Bertin, Les Amours, livre II, élégie xu
De ces longs pins le deuil religieux.
242 JAMSEL
Un songe affreux le saisit, et des pleurs.
Des pleurs brûlants entr'ouvrent sa paupière.
Le jour paraît, il déteste le jour;
La nuit revient, il maudit son retour.
« J'ai tout perdu, tout, jusqu'à l'espérance, »
Dit-il enfin ; « pleurer, voilà mon sort.
)) Oh ! malheureux ! à ma longue souflrance
)) Je ne vois plus de terme que la mort.
)> Pourquoi Tattendi^e ? y courii", esl-ce un crime?
)) Non, sur mes jours, mon di'oit est légitime.
» Faible sophiste, insensé discoureur,
» Peux-tu défendi-e au triste voyageur,
» Qu'un ciel brûlant dessèche dans la plaine,
» De chercher l'ombre et la forêt pruchaine?
>i Qu'un soldat reste au poste désigné;
» Sa main tranquille a signé l'esclavage,
)) Et de ses droits il a vendu l'usage ;
» Moi, je suis iibre> et je n'ai rien signé;
» Mourons. » Il dit, et sa main intrépide.
Sans hésiter^ prend le tube homicide :
Le plomb s'échappe, et finit ses tourments.
Son ami vient ; ô douloureux moments !
Mais de son cœur étouffant le murmure,
D'un blanc mouchoir il couvre la blessure.
Soin superflu ! Jamsel, en soupirant.
Sur cet ami soulève un œil mourant
JAMSEL 243
Qui so rf^fenno ', et, d'iino voiv ('feinto,
{( Je meurs, dit-il, saus remords et sans erainto.
» Assez longtemps j'ai su}iporlé le jour.
» PardoiHie-nioi : je ne pouvais plus vivre.
» Donne à Toljjel de mon funeste amour
» Ce voile teint d'un sang... » Il veut poursuivre :
Sa bouche à peine exhale un son eonfus :
« Chère Euphrosyne!... « il soupire, et n'est plus.
Loin de ces lieux, sa malheureuse amie. Que fatiguait le fardeau de la vie, Au ciel en vain se plaignait de son sort. Et demandait le repos ou la mort.
T)e ses chagrins son air trahit la cause. Ce n'était plus la beauté dans sa lleur: Les longs ennuis, l'amour et la langueur. Sur son visage avaient pâli la rose :
En la peignant on eût peint la Douleur. De sa tristesse on ose faire un crime; Loin de la plaindre, on hâte le moment Où du malheur cette faible victime Dans le trépas rejoindra son amant.
Entre ses mains un messager fidèle