‹ ŒuvresChapitre 92 sur 164 · CHANT QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHANT QUATRIÈME

« Illustre Égill, » dit Latinor, « dans mon âmo

» Ta voix enlin porte im trouble fatal.

)) J'aime, et l'hymen est promis à ma flamme.

^) Dois-je aussi craindre un odieux rival?

» Je hais Éric; et, si le ciel est juste,

» De la beauté cet oppresseur cruel

» Sera puni. Mais dis-moi, chantre auguste,

» Le jeune Odulf combattait près d'Isnel ;

)) De mon aïeul Odulf était le frère :

» A ce guerrier, dont la gloire m'est chère,

» Quel bras puissant porta le couyi mortel? »

Égill répond : « Ami, je vais t'instruire,

» 0 des héros tyran capricieux î

« 0 de l'amour inévitable empire !

» Les temps passés re\ivent à mes yeux^ «

I, Tout le début de ce chaut manque dans rédition de 1S02.

c( Lève-toi donc, Éric; l'aube naissante » Vers l'orient a blanchi l'horizon ; » De tes soldats la troupe menaçante » S'ébranle, marche, et couvre le vallon. » Isnel sourit au danger qui s'approche, D'un œil rapide il compte ses guerriers, S'étonne, et dit : « Pénible est le reproche ; » Mais au combat viendront-ils les derniers, » Ces deux chasseurs qui devançaient l'aurore? » Odulf, Asgar, dorment sans doute encore, )) Et sous leur main leur arc est détendu ; » Paraîtront-ils quand nous aurons vaincu? » Je lui réponds : Ces enfants de l'épée N'ont jamais fui dans le champ de l'honneur. D'ici tu vois cette roche escarpée Qui du coteau domine la hauteur :

Son flanc creusé forme une grotte obscure ; D'épais buissons en cachent l'ouverture : C'est là qu'Elveige attendait son amant; De là sa voix s'exhalait doucement :

« Viens, jeune Odulf; l'ombre te favorise; » Viens; me voilà sur le feuillage assise. )) Par mes soupirs je compte les moments : » Pour te presser mes bras déjà s'étendent ; « Mon cœur t'appelle, et mes lèvres t'attendent

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» Viens; mes baisers seront flonv of brùlimls.

» Cruel As^ar, je hais ton œil farnnciie ; » Le mot d'amour est triste sur ta houciie; » Va, porte ailleurs cet amour insolent. » Un autre enfin ù mes côtés sommeille, » A mes côtés un autre se réveille ; » Et son baiser est humide et brûlant.

.) Mais qui peut donc arrêter sa tendresse?

» Pour lui je veille, et pour lui ma faiblesse

» Vient d'écarter les jaloux vêtements.

» J'entends du bruit; c'est lui, de sa présence

» Mon cœur m'assure, et mon bonheur commence.

» Baisers d'amour, soyez longs et bridants. »

D'mi pas rapide il arrive à la grotte.

Ce jeune Odulf ; mais d'un autre guerrier

Il voit dans l'ombre étinceler l'acier.

Soupçon cruel ! son âme hésite et flotte ;

Il dit enfin : « Quel projet te conduit?

» Que cherches-tu ? parle, enfant de la nuit.

,) Faible rival, que cherches-tu toi-mêmej? n

Réplique Asgar. « De la beauté que j'aime

» Je suis jaloux; c'est un astre nouveau

n Qui pour moi seul brille sur le coteau. »

Le for en main, l'un sur l'autre ils s'élancent.

D'Elveige alors h; cœur est alarmé;

Elle frémit, et ses pieds .nus s'avancent

A la lueur d'un tison enflammé.

a Viens, » dit Oduif, « de tes vonix inlidèles

» Voilà l'objet : perlide, tu l'appelles;

» Mais dans la mort il ira te chercher. »

Terrible il frappe, et la tremblante Elveige

Tofnbe à ses pieds conmne- un flocon de neip;e

Qu'un tourbillon détache du rocher.

Les deux rivaux avec un cri farouche

Lèvent soudain leurs l)ras désespérés;

D'un coup partîil leurs flancs sont déchirés;

Sur la bruyère ils roulent séparés :

Le nom d'Elveige expire sur leur bouche;

El, de leur sein s'échappe sans rcAmw

Le san{4, la vie, et la haine, <'t l'aniour,

Isnel, troublé, répon<l avec tristessfî : « (iloire éleiiKîlle à ces jeunes héros! » Gloire éternelh; à leur belle maîtresse, » Et que lii paix hal)ite leurs touibeaux ! )) Faibles humains, la guerre inexorable » Autour d(! nous répand assez d'horreurs; » Le tendre amoiu', l'amour impitoyable, » Doit-il encor surpasser s<'s finVurs? »

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Contre un rorlicr l'Ocran se courrouce; Pour rél»ranler il roule tous ses Ilots; Mais le rocher les brise et l<?s repousse : Tel est Isnel, en butte à mille assauts. Ou voit Éric lever sa lourde lance, Puis s'arrêter incertain et rêveur.

Un noir dessein se formait dans son cœur : 11 méditait le crime et la vengeance.

Au lier Évind il dit : « Combats toujours; ^) Défends mon fils, et veille sur sa gloire. » Odin m'inspire. A mon palais je cours, )) Et je reviens : commence ma victoire. » Folle espérance ! Évind à ses soldats Prête un moment son courage intrépide : 11 ressemblait à Touragan rapide Qui dans un bois s'engouffre avec fracas : Mais du destin Tordre est irrévocable, Et pour Évind le Vallialla s'ouvrait.

H voit ïsnel, et se dit en secret :

« Voilà, voilà le danger véritable.

» Faut-il braver ce glaive redoutable?

» Faut-il chercher un innnortel honneur? » Oui, le destin le livre à ma valeur. » 11 dit et frappe, et la lame tranchante Du bouclier entame l'épaisseur; Mais sur son bras descend le fer vengeur :

L'acier échappe à sa main défaillante.

« Rends-toi, guerrier, cède à l'arrêt du sort; » Ton l)ras sanglant ne saurait te défendre. » — Fier ennemi, moi céder et me rendre ! ») Jamais. Évind sera vainqueur ou mort. » De l'autre main il reprend son épée; Mais sa valeur est de nouveau trompée.

Sur le coteau que dévastaient ses traits Les daims joyeux peuvent errer en paix : Sous le rocher la charmante Érisfale N'entendra plus ses chants accoutumés.

Et de ses pas sur la neige imprimés Ne suivra plus la trace matinale.

Le heau Slérin accourt pour le venger.

« Jeune imprudent, cherche un moindre danger, »

Lui dit isnel ; « ton bras est faible encore :

» Crois-moi, résiste à ce précoce orgueil;

»> Fuis; et demain au lever de l'aurore,

» Tu chasseras le timide chevreuil.

» — Je suis nourri dans le fracas des lances, »

Répond Slérin; « et, lorsque tu m'offenses,

» Pour te punir mon bras est assez fort.

» Vois-tu ce trait? il a donné la mort. »

La flèche siffle, et dans son vol s'égare.

La main d'Isnel aussitôt s'en empare

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Et cherclie un but. Un aigle en ce nioniont

Au haut des airs passe rapidement ;

Le trait l'atteint au milieu de la nue.

Loin de céder, SIérin à cette vue

Saisit le fer, s'élance furieux.

Et trouve au moins un trépas glorieux.

Éric alors revenait au carnage.

L'infortuné pousse des cris perçants, Et de ses yeux coulent des pleurs de rage. Il lève enfin sa hache à deux tranchants. Sa lourde hache, autrefois invincible ; A son rival il porte un coup terrible, Et de son casque il brise le cimier.

Nous frissonnons : notre jeune guerrier Courbe sa tête, et pfdit, et chancelle ; Mais, reprenant une vigueur nouvelle, il jette au loin son pesant bouclief.

Le sombre Éric à ses pieds croit l'étendre; Isnel prévient son bras prêt à descendre. Et dans son Ilanc plonge le froid acier. Sur l'herbe il roule, et son sang la colore. En expirant il se débat encore, Et dit ces mois : « Tu triomphes, Isnel ; » Ma mort du moins suffit-elle à ta haine? » De mon palais la jeune souveraine

» Craint pour tes jours; va, le douto est cruel;

» Rends le bonheur à son âme incertaine;

') Soyez unis ; et ne maudissez pas

;) L'infortuné qui vous doit son trépas. »

Isnel, ému par cette voix perfide.

Vers moi se tourne : « Adoucis son destin.

» Dans les combats il n'était pas timide;

.) Avec honneur il périt sous ma main;

» Dans le toniljcau (|ue la gloire le suive.

)) Au ciel assis, son oreille attentive

» Écoutera tes chants harmonieux,

» Et le plaisir brillera daiii» ses yeux. »

Vers le palais à ces mots il s'avance, Son front levé rayonnait d'espérance.

D'orgueil, d'amour, de gloire, et de bonheur; Son pied rapide effleurait la bruyère.

Du large pont il franchit la barrière ; Il ouvre, il entre, et recule d'horreur. Son Asléga sur le seuil étendue. Froide et sans vie, épouvante sa vue.

Il reconnaît ces funestes cheveux Qu'elle reçut pour un plus doux usage ; Ce don fatal, ce cher et triste gage, Fut de sa mort l'instrument douloureux ; Son cou d'albâtre en conserve l'empreinte.

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