Yar bienfaits
C'est à Delille à peindre la nature; De Saint-Lamhert la voix brillante et pure Nous fit connaître et chérir ses trésors : Ma faihle voix va chanter sa parure; Prêtez l'oreille à ses nouveaux accords.
LES riJ-URS 173
Et le parterre où vont naître vos fleiirs Doit recevoir ses ravons créateurs.
Du triste liivor Flore craint la présence' ;
C'est au printemps que son règne coinuience.
Voyez-vous naître un jour calme et serein.
Semez alors, et soyez attentive;
Car du Zéphyr le souffle à votre main
Peut dérober la graine fugitive.
De sa bonté l'eau doit vous assurer :
En la noyant, celle qui, trop légère.
Dans le cristal ne pourra pénétrer.
Sans y germer vieillirait sous la terre.
L'oignon préfère un sol épais et gras ^ ; Un sol léger suffit à la semence;
1. Var. Dès que l'hiver, s'éloignant de nos plaines, Les abandonne aux zéphyrs renaissants, De leurs sachets tirez enfin les graines Que votre main recueille tous les ans.
Mais une éprenve est alors nécessaire : De leur bonté l'eau doit vous assurer.
En les noyant, celle qui, trop légère, Dans le cristal ne pourra pénétrer.
Sans y germer vieillirait sur la terre.
1. Ce précepte trop général est ineiact. Les plantes LulLeuses veulent un sol maigre et léger.
Confiez-lui votre douce espérance, Et de vos fleurs les germes délicats.
Mais n'allez point sur la graine étouffée Accumuler un trop pesant fardeau; Et, sans tarder, arrosez-la d'une eau Par le soleil constamment échauffée.
Craignez surtout que l'onde en un moment N'entraîne au loin la graine submergée.
Pour l'arrêter, qu'une paille allongée D'un nouveau toit la couvre également.
Par ce moyen vous pourrez aisément Tromper l'effort des Aquilons rapides.
Et de l'oiseau les reclierches avides.
N'osez jamais d'une indiscrète main
Toucher la fleur, ni profaner le sein
Que chaque aurore humecte de ses larmes ;
Le doigt ternit la fraîcheur de ses charmes.
Et leur fait perdre un tendre velouté.
Signe chéri de la virginité.
Au souffle heureux du jeune époux de Flore
Le bouton frais s'empressera d'éclore.
Et d'exhaler ses plus douces odeurs :
Zéphyre seul doit caresser les fleurs.
Le tendre amant embellit ce qu'il touche.
Témoin ce jour oii le premier baiser
Fut tout à coup déposé sur ta bouclie. Un feu qu'en vain tu voulais apaiser Te colora d'une rougeur nouvelle; Mes yeux jamais ne te virent si belle. Mais qu'ai-]e dit? devrais-]e à mes leçons Des voluptés entremêler l'image?
Réservons-la pour de simples chansons.
Et que mon vers désormais soit plus sage.
De chaque fleur connaissez les besoins.
Il est des plants dont la délicatesse De jour en jour en jour exige plus de soins. Aux vents cruels dérobez leur faiblesse; Un froid léger leur donnerait la mort.
Qu'un mur épais les défende du nord ; Et de terreau qu'une couche dressée Sous cet abri soit pour eux engraissée. Obtenez-leur les regards bienfaisants Du dieu chéri qui verse la lumière.
J'aime surtout que ses rayons naissants Tombent sur eux; mais par un toit de verre De ces rayons modérez la chaleur * :
Un seul suffit pour dessécher la fleur.
1. L'emploi des cloches n'a pas pour objet de modérer la chaleur, mais de l'augmenter eu la concentrant. Et cela est si vrai, que quelquefois il les faut couvrir de paille pour diminuer l'effet des rayons.
iTC LES FLELRS
Dans ces prisons retenez son enfance, Jusqu'au moment de son adolescence.
Quand vous verrez la tige s'élever.
Et se couvrir d'une feuille nouvelle, Permettez- lui quelquefois de braver Les Aquilons moins à craindre pour elle. Mais couvrez-la quand le soleil s'enfuit. Craignez toujours le souffle de la nuit. Et les vapeurs de la terre exhalées ; Craignez le froid tout-à-coup reproduit, Et du printemps les tardives gelées.
Malgré ces soins, parfois l'on voit jaunir Des Jeunes fleurs la tige languissante.
Un mal secret sans doute la tourmente ; La mort va suivre, il faut la prévenir. D'un doigt prudent découvrez la racine; • De sa langueur recherchez l'origine ; Et, sans pitié, coupez avec le fer L'endroit malade ou blessé par le ver.
De cette fleur l" enfance passagère De notre enfance est le vivant tableau. J'y vois les soins qu'un fils coûte à sa mère. Et les dangers qui souvent du berceau Le font passer dans la nuit du tombeau. Mais quelquefois la plus sajze culture
Ne pont changer ce qu'a fuit la nature, M trioniiilier d'un vice enraciné.
Ce fils ingrat, en avançant en âge, Troiiipp souvent l'espoir qu'il a ddiiiié; Ou, jiar la mort tout à coup moissonm'', Avant le temps il voit le noir rivage. Souvent aussi l'objet de votre amour, La tendre fleur se flétrit sans retour.
Parfois les flots versés pendant l'orage Dans vos jardins porteront le ravage, Et sans pitié l'Aciuilon furieux Renversera leurs trésors à vos yeux.
Mais quand d'Iris l'écliarpe colorée S'arrondira sous la voûte des cieux, Quand vous verrez près de Flore éplorée Le papillon recommencer ses jeux.
Sur leurs besoins interrogez vos plantes. Et réparez le ravage des eaux.
Avec un fil, sur de légers rameaux, Vous soutiendrez leurs tises clianrelante?
Ces nouveaux soins, partagés avec vous, Amuseront mon oisive paresse.
Mais ces travaux, ô ma jeune maîtresse, Seront mêlés à des travaux plus doux.
Vous m'entendez, et rougissez peut-être.
Le jour approche où nos jeux vont renaître. Hâtez ce jour désiré si longtemps.
Dieu du repos, dieu des plaisirs tranquilles, Dieu méconnu dans l'enceinte des villes. Fixez enfin mes désirs inconstants.
Et terminez ma recherche imprudente.
Pour être heureux, il ne faut qu'une amante. L'ombre des bois, les fleurs, et le printemps.
Printemps chéri, doux matin de l'année, Console-nous des ennuis des hivers ; Reviens enfin, et Flore emprisonnée Va de nouveau s'enlever dans les airs.
Qu'avec plaisir je compte tes richesses! Que ta présence a de charmes pour moi !
Puissent mes vers, aimables comme toi.
En les chantant te payer tes largesses!
Déjà ZéphjTe annonce ton retour.
De ce retour modeste avant-courrière.
Sur le gazon la tendre primevère
S'ouvre et jaunit dès le premier beau jour.
A ses côtés la blanche pâquerette
Fleurit sous l'herbe, et. craint de s'élever.
Vous vous cachez, timide violette;
Mais c'est en vain : le doigt sait vous trouver;
LKS FLEURS 170
Il vous arrache à lobscure retraite Qui recelait vos a[tpas inconnus; Et destinée aux boudoirs de Cythère, Vous renaissez sur un trône de verre.
Ou vous mourez sur le sein de Vénus ^
L'Inde autrefois nous donna l'anémone, De nos jardins ornement iirintanier^.
Que tous les ans, au retour de l'automne. Un sol nouveau remplace le premier.
Et tous les ans, la flcur reconnaissante, Reparaîtra plus belle et plus brillante. Elle naijuit des larmes que jadis Sur un amant Vénus a répandues.
Larmes d'amour, vous nêtes point perdues; Dans cette fleur je revois Adonis.
Dans la jacinthe un bel enfant respire; J'y reconnais le lils de Piérus.
Il cherche cncor les regards de Pliébus; 11 craint encor le souffle de ZéphyTe.