‹ ŒuvresChapitre 57 sur 164 · LIVRE QUATIUÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATIUÈME

Du plus malheureux des amants Elle avait essuyé les larmes; Sur la fui des nouveaux serments Ma tendresse était sans alarmes; J'en ai cru son dernier baiser; Mon aveuglement fut extrême.

Qu'il est facile d'abuser L'amant qui s'abuse lui-même !

Des yeux timides et baissés, Une voix naïve et qui touche, Des bras autour du cou passés.

Un baiser donné sur la bouche.

Tout cela n'est point de Tamour.

J'y fus trompé jusqu'à ce jour.

Je divinisais les faiblesses;

Et ma sotte crédulité

N'osait des plus folles promesses

Soupçonner la sincérité;

Je croyais surtout aux caresses.

Hélas ! en perdant mon erreur.

Je perds le charme de la vie.

J'ai partout cherché la candeur, Partout j'ai vu la perfidie.

Le dégoût a flétri mon cœur.

Je renonce au plaisir trompeur, Je renonce à mon infidèle; Et, dans ma tristesse mortelle, Je me repens de mon bonheur.

C'en est donc fait ! par des t\Tans cruels. Malgré ses pleurs à l'autel entraînée, Elle a subi le joug de Tliyniénée.

Elle a détruit par des nœuds solennels Les nœuds secrets qui Tavaicnt enchaînée.

Et moi, longtemps exilé de ces lieux.

Pour adoucir cette absence cruelle.

Je me disais : « Elle sera fidèle ; » J'en crois son cœur et ses derniers adieux. » Dans cet espoir, j'arrivais sans alarmes. Je tressaillais, en arrêtant mes yeux Sur le séjour qui cachait tant de charmes; Et le plaisir faisait couler mes larmes. Je payai cher ce plaisir imposteur !

Prêt à voler aux pieds de mon amante.

Dans un billet tracé par l inconstante Je lis son crime, et je lis mon malheur. Un coup de foudre eût été moins leiriblc.

Éléonore! ô dieux! est-il possible!

H est donc fait et prononcé par toi

L'alTreiix serment de n'être plus à moi ?

Éléonore autrefois si timide,

Éléonore aujourd'hui si perfide,

De tant de soins voilà donc le retour !

Voilà le prix d'un éternel amour!

Car ne crois pas que jamais je t'ouijlie :

11 n'est plus temps; je le voudrais en vain;

Et malgré moi tu feras mon destin :

Je te devrai le malheur de ma vie.

En avouant ta noire trahison,

Tu veux encor m' arracher ton pardon :

Pour r obtenir, tu dis que mon absence

A tes tyrans te livra sans défense.

Ah! si les miens, abusant de leurs droits.

Avaient voulu me contraindre au parjure,

Et m'enchaîncT sans consulter mon choix,

L'amour, plus saint, plus fort que la nature^

Aurait bravé leur injuste pouvoir;

De la constance il m'eût fait un devoir.

Mais ta prière est un ordre suprême ;

Trompé par loi, rejeté de tes bras.

Je. te pardonne, et je ne me plains pas ;

Puisse ton cœur te pardonner de même!

ELEGIE m 99

Bel arl)re, pourciuoi conserver

Ces deux noms qu'une main trop clière

Sur ton écorce solitaire

Voulut elle-même graver ^ ?

Ne parle plus d"Éléonore;

Rejette ces chiffres menteurs;

Le temps a désuni les cœurs

Que ton écorce unit encore.

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