A M SEL
Et ses longs cris se perdent dans les airs. Jamsel enfin en pleurant se rappelle ]|||^ Uu'un tendre père et ({u'un ami lidèle., Sacriliés jusqu'alors à l'amour, Depuis longtemps demandent son retour.
« J'irai, dit-il; peut-rire ([uc leur vue » Adoucira le poison qui me tue ; » De ma faiblesse ils seront le soutien, . » Et dans leur cœur j'épancherai le mien, » Comme un torrent au lugidire murmure, )) Qui, tout-à-coup endé par l'aquilon, >) Dans le bassin où dort une onde pure » Va de ses Ilots verser le noir limon. »
Jamsel retourne aux lieux qui l'ont vu naître.
Il croit en vain dans ce séjour champêtre
Calmer son àme, et respirer la paix :
La solitude augmente ses regrets.
Ni le printemps, ni les parfuriis de Flore,
Ni la douceur du baiser paternel,
Ni l'amitié plus consolante encore.
Rien n'elïaoait un souvenir cruel.
Un noiSP chagrin lentement le dévore.
De temps en temps son orgueil abattu
Se relevaitj honteux de sa faiblesse.
Dans les écrits où parle la sagesse
240 JAMSEL
11 \eut puisL-r la force et la vertu :
Ilélas ! son œil en parcourait les pages ;
Mais son esprit inattentif, errant.
Volait ailleurs, et de tendres images
Le replongeaient dans un trouble plus grand.
Si quelquefois un ami lui rappelle
De ses aïeux le rang et la valeur.
Aux mots sacrés de patrie et d'honneur
11 se réveille ; une fierté nouvelle
Dans ses regards remplace la langueur,
Et peint son front d'une lieureuse rougeur.
D'un joug honteux ce moment le délivre ;
11 a vaincu sans doute, et va revivre
Pour l'honneur seul? Non, ce noble transport
De sa faiblesse est le dernier effort;
Et l'amitié, qui ne peut se résoudre
A délaisser l'insensé qui la fuit.
Voit succéder le silence et la nuit
A cet éclair qui promettait la foudre.
Se trouve-t-il dans un cercle nombreux?
Seul il conserve un aii' morne et farouche ,
Des mots sans suite échappent de sa bouche,
Entrecoupés de soupirs douloureux.
Les entretiens l'obsèdent j rien ne frappe
Ses yeux distraits ; sans voix, et sans couleur.
Longtemps il garde un silence rêveur ;
JAMSEL :iil
Puis toiit-à-coup il trissumiu, il s'écliaini»-'; Et va des bois cliurcher la profondeur. Infortuné ! si l'amour t'abandonne, D'autres plaisirs peuvent te consoler :
Vois-tu les fleurs dont l'arbre se couripiiiu-? Sur ces prés verts vois-tu l'onde couler? Des vastes champs observe la culture ; Du jeune pâtre écoute les chansons ; Suis la vendange et les riches moissons ; Homme égaré, reviens à la nature.
Mais la nature est muette à ses yeux.
Aux prés fleuris sa tristesse préfère Un sol aride, un rocher soUtaii^e, Et des cyprès le (feuil silencieux K L'ombre survient : la lune renaissante Lui prête en vain sa lueur bienfaisante Pour retourner au toit accoutumé^ Sur le rocher, pensif il se promène ; Puis sur la pierre il s'étend avec peine. Pâle, sans force, et d'amour consumé.
Si du sommeil la douceur étrangère Vient un moment assoupir ses douleurs,