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ÉLÉGIE VIII

Aimer est un destin charmant ; C"est un bonheur qui nous enivre, Et qui produit Tenchantement.

Avoir aimé, c'est ne plus vivre ; Hélas! c'est avoir acheté Cette accablante vérité, Que les serments sont un mensonge.

Que l'amour trompe tôt ou tard, Que l'innocence n'est qu'un art.

Et que le bonheur n'est qu'un bonge.

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KI.KfilK IX

Tui, (iii'inipurlune ma présence, A tes nouveaux plaisirs je laisse uu libre t'uurs; Je ne troublerai plus tes nouvelles amours; Je remets à ton c(pur le soin de ma vengeance. Ne crois pas m'oublier; tout t'accuse en ces lieux; Ils savent tes serments, ils sont pleins de mes feux,

Ils sont pli-iiis (le tun iiiconstance.

Là, je te vis, pour mon malheur.

Belle de ta seule candeur.

Tu send)lais une lleur nouvelle.

Qui, loin du zéphyr corrupteur.

Sous l'ombrage qui la recèle

S'épanouit aveclenteur. C'est ici qu'un sourire approuva ma tendresse. Plus loin, quand le trépas menaçait ta jeunesse, Je promis à l'Amour de te suivre au tombeau '.

1. Allusion à des vers sur la maladie d'Éléonore, que Parny avait supprimés dans ses dernières éditions, et que nous donnerons parmi les Mélanges.

n2 LIVRE IV

Ta pudeur, en ce lieu, se montra moins farouche. Et le premier baiser fut donné par ta bouche ; Des jours de mon bonheur ce jour fut le plus beau.

Ici, je bravai la colère

D'un père indigné contre moi;

Renonçant à tout sur la terre.

Je jurai de n'être qu'à toi.

Dans cette alcôve obscure... 0 touchantes alarmes! 0 transports! ô langueur qui fait couler des iarmis! Oubli de l'univers! ivresse de l'amour!

0 plaisii^ passés sans retour !

De ces premiers plaisirs l'image séduisante

Incessamment te poursuivra; Et, loin de l'effacer, le temps l'embellira.

Toujours plus pure et plus touchante.

Elle empoisonnera ton coupable bonheur.

Et [lunira tes sens du crime de ton cœur. Oui, tes yeux prévenus me reverront encore, Non plus comme un amant tremblant à tes genoux. Qui se plaint sans aigreur, menace sans courroux.

Qui te pardonne et qui t'adore;

Mais comme un amant irrité.

Comme un amant jaloux qui tourmente le crime. Qui ne pardonne plus, qui poursuit sa victime.

Et punit l'infidélité.

Partout je te suivrai, dans l'enceinte des villes.

ElAiC.lK IX \\?,

Au milieu des plaisirs, sous les forêts traïuiuilles, Dans l'ombre de la nuit, dans les bras d'un rival. Mon nom de tes remords deviendra le signal. Éloigné pour jamais de cette île odieuse, J'apprendrai ton destin, je saurai ta douleur;

Je dirai : « Qu'elle soit heureuse! »

Et ce vœu ne pourra te donner le bonheur.

E LE GTE X

Par cet air de sérénité.

Par cet eiijouemv'iit affecté, iJ'aiitres seront trompés peut-être; Mais mon cœur vous devine mieux; Et vous n'abusez point mes yeux Accoutumés à vous connaiire.

T/esprit vole à votre secours, Et, malgré vos soins, son adresse Ne peut égayer vos discours ; Vous souriez, mais c'est toujours Ee sourire de la tristes.^e.

Vous caciiL-z en vain vos d(»uleurs:

^'os soupirs se font un passage:

Les roses de votre vis^rge Ont perdu leurs vives couleurs :

Déjà vous négligcz^voscljarmes:

Ma voix fait naître vos aiârnies;

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