Édition (le
Devant l'Amour leurs courages fléchissent : Mais c'est Isuel que cherchent tous les yeux.
ISNEL ET ASLEGA .iUl
u La pauvreté fut mon seul liéritaj^e, » Et du besoin jWi senti la rigueur; ') iMais des trésors ont payé mon courayjî, »> Et d'Asléga je mérite le cœur.
» Trente guerriers avaient juré ma perte, » Et contre moi dirigeaient leur fureur; » Mais de leur sang la bruyère est couverle, » Et d'Asléga je mérite le cœur.
M Souvent la foudre éclata sur ma tète; » Le front levé, je l'attendais sans i»eur, » Et je criais au dieu de la tempête : » Vois, d'Asléga je mérite le cœur.
» Sous mon vaisseau que fracassait l'orage, » J'ai vu des mers s'ouvrir la profondeur; » Mais je siffluis à l'aspect du naufrage, » Et d'Asléga je méritais le cœur.
» D'un roi puissant j'arrachai la couronne : )> 11 la laissait aux pieds de son vainqueur; y\Rcijne, lui dis-je : Asiéga te pardonne. » Belle Asiéga, j"ai mérité ton cœur. »
*< Vaillant Isnel, ta demande est tardive, »
Bit le vieillard : « ma fille pour jamais
» Du brave Éric habite le palais.
" — Que m'apprends-tu? quoi! ta iille captive
)) Est au pouvoir d'un lâche ravisseur?
) — A l'hymen seul Éric doit son bonheur.
y> — Elle aurait pu... Dieux! quel hymen pour elle,
» Et quel bonheur ! D'Éric l'àme est cruelle ;
'■> Les noirs soupçons y renaissent toujours;
» Son œil est faux; l'injure ouvre sa bouche;
» Ses longs sourcils, son air dur et farouche.
î) Sa voix sinistre effrayaient les amours.
)' — Mon amitié protégea son enfance;
0 Dans son palais il fixe l'abondance;
T) Trois cents guerriers, à ses ordres soumis,
)) Lèvent leurs bras contre ses ennemis.
'> Qu'un autre hymen, Isnel, te dédommage :
»> Mille beautés appellent ton hommage. »
A ce discours, une sombre douleur Charge son front et passe dans son cœur. Longtemps il marche, errant et solitaire : Dans le vallon, sur les coteaux voisins, Sans but il court, et la sèche bruyère Retentissait sous ses pieds incertains.
Ce n'était plus cette voix douce et tendre Qui de l'amour exprime le toui-ment;
ISNEL ET ASLEGA 203
Son désespoir murnuiie trislonient
Dl'S mots sans suite, et l'on croyait entendre
Des Ilots lointains le sourd nnij^issement.
Puis il s'arrête ; appuyé sur sa lance^
Murne et terrible, il garde le silence.
Et sur la terre il lixe ses regards;
Les vents sifllaient dans ses cheveux épar^.
Tel un rocher qu'assiègent les nuages,
Triste, s'élève au milieu des déserts ;
Ses lianes noircis repoussent les éclairs.
Et de son front descendent les orages.
Il nomme Éric; à Ce nom détesté
Son œil s'enllanmie, et sa main d'elle-même
Saisit le fer qui brille à son côté.
Il nomme aussi rinfidêle qu'il aime
Et des soupii^ s'échappent de son sein.
Et quelques pleurs soulagent son chagrin.
Dans les ennuis dun hymen qu'elle abhorre.
Son Asléga, plus malheureuse encore,
Gémit aussi, répand aussi des pleurs.
Et dans ces mots exhale ses douleurs :
{( Pardonne, Isnel; un père inexorable » Donna ma main sans écouter mon cœur. » Us sont passés les jours de mon bonheur ; ') Ils sont passés, et le chagrin m'accable.
» Cuiisole-loi; seule je dois souiïrir, » T"aimer encur, te pleurer, et muurir.
» Pardonne, hélas! quand la rose nouvelle » De son calice échappe en rougissant, » Elle demande un souffle caressant :
» Si tout- à-coup l'ouragan fond sur elle, » A peine éclose on la voit se flétrir, » Languissamment se pencher, et mourir.
» Pardonne, Isnel : sur l'arbre solitaire » Une colombe attendait son ami ; » Sa douce voix se plaignait à demi : )) Un aigle étend sa redoutable serre ; » Faible, sous l'ongle on la voit tressaillir, » Aimer encor, palpiter, et mourir. »
Disant ces mots, de la tour élevée
Où la retient un époux odieux.
Sur le vallon elle porte les yeux.
Mais du soleil la course est achevée;
Sur l'hémisphère un noir manteau s'étend.
Le ciel est froid, orageux, inconstant.
Au haut des monts le brouillard s'amoncèle
Des vastes mers le bruit sourd est mêlé
Au bruit des vents, au fracas de la grêle
ISNKL KT ASLECJA 205
Qui rebondit sur le tuit ébranlé.
Bientôt du nord les subites rafales Cliassent au loin, disitersent les brouillards, Et du milieu des nuages épars L'azur des cieux brille par intervalles. Transi de froid, incertain et troublé, Le voyageur s'égare dans sa route ; A cluu|ue pas il s'arrête, il écoute.
Mais d'un torrent que la pluie a gonflé Le malbeureux touche enfin le rivagi; : D'un pied timide il sonde le passage; Un cri s'échappe, il meurt; les loups errants. L'ours indomptable, et les chiens dévoranls, A ce cri seul qu'un triste écho renvoie. Couvrent la rive et demandent leur proie : Tous, en hurlant, suivent ce corps glace'*, Just[u'à la mer par le courant poussé.
l*our Asléga, cette nuit menaçante A des attraits; elle aime son horreur.
Mais tout-à-coup une voix gémissante, La voix d'isnel, fait tressaillir son cœur :
« Belle Asléga, belle, mais trop couiiablo, » Pour arriver jusqu'à toi, du guerrier » J'ai déposé l'étincelant acier.
» Je t'ai perdue, et le chagrin m'accable.
» En d'autres lieux Isnel ira souffrir,
») T'aimer encore, et combattre, et mourh*.
» Jouis en paix de ta flamme nouvelle ; » Que le remords, ce poison des plaisirs, » N'attriste point tes volages désirs!
1) Seul je serai malheureux et fidèle.
» Tu me trahis : je ne sais point trahir! » Je sais aimer, et combattre, et mourir.
» Mais le bonheur est-il fait pour le crime? » Jeune Asléga, crains ton nouvel amour, j) Crains sa douceur, crains la glace d'un jour: » Fragile encore, elle cache un abîme*. » Adieu, perfide, adieu, je vais te fuir, j) T'aimer encore, et combattre, et mourir. »
A ce reproche Asléga trop sensible Voulait répondre : un bruit inattendu