‹ ŒuvresChapitre 58 sur 164 · Var · texte numérisé non relu

Var

Bel ailire, je viens effacer Ces noms gravés sur ton écorce.

Qui, par un* amoureux divorce.

Se reprennent pour se laisser.

ELEGIE lY

Dieu des amours, le plus puissant îles dieuv, Le seul du moins qu'adora ma jeunesse, Il m'en souvient, dans ce moment heureux Où je fléeliis mrm ingrate maîtresse.

Mon cœur crédule, et trompé par vous deux, Mon faible cœur jura d'aimer sans cesse. Mais je révoque un serment indiscret.

Assez longtemps tu tourmentas ma vie, Amour, Amour, séduisante folie î Je t'abandonne, et m^ême sans regret.

Loin de Paphos la Raison me rappelle ; Je veux la suivre et ne plus suivre qu'rile.

Pour t' obéir je semblais être né :

Vers tes autels dès Venfance entraîné.

Je me soumis sans peine à ta puissance. Ton injustice a lassé ma constance :

Tu m'as puni de ma fidélité.

ELEfili-: IV iOI

Ah! j'aurais du, nidiiis tendre et plus volage,

User des droits accordés au jeune âge.

Oui, moins soumis, tu m'aurais mieux traité.

Dien insensé, celui qui près des belles

Perd en soupirs de précieux instants!

Tous les chagrins sont pour les cœurs fidèles;

Tous les plaisirs sont pour les inconstants.

D'un long sommeil j'ai goûté la douceur.

Sous un ciel pur, qu'elle embellit encore,

A mon réveil je vois briller l'Aurore ;

Le dieu du jour la suit avec lenteur.

Moment heureux I la nature est tranquille;

Zéphyre dort sur la fleur immobile;

L'air plus serein a repris sa fraîcheur,

Et le silence habite mon asile.

Mais quoi ! le calme est aussi dans mon cœur !

Je ne vois plus la triste et chère image

Qui s'offrait seule à ce cœur tourmenté ;

Et la raison, par sa douce clarté.

De mes ennuis dissipe le nuage.

Toi, que ma voix implorait chaque jour,

Tranquilhté, si longtemps attendue,

Des cieux enfin te voilà descendue.

Pour remplacer l'impitoyable Amour.

ÉLÉGIE V i03

J'allais périr; au milieu de Vorage

Un sûr abri me sauve du iiaufraj^e;

De l'aquilon j'ai trompé la fureur;

El je contemple, assis sur le rivage,

Des flots grondants la vaste profondeur.

Fatal objet, dont j'adorai les charmes,

A ton oubli je vais m'accoutumer.

Je t' obéis enlin; sois sans alarmes;

Je sens pour toi mon âme se fermer.

Je pleure encor; mais j'ai cessé d'aimer.

Et mon bonheur fait seul couler mes larmes.

ELEGII- VI

^^ J'ai cherclié dans l'absence un remède à mes maux; \ ^ J'ai fui les lieux charmants qu'embellit l'infidèle. \ ^ Caché dans ces forêts dont l'ombre est éternelle, \^ J'ai trouvé le silence et jamais le repos.

Par les sombres détours d'une route inconnue J'arrive sur ces monts qui divisent la nue : De quel étonnement tous mes sens sont frappés! Quel calme! quels objets! quelle immense étendue! La mer paraît sans borne à mes regards trompés, Et dans l'azur des cieux est au loin confondue. Le zéphyr en ce lieu tempère les chaleurs ; De l'aquilon parfois on y sent les rigueurs; Et tandis que l'hiver habite ces montagnes. Plus bas l'été brûlant dessèche les campagnes.

Le volcan dans sa course a dévoré ces champs; La pierre calcinée atteste son passage :

ELEGIE VI 10:i

L'arbre y croît avec peine, et l'oiseau par ses chants

N'a jamais égayé ce lieu triste et sauvage.

Tout se tait, tout est mort. Mourez, honteux soupirs.

Mourez, importuns souvenirs

Qui me retracez l'infulèle.

Mourez, tumultueux désirs.

Ou soyez volages comme elle.

Ces bois ne peuvent me caclier ;

Ici même, avec tous ses charmes,

L'ingrate encor me vient chercher ;

Et son nom fait couler des larmes

Que le temps aurait dû sécher.

0 dieux! rendez-moi ma raison égarée; Arraciiez de mon cœur cette image adorée Eteignez cet amour qu'elle vient rallumer. Et qui remplit encor mon àme tout entière.

Ah ! l'on devrait cesser d'aimer

Au moment qu'on cesse de plaire.

Tandis qu'avec mes pleurs la plainte et les regrets

Coulent de mon àme attendrie.

J'avance, et de nouveaux objets

Interrompent ma rêverie.

Je vois naître à mes pieds ces ruisseaux différents. Qui, changés tout à coup en rapides torrents, Traversent à grand bruit les ravines profondes.

i06 LIVRE IV

Roulent avec leurs flots le ravage et l'Iiorreur, Fondent sur le rivage, et vont avec fureur Dans l'Océan troublé précipiter leurs ondes. Je vois des rocs noircis, dont le front orgueilleux

S'élève et va frapper les cieux.

Le temps a gravé sur leurs cimes

L'empreinte de la vétusté.

Mon œil rapidement porté De torrents en torrents, d'abîmes en abîmes,

S'arrête épouvanté.

0 nature! qu'ici je ressens ton empire! J'aime de ce désert la sauvage âpreté; De tes travaux hardis j'aime la majesté ; Oui, ton horreur me plaît; je frissonne et j'admire.

Dans ce séjour tranquille, aux regards des humains

Que ne puis-je cacher le reste de ma vie !

Que ne puis-je du moins y laisser mes chagrins!

Je venais oublier l'ingrate (jui m'oubhe.

Et ma bouche indiscrète a prononcé son nom ;

Je l'ai redit cent fois, et l'écho solitaire

De ma voix douloureuse a prolongé le son;

Ma main l'a gravé sur la pierre ;

Au mien il est entrelacé.

Un jour le voyageur, sous la mousse légère.

De ces noms connus à Cythère

Kl.lJ.Ii; VI 107

Verra quelque reste elTucé.

Soudain il s'écriera : « Sun aniour fut extrême; » Il cluuita sa maîtresse au fond de ces déserts. » Pleurons sur ses malheurs et relisons les vers

)^ Qu'il soupira dans ce lieu même. »

ÉLÉGIE Yll

11 faut tout perdre, il faut vous obéir. ](i vous les rends ces lettres indiscrètes. De votre cœur éloquents interprètes, Et que le mien eut voulu retenir; Je vous les rends. Vos yeux à chaque page Reconnaîtront Tamour et son langage, Nos doux projets, vos serra unts oubliés, Et tuus mes droits par vous sacrifiés.

C'était trop peu, cruelle Éléonore,

Ue m" arracher ces traces d'un amour

Payé par moi d'un éternel retour;

Vous ordonnez que je vous rende encore

Ces traits chéris, dont l'aspect enchanteur

Adoucissait et trompait ma douleur.

Pourquoi cherclier une excuse inutile,

En reprenant ces gages adorés

Qu'aux plus grands biens j'ai toujours préférés?

Du vus rii^ueurs le prétexte est futile. Non, la priideiiee et le devoir jaloux N'exigent pas ce double sacrifice.

Mais ces écrits qu'un sentiment propice Vous inspira dans des moments plus doux, Mais ce portrait, ce prix de ma constance, Oue sur mon cœur attacha votre main.

En le trompant consolaient mon chagrin : Et vous craignez d'adoucir ma souffrance ; Et vous voulez que mes yeux désormais Ne puissent plus s'ouvrir sur vos attraits; Et vous voulez, pour combler ma disgrâce. De mon bonheur ôter jusqu'à la trace.

Ah! j'obéis, je vous rends vos bienfaits. Un seul me reste, il me reste à jamais. Oui, malgré vous, qui causez ma faiblesse, Oui, malgré moi, ce cœur infortuné Retient encore et gardera sans cesse Le fol amour que vous m'avez donné. '

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