bruit de la tempête, je monte sur le pont. Nous n'avions pas une seule voile, et cependant le navire faisait trois lieues par lieure. Peins-toi réunis le sifflement du vent

41i LETTRE PREMIÈRE

et de la pluie, les éclals du tonnerre, le mugissement des flots qui venaient se briser avec impétuosité contre le vaisseau, et un bourdonnement sourd et continuel dans les cordages ; ajoute à tout cela lobscurité la plus profonde, et un brouillard presque solide que l'ouragan chassait avec violence ; et tu auras une légère idée de ce que j'observais alors tout à mon aise. Je t'avoue que dans ce moment je me suis dit tout bas : IlJi rohur et œs triplex^. Vers les trois heures, la tempête fut dans toute sa force ; de longs éclairs tombaient sur le gaillard, et y laissaient une odeur insupportable ; la mer paraissait de feu ; un silence effrayant régnait sur le pont; on n'entendait que la voix de l'officier de quart qui criait par intervalle : Strihord, bâbord. Ce grain dura une demi-heure, et fut tout-à-coup terminé par un grand calme.

Nous gagnâmes enfin la rade de Rio-Janeiro, et nous envoyâmes demander au vice-roi la permission d'y entrer : cette précaution est nécessaire à tous les vaisseaux étrangers qui veulent y relâcher. Ces gens-ci se ressouviennent de. Duguay-Trouin -.

L'entrée de cette rade offre le spectacle le plus imposant et le plus agi-éable; des forts, des retranchements, des batteries, des montagnes, et des collines couvertes de bana-

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