‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 12 sur 96 · SERMON POUR LE SECOND DIMANCHE DE UAVENT · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE SECOND DIMANCHE DE UAVENT

aoR LB AprucfnoRk

Bêattts qttt nom/umit teétmUditaitu tm me, Heurenieelolqiii ne prendra pefoldemoluondeCdediiiteat de

(Mattk. iiyd.)

Sire,

Cest donc un bonheur, etunbonheurraret de n'être poiutaeinhiiaéde Jésua-Christ. Mais qu'y avoit-ll et que pouToii^O y aToir 4êbè celui qui est la sagesse même, la splendeur du Père, el L'image substantielle de tontes les perfections; que pouToit-il y avoir qui pAt être pour les hommes un sujet de scandale? Sa croix, mes très dien Frères, oui, sa croix, qui fut autrefois le scandale du Juif; et qiiteat et sera, dans toute la suite des siècles , le scandale de la i^upart des chrétiens. Mais quand je dis que la croix du Sauveur est le scandais de la plupart des chrétiens, je n'entends pas seulement la crmx qu'A a portée, j'entends surtout celle qu'il nous oblige de porter à son flxemple,sanslaquelleilrefuse de nous reoonnottre pour sesdisciples, et departageravecnousla gloire dans laquelle il n*e8lentn&luv>in6nie que par la croix.

Voilà ce qui nous révolte, et ce que nous trouvons à redire dana notre divin Sauveur ; nous voudrions que, puisqu'il Calloitqn'il souffrit, ses souffrances eussent été pour nous comme un titre d'exaniplion, et nous eussent mérite le privil^ de ne point sonflrir avec lui. Détrompons-nous, mes très chers Frères. La seule chose qiddépeafde de nous, c'est de rendre nos souffrances méritoires % mais souffiir, ou ne pas souffrir, n'est point laissé à notre choix. La Providencea dis* peiûé avec tant de sagesse les biens et les maux de cette vie, que chacun dans son état, quelque heureuse qu'en paroisse la destin^, trouve des croix et des amertumes qui en balancent toujours les plaisirs. Il n'est point de parfait bonheur sur la terre ; paroeque can'ail pas ici le temps des consolations, mais le tranps des peines tl'élévaiion.a ses assujettissements et ses inquiétudes ; l'obscurité, seabumiliations et ses mépris ; le monde, ses soucis etsescaprices ; la retraite^ ses tristesses et ses ennuis ; le mariage, ses antipathiesetsesfu|«un| l'amitié, ses pertes ou ses perCdies; la piété elle-même, ses répur gnances et ses dégoûts : en6n, par une destinée inévitable aux enfants d'Adam, chacun trouve ses propres voies semées de ronces it d'épines. La condition la plus heureuse en apparence a ses amertumes secrètes, qui en corrompent toute la félicité :1e troue est la siège des chagrins, comme la dernière place; les palais superbes en» chent des soucis cruels oxnmeletoitdupauvreetdulaboiunfliiri

DES AFFUCnOMB. St

\ k imiflrlr) nous w pMvous ainief kt ionf-

not peinât ; jamato heoreiB, Bût crolz dercniiefl

: à MW prlf€r MOs^néBM de tool le màrfte de 006 80^^ ItauBces. TuitMiKios clMTdKiMdawltlbakinfc rexcMe de DoeieorfMHlèB et de noe noiwiiTCS; t^^ ottleearedèrede nos dBdfcmB; lanlôt, eaUn, dens to oMades qu'elles nous paroisBent mettre à notre saint i è^est^-dire tantôt noBs noos pla%nons qne nons sonnnas trop Mbks ponr soutenir tranqofllenient nos pefaMs ; lantM, ipie nos peines eDes-ménies sont trop exeesBires s taiîuM, qi^ n'est pas posriUe dans cet élat de penser an saint

Et Toilk les trob prMezCes qu'on oppose tons ks jours dans le nnnde à rusagecbrMien des alBictions t le prétexte de lam Messe; le prétexte de rexcès ou delà nature de nos aflitetions; le inéCexte des obstacles qu'elles senddent mettre k notre saint Ce sont ces prétextes qnH fiiut oonibndre, en leur opposant les régies de la foi. Apjiliquez-Tous, qui que tous soyez, et apprenez que ce qui damne^ûi ^npart des hommes ne sont pas les plairirs senlementi hâas! Os sont si rares sur la terre, et le dégoût les suit de si prés! c'est encore Fiuage peu dnréttenqu'ib font de leurs peines. Implorons, etc. j4pe . Maria.

piEiatex PAim.

Le lanja^ le lAus commun des âmes que le Seigneur alUige est d'alléguer font propre foiUene, pour jnsti8er Tusage peu dirétien qu'elles leur de leurs afllictions. On atoue et Ton se plaint qu'on n'est pas jssez fort pour y conserrer un conr soumis et tranquiUe , que rien n'est plus heureux que de pouToir être insensible ; que ce caractère noos saure Uen des pdnes et des chagrins inéfitables dans la¥ie:maisquenousnenousfUsonspasà nous-mêmes un cour à notre gré ; que la réiigioa ne rend pas doors et pinksoplies ceux qui sont nés arec des sentiments pins tendres et {dus hmnains ; et que le Seigneuresttrop juste pour nous fafare un crime de nos malheurs

Biais, pour confondre ici uneDlnslon sicomnnmeet siin^gnede fai piété, remarques d'abord, mes Frères, qne lorsque Jésus-Christ n ordonné à tous ks fidèles de porter aree soundsskm et atec amour les croix que sa boulé nons ménage , il n'a pas iflouté que cet orÂn si juste, si consolant, si conforme i ses exemples, neregarderoitqne et insensibles, n n'a pas distiDgné entre ses dlsci^es », forgneO on les réflexions a?oient rendus plus

60 DEUXIËAffl J»MASCH£ DE LAVENT.

fermer et pkM coBstoat^ •deHCc»E4|mfls teiidraM>et llbuminllé ayoient &i4 nplite jpthm Sfiaibles^ pMr bire anY preiaie» on devoir d'une patience ei d*une insonsibililé qui ne lear coûtofrêafOeriBni et en dispcp^er le^MiQirmh qni die deti^teiil pki$4iiiieab, ;. .Àa.fi9nlr«fre^«e»résgkad)vi«ea SQ»l4es reniMe»; et ploA nom im paFoî»s^)ps.éloigné&piw.le oamelëirede nolrecaKir,plwettcsMDl faites pour noua, «et mua deviennent Aéces^aîree. Cesl piurcefoe ▼ousétea foiblea,.^ qqe lea momdies cefttradieUooa Irnaveot ton- )oars votre cc^or . plua vif et phis révolté cos^tre les aouffraneea^ ^m Je 3cîgiicinr doit voaa bire-paAser- par des trilNdationa ci des «ipertnspes ; car ce ne sqiit pas les forts qui ont besoin d'être épronrés, c^ sont les foiUes,

(En effet, qu'est-ee^qu'éire foiUe et sensiUe? c'est s'aimer exoes* siveipent^oi-m^me;. c'est donner presque toat à la nature, et rien à la foi; c'est se laisser conduire piir la vivacité de ses penchants, et ne vivre que pour jouir de son repos et de soi-même , comme do la llfulc. Illicite de l'tiomme- .Or^ dans cet état, et avec ce fonds excessif Â'amoiir du monde et de vous-mêmes , si le Seigneur ne méni^geoit ifesafflictionsa votrçfoiblcsse; s'il ne frappoit votre corps d'une langueur éterneliie, q^i vousreqd le monde insipide; s'il ne vous pré* paroi t des peines et deschagnos, qui vous font one bienséance de la régularité et de la retraite ; s'il ne renversoit certains projets , qui , laissant votre fortune plus obscure, vous éloignent de grands périls ; s'il ne.vous plaçoit en certaines situations , où des devoirs tristes et inévitables occupent vos plus b^ux jours ; en un mot, s'il ne mettoit entre votre foiblesse et vous une barrière qui vous retient et qui vous arrête ; hélas ! votre innocence auroit bientôt fait naufrage ; vous auriez bientôt abusn de la paix et dé la prospérité, vous qui ne trouves pas même de sûreté au milieu de^ afflictions et des peines. £t puisque, affligés etséparés du monde et des plaisirs, vous ne pou* vez revenir à Dieu, que sereîl-ce si une situation pins heureosc ne laissoit plus d'autre frein i vos désirs que vous-mêmes? La même foiblesse et le même poids d'amour-propre, qui nous rend si sensibles à la douleur et h l'affliction, noua rendroit encore plus sensibles 9U danger des plaisirs et des prospérités humaines.

Ainsi oeu'e^t pas excuser nos découragements et nos murmures, 4'avoiier que nous sommes foiblef, et peu propres à porter lesconp* 4 dont Dieu nous frappe. Ijà foiblesse de notre cœur ne vient que delà |foiblesse de notre foi ; une ame chrétienne doitêUre une ame forte, à l'épreuve, dit l'Apôtre, 4es persécutions, des opprobres, des infirmités, de la mort même. Elle peut être opprimée, continue TA* pôtre ; mais elleneaauroit êlreabalUieîon peut Iqi ravir ses biens, aa réputation, son repos, sa fortune, sa vie m^ne ; mais ou ne peut .lui ravir le trésor de la foi et de la graoe, qu'elle pprte caché na Xond de oon cœur, et qui la console abondamment de tontes ce8.pertep ^frivoles et passagères : on peut lui (aire répandre 4ea lafaneA^e-ffu-

DBS MVîACtlOJXB. 61

aîbttUèetdB iriilaBe, car la religion n'Meinl pas les seutimeiits de k fftttne ; maiâfoa oosor désaToneà rinstant sa foiblesse, et &U df aeslanneaciiaraeUtt des lannesdapénitenoeet de piété. Q^e d»-je? HOC ame ekrétieiiDe se réjonit même, dans les tribulaliobs ; elle lés repurda oonsie les marques de la bienveîilanoe de-Dleo sur cHe, conmele gage précieiuL des promesses fiUores, comoie les traifs iMureux de sa reasemblanoe avec Jésns-Ghrist, et qui, dés eeUe vie , lai donnent comme un droit assuré à sa gloire immortelle. Eu a foiMe et révolté cooiro l'ordre de Bien dans les sonflbanoes y c'est avoir perdu la foi, et n'être pins cbrétieo.

J'avoue qu'il est d«a coBurs plus lendses et plnssensibles à la douleur ; nais eetle sensibilité ne leur est laissée qne pour augmenter le mérite de leur soufiranœ , et non pour eicuser leor révolte et leun DMumnres. Ce n'est pas le sentiment, c'est l'usage déréglé de la douleur, que l'Evangile condamne. Plus même nous naissons sensildesà nos peiuea» phis nous devousrétre aux consolations de la M. La même sensibîlilé qui ouvre nos cmurs au chagrin qui accable I doil les ouvrir à la grâce qui soutient et qui console ; les afflictioni trouvent Men |du8 de ressouroe dans uu bon cœur, parceque la gimee y trouve plus d'accès : les douleurs immodérées sont plutôt les suites de l'empÎMrtfldMnt que la bonté du cosor ; et ne pouvoir se aoumettoeà Dieu, ni se consoler dans ses peines , ce n'est pas être tendre et sensible, c'est être faroocbe et désespéré.

Seplus,liMialespréaepte8derEvaugiledemandentdela force; et ai vous n'eu aves pour soutenir avec soumission les croi^dontil platt au Seigneur de vèua a£Biger, vous n'en avez pasasset non plus pour rebservanœ des autres devoirs que la doctrine de Jésus-Christ vous prescrit. U but delà forée ptiur pardonner une injure, pour dire du bien deoeta qui nous calomnient, pour cai:hcr lés défauts de ceux qui veulent même flétrir nos vertus. U faut de la foroe pour fuir un monde qui nous plait, pour s'arrachera des plaisirs où tous nos penchants nous cntrahient , pour résister à des exemples que la foule autorise, et dont l'usage a presque fait des lois. U faut de la force pour user chrétiennement de la prospérité , pour être humble dans l'élévation, mortiflé dans l'abondance, pauvre de coeur au milieu des bieas périssables, détaché de tout lorsqu'on possède toot, plein de désirs pour le cielao milieu de tous les plaisirs et de toutes les félicités de la terre. 11 faut de la force pour se vaincre soi-même, pour réprimer uudosir qui s'élève, pour étouffer un sentiment qui plait, pour ramener aans ceaae à la règle nn CGSur qui s'en écarie sans cesse. Enfin, porcourei tous les préceptes de TEvangtle , il n*en est pas un seul qci ne suppose une ame forte et générense ; partout, fl faut se fidre violence à soi-même ; partout, le royaume de Dieu est un chantp q/il oit déMehor, une vigne oè il faut porter le poMs du jour et delà dnleur, une cM*riérs ou il faut vaillaminenteteonthiuelletneut sllre; en un mot, le disciple de It^us-Christ tcsatiroit JâMb

•I DEOXIEMB 0IMAKCBE DB LAVENT.

«tre foiUe mo» élie yainai ^ et jasqu'au moindkwobligilioiiftde b Mt tMtc(Âle,loat porte la caractÂiede la cvoix^qiii en4»t l'esprit domioaul : « ?oiu manquez luioatanl de fnrae, yoaà éboê fetda. Dire doBO que l'oii est foible, c'est dire qne rBfangile toat entier n'est pas bit pour nous, et qu'on ne peut ^le non-seideBMnt ni .soomîs^ ni patient, nuds encore ni cbaste , ni lininbla, ni désinté^ ressé, ni mortifié, ni doux, ni charitable»

MaîsoQtrecda,Bies Frères, quelque foiMes qne nous poissions éixey nous dfiTons aroir cette confiance en la bonté de notre Dieu , que nous ne sonmies jamais éprouyés, affligés, tentés au-delk de nos forces; qne le Seigneur proportionne toujours les afflictions à notre fnUesse; <|u'il répand ses chAtiments, comme ses fiiyeurs, avec poids et ayec mesure ; qu'en nous frappant ilne veut passons perdre, mais |Q0U8 purifier «t nous sauver ) qu'il nons aide lui-même à porteries |croix que Uù-méme nous impose ; qu'il nous diàtie en péMi ,' et non P99 en juge; que la même main qui nous frappe, neos soutient ; que la même to^ qui fait la plaie, y porte Thuileet le miel qui l'adoudt. UconnottlecaractèredenosccBursetjusqu'oà'Vanotrefolblesse; et coBoune il veut nous sanctifier en nous afiligeant, et nota pas nous perdre, il sait jusqu'où il doit appesantif sa main, pour ne rien dkninuer d'un côté de notre mérite, si les soufirances étoicnt trop Iteéresi et pour ne pas aussi, de rautre, nous le faire perdre tout à fait, si elles étoient trop au-dessus de nos Coroes^

Eb! quel autre dessein pourroit^il avoir en répandant de^ amertumes sur notre vie ? Est-41 un Dieu cruel, quinese ptaiseqiiedaci nnforiuned^ ses créatures? est^l un tyran barbare, quinetrow^ S9 grandeur et sa sAreléque dans les larmes et le sangdessnjeis qui l'adorent? est-il unmattreenvieux et chagrin, et qui ne puisse goMer de félicité, tandisqu'îl la partage avec ses esdaves? Csut-il que nous Bouffirions, que nous gémissions, que nous périssions, afin qu'il soit heureux? C'est donc pour nous seuls qu'il nous punit et qu'il nous ehÂtie ; sa tendresse souffla, pour ainsi dire, de nos maux; mais . ADmme son amour est un amour justeet éclairé, il aime encore mieux nous hiisser souffirit, parcequ'il prévoit qpi'en tetmmant nos peines, il augmenieroit nos misères. C'est un médedn tendre, dit saint Augustin, qui a pitié, à la vérité, des cris et des soufflranoes de son malade, mais qui, malgré ses cris, coupe jusqu'au vif tout ce qu'il trouve de corrompu dans sa {daie : il n'est jamais pbis doux et plus bienfaisant que lorsqu'il parolt {dus sévère; et il faut bien que les afflictions nous soient utiles et nécessaires, puisqu'un Dieu si bon et \^8i dément peut se résoudre i nous affliger.

UestéçritfueJosqA, élevé aux premières places de l'Egypte, ne pouvoit presque s'empêcher de répandre des larmes , et senloit renouveler toute sa tendresse pour ses frères, dans le temps même qpti^êSwMi de leur parler plus durement, et qu'il Câgnoit de ne pMlesoonnottie : QuadadaUenoê duriàt iofiêtbaiur.i

OBS APFUCnONS. m

IUqmi9€funuttp€r, HjUrii ( Gtn. uu, 7,M). C'ertainai foe JésM- Gtarik iMNift cliliie. U Mi semUant, si ^^

oonpQttre ^|KH|0M» cohérUien etses frères : il nous frappe et non» traite doieoMnl, ooBuneées étrangers; mais cette cootrainte coûte à floo anioiir,et nepeut soatenir loog'-temps ce caractère de sévérilèi qoi M est ooaime étranger ; ses grâces yiemient bieatM adovdr ses coups; il se montve Mentit tel qu'il est^ et son amour ne tarde pas detrsbir cesai^arenoesderigneareideccdôres Quaù ad aliénas

durius loquebatur^ avertitque êeparumptr^ etfievU. Jugez si

les coups qui pariant d'une main si amie et si fayorable, peuvent n'être pas proportionnés à noCrefolMease!

N'accusons donc de nof impatiences ^t de nos murmures que la oorniptionet non p^s la foibksse de notre cœur, fies fiUes foitdes n'ont-elles pas autrefois dé6é toute la barbarie des tyraos 7 Des enfants, avanl même que d'aT(^ apprise soutenir les travaux de la vie, n'oni-ils pas couru avec joieairoBter les rigueurs de la j^us afteuse mort? Des vieiikffds, snocombantdèja sous le poids de leur propre corps, n'onl-ils pas senti renouveler leur jeunesse ccMosme celle de l'aigle, au milicâi des toarments d'un long martyre? Vous dtes foible! mais c'est cette foiblesse même qui est glorieuse à la fm et i la religion de Jésus-Christ; c'est pour cela même que le Seigneur vous a choisi, afin de Caire connoltre en vous combi^ la grâce est fdus forte que la nature. Si vous étiez né avec plus de force et de fermeté, vous ne feriez pas tant d'honneur à la puissance de la grâce s onattribneroità l'homme une patience qui doit être un don de Dieu : ainsi plus vous êtes foible^ plus vous devenez un instrument prpjnre aux desseins et à la gloire du Seigneur. Il n'a jamais choisi que des personnes foibles, (|uand il a voulu appesantir samain sur elles, afin que l'homme ne s'attribuât rien à lui-mêoie, et pour confondre, par l'exemple de leur fermeté, la vaine constance des sages et des philosophes. Ses disciples n'étoient que de foibles agneaux lorsqu'il les envoya dans l'univers, et qu'il les exposa au odlien des. loups. Les Agnès, 11» tuce, les Cécile, readoient gidre à Dieu dans leur foi* blesse ila force de sa grâce, et à la vérité de sa doctrine. Ce sont ces vases de terre que le Seigneur prend plaisir de briser, comme ceux de Gédéon, pour faire échtcar en eux, avec plus de magnificence, la lumière et la jouissance de la foi;ct si vous entriez dans les desseins de sa miséricorde et de sa sagesse, votre foiblesse, qui justifie à vos yeux vos nuirmures, feroit la plus douce consolation de vos peines.

Seigneur, Im diriez-vous tous les jours , je ne vous demande pas cette raison orgnriUeuse qui cherche, dans la gloire de souffrir con^ etamment, toute la consolation de ses peines; je ne vous demande pas cette insensibilité de cœur^ ou qui ne sent pas ses maux, ou qui les méprise : laïssez-moi^ Seigneur, cette raison foible et timide, cq * tendre et sensible qui parolt si peu propre à soutenir ses tri

m DEUXIEME DIllÀÀGttfi D» t'AVENT.

Imktiônsét M péineb ; aiigméAtei MdenMI r<m eensûtottatt eltoi gr»oc8) pluà je paroltrai fUble floxyéux «tes hotnam, plos ^«ii»pt»' rottrez grand dans ma foiUesse; plos les enfants da aiède admire* ront la puissance de la foi, qni scnle peut flerer les âmes les plus fotbles et les plus timides à ce point de constance et de fermeté oà' tonte la philosophie n'avoit jamais pu atteindre , et tiror leur force de leur foiUesse môme. Premier prétexte, pris dans la foiblesse de Phomme, confondu ; il faut découvrir rûlnsion du second, qu'on tiré de Teicés et du caractère des aflBicfions eUea^mèmes.

Kkfi n'est plus ordinrire aux peraonnea que Dieu a8Bge, que de justUier leurs plaintes et leurs murmures par l'eioès et le caraclôra de leurs afflictions mômes. Nous Toutons toujours que nos croix ne ressemblent point i ^dVz des autres; et, de peur que Pexemple de leur fermeté et ic leur foi ne nous condamne, nous cherdions des (Blérenoes dans nos malheurs pour justifier celle de nos dispositions et de notre conduite. On se persuade qu'on poMeroil atec résigna*» tion des croix d*une autre nature, mais que celles dont le Seigûeur nous accable sont d'im car^'^tére à ne recevoir aucune consolation , que plus on examine ce qui se passe parmi les hommes, plus on trouve* son malheur singulier, et sa situation presque sans exemple; et qu'il est difficile de conserver la patience et rc;^lité dans utf état où le hasard parott wolr rassemblé pour nous seuls mille circonstances dè^ 8olante8,qui ne s'étoient jamais trouvée, auparavant pour les autres.

Mais pour ôterà Tamour-propre une si ^'^ible défense, et si indigne de la f<ri, je n'aurois qu'à répondre d'abord : que plus nos afflictions MUS paroissent extraordinaires, moins nous Vevor<( croire qu'A y entre du hasard ; plus nous devons y découvrir les ordres secrels o( impénétrables d'un Dieu slngulièren^ent attentif sur notre destinée ; plus nous devinîns présumer que, sow des événements si nouveaux , il cache sans dont des .ucs nouvelles et des desseins singuliers de miséricorde ^ur notre ame; vins nous devons nous dire h nousmêmes qu'il ne veut d^ ne pas nous laisser périr ayer h multitude , qui est le parti des réprouvât , pn^ifi' il iou3 c^^n^ par des voies si singulières et si peu battues. Cette singularité à maD'âurs doit être aux yeux le nolrv foi nne distinction qui nous console : il a toujours condititles nens, en 'Uiti^red'aiJictions, c: nme sur tout le reste, par ies voies aouvcU rs c extraordinaire^. Quelles aventures tristes et surprenantes Jans 1^ vie d'^n Noé . i'ur Lot, '^'un Joseph, d'un Moïse, d'un Job . huîvc-: C. siéde ^u siècle Thir oire dci Justes, vous y trouverez toujours , dans . » t. .itrau'ictions lui les ont ^^ rouvés, je ne sais quoi d'incroyable et de t^^gulier, -^^ a m^^e révolté, depuis , la crédulitw les &i?es suivants, ans! . m. 'm v^s affictions ressemblent a, celles des autres bennes , pLis vous devez les regarder comme les afflictionc des élus :'i 1>ica • TUcs sont marquées dd

DES AFFUCnONS. ••

MMière des Justes; dles entrent dans cette tradition de ealamUés ringolières , qoi forment leor histoire depuis le connnenoenient des siècles. Des batailles perdues, lors même que h victoire nous paroissoit assurée , des villes imprenables tombées h la présence seule de nos ennemis; dn états et des provinces conquises sur nous ; un ix^ume, le plus florissant de TEurope, frappé de tous les fléaux que Dieu peut verser sur les peuples dans sa colère ; la cour remplie do deuil, et toute la race royale presque éteinte : voilà , Sire, ce que le Seigneur, dans sa miséricorde , réservoit à votre piété, et les malheurs ailiers qu'il vous préparoitpour purifler les prospérités d'un règne le plus glorieux dont il soit parlé dans nos histoires. Les événements pompeux et singuliers qui ont partagé toute votre vie vous ont rendu le plus grand roi que la monarchie et les autres na« tions mêmes aient jamais vu sur le trône ; la singuhyrité des événe* menls malheureux dont Dieu vous afllige ne sont destinés, par la 80u« mission et la constance chrétienne avec laquelle nous vous les voyons soutenir, qu'à vous rendre un aussi grand saint que vous avez été mi grand roi. 11 felloit que tout fftt singulier dans votre règne, les prospérités et les malheurs, afin que rien ne manquât à votre gloire devant les hommes, et à votre piété devant Dieu. Cest un grand exemfde que sa bonté préparoit à notre siècle.

Et voilà , mon cher auditeur, de quoi vous instruire et vous eoB« fondre en même temps. Vous vous plaignez de l'excès de vosmalhevi et de vos peines : mais regardez au-dessus de vous , et voyez si le sujet est excusable de se plaindre et de murmurer, tandis que le maître, encore moins épargné, est soumis et tranquille. Pins Dieu vous affige , plus il vous aime , plus il est attentif sur vous. Des malheurs plus ordinaires auroient pu vous paroltre les suites de causes purement naturelles ; et quoique tous les événements soient conduits par les ressorts secrets de sa providence, vous auriez pent* être eu lieu de croire que le Seigneur n'avoit pas de vues partleu- Hères sur vous , eu ne vous ménageant que certaines aflictions qui arrivent tous les jours au reste des hommes. Mais dans la situatioo accablante et shigulière où il vous place , vous ne pouvez plus vous disrimuler à vous-même qu'il n'ait les yeux sur vous seul, et que vovis ne soyez l'objet singulier de ses desseins de miséricorde.

Or, quoi de plus consolant dans nos peines? Dieu me voit; il compte mes soupirs, il pèse mes afflictions, il regarde conkr nés larmes , il les rapporte à ma sanctification étemeUe. Depuis qu'il a appesanti sa main sur moi d'une manière si singulière, et qu'il semble ne me laisser plus ici-4)as de ressource , je commence à devenir un spectacle plus digne de ses soins et deses regards. Ah! si je jouissais enoored'unêsituation heureuse et tranquille, il n'anrDitplusIesyeus sormoi: il m'oublieroit, et je serois confondu devant tari avec laal d'antres qui vivent hetifettxsur la terre. AimaUea souflkraiMesy fÉli «■» privant de tous les secours bumahis, me rendent maaXMfil U. 1. »

dé. D£UXIÉMB 0IAUNGHC DE LAVENT.

ea fûDiroiûqiie retsooroedeiiiespeiiifis! prédeiuesafllictjious,^, en me faisanl oublier des créftlores , fooi que je doTÎeiis l'objet coo- Umiel dafloayeoir et des miséricoFdes de moft Seifsneur!

Jepoorrois tous répondre, en second lieu, qae descalamités an* raunesetpassagteesn'anroieBtréveillé notre foi que pournn instant. Nous aurions bientôt trouvé dans tout ce qui nous environne mille ressources qui nous auroient fait oublier cette légère infortune : les plaisirs, les consolations humaines, les événements nouveaux que la ligure du mondeoSresansœsse à nosyeux, auroient bientôt diarmé notre tristesse, nous auroient bientôt rendu le goût du monde et de ses vains^amusements ; et notre coeur , toujours d'intelligence avec tous les objets qui le flattent, se seroit biaatôtlassé de ses soupirs et de sa douleur. Mais le Sagneur, en nous ménageant descliagrins oo la religion toute seule peut devenir notre ressource , a voola mma interdire tout retour vers le monde; il a voulu mettre^ entre noire foOdesseetnous, une barrière que ni le temps, ni les événements» ne pussent plus ébranler ; il a prévenu notre inconstance en nous rendant nécessaires des précautions qui peut-être ne nous anroieiit pas toujours paru également utiles. Il lisoi t dans le caractère denotre OGonr^ que notre fidélité k fuir les périls et à nous séparer du monda n'iroit pas plus loin que notre tristesse ; que le même moment qui nous verroit consolés nous verroit cbangés ; qu'en oubliant nos dmgriBS,BOusaurions bientôt oublié nos râolutions saintes; et que des afflictions passagères ne nous auroient faitsque des Justes passagers, n a donc établi la durée de notre piété sur celle de nos souflhranoea t Il a mis des peines fixes et constantes, pour garants de la constance de notre foi; et, de peur qu'en laissant notre ame entre nos mains, nous ne la rendissions encore au monde, il a voulu la mettre en s4» reté en l'attachant pour toujours au pied de la croix. Nous sentonp bien nous*mémesqu'ilnousfaIloitun grand coup pour nous révéDler de notre léthargie ; que les afflictions légères d<mt le Seigneur s'étoil jusque là servi pour nous visiter n'avoient été pour nous que des leçons foibles et impuissantes, et qu'i peine nous avoitrû Grappes, que nous avions ouUié la main qui nous avoit fait une plaie si satotalre. De quoi me plaindrois-je donc, 6 mon Dieu? Fezcès que je trouvedaBStnes pdnes estunexcèsde vos miséricordes. Je ne pense pas quemojns vous épargnez le malade, plusvousavancezlaguérison doses maux,et que la rigueur de vos coups fait toute Tutilité, t .nie la sArelé de nos peines. Gesera donc désormais ma plus douce conso* lation, Seigneur , dans l'état affligeant oà votre providence m'a piaeé , de penser que du moins vous ne m'épargnes pas, que vous masures vos rigueurs et vos remèdes sur mes besoins,et non pas sur mes désirs; et que vous a ves|dus d'égard i la sAreté de mon salut qnfàFiqusIioe de mes|dafaites : JEk hmc mUUêitconiolatio^ ^.ofjbsMfinajMorw^iiois/Mims^C Jos, viv 10).

* l»>SMH0is vous répftndre encore : Entres en jugement aves. le

DES AFPUGTIOIÎ&

Scjgoeiir, TOi»i|aiToii8pIiiigiiecder«C€èsdevvM| dansonebaliuice, d'un o6té vos crimes, de l'aiitrBTOftaflliciîoWi nesiiTeila rigneor de ses ch&timents sur réDonuité de ▼osoUfinsm oMDporez ee qae tous souffrez avec ce fœ tous mérites de sonflriri ▼oyez si vos peines voot aussi loin que vos plaisirs insensés l'ont élé| ri la Tiradté et la dnrée de vos douleurs répond iodledeyosYO hqités probnes; sir état de contrainte où vous viyci égalelalioenon el régarement de vos premières moeors; si la privation. des«véatiH res, que tous souffrez, répure l'usage injuste que tous en «tsi lait aotrdbis. Reprodiez hardiment au Seigneur son i^iusttce, si tos peines Tenqiortent sur tos iniquités : tous jugez de tos soctf» franoes par yos penchants, mab jugez-en par tos crimes. Quoil il n'y a pas eu peut-être un seul moment dans yotre yie mondaine qui ne vous ait rendu digne d'un malhNV étemel;et tous murmum contre la bonté d'un Dieu qui Teut bien changer ces ilaquneséler> ndlesque tous avez tant de fois méritées, en quelques peines rapides et passagères, et auxquelles même les consolations de la foi TOUS offirent tant de ressources I

Qodle injustice 1 quelle ingratitude ! Eh ! prenez garde, ame infidèle, que le Sôgneur ne TOUS exauce dans sa colère; prenez garde qu'il ne punisse tos passions en tous ménageant id-lias tout ce qui les faToriae; que TOUS ne soyez pas trouTé digne à ses yeux deces afflictions temporeUes,qu'il ne tous réserTO pour le temps desa justice et de ses Tengeances, et.qu'il ne tous traite comme ces Tio» times infortunées, qu'on n'orne de fleurs, qu'on ne méni^;e et qu'on n'engraisse aTec tant de soins, que parcequ'on les destine au sacrifice, et que le glaiTequi Ta les ^rger , et le bâcher qui doit les consnmer, est déjà tout prêt sur l'autel. U est terrible dans ses dons comme dans sa colère; et puisqu'il faut que leeriiae soit puni, on par dessupplices passagers id-bas, ou par des douleurs éternelles après cette rie, rien ne doit paroitre plus effirayant aux yeox de la foi , que d'être pécheur et de riTre heureux sur la terre.

Grand Dieul que ce soit donc ici pour moi le temps de tos Tengeances I et puisque mes crimes ne sauroient êtres impunis , hAtezvous, Seigneur, de satisfaire Totre justice. Plus tous m'épaignerez i :i-bas , plus tous me parottrez un Dieu terriUe, qui ne Teut point me quitter pour quelques afflictions passagères, et dont la col^e ne peut être apaisée que par mon infortune étemelle. K'écoutez plus les cris de ma douleur, et les plaintes d'un cœur corrompu, qui ne connott pas ses intérêts Téritables. Je déssToue, Seigneur, ces soupirs trop humains, que la tristesse de mon état m'arrache tons les jours encore ; ces larmes chamelles , que l'affliction me fiût si sou- Tent répandre en TOtre présence. M'exaucez pas les Vœux que je TOUS ai jusqu'ici adressés pour obtenir la fin de mes peines : acheyez plutM ds TOUS Tenger id-bas ; ne réserVez rien pouf cette éterailé terrttie, oà TOS diàtiments seront sans fin c« sans metpre. Soutenez

tr DEUXIEME BIMANCHE DE LAVENT.

l MR foiUesie ; et eo répaodaat des ameriumcs sur ma vici 088 grâces qui consolent, ei qui dédommagent avec tant BUT aflUgé.

A tontes ces vérités si consolantes pour une ame affligée, je pourrois encore ajouter y mes Frères, que nos peines ne nous paroisscut eseessif es que par Texoès de la corruption de notre cœur ; que c*cst la Tifaeitéde nos passions qui forme celle de nos souffrances ^ que nos perles nedevienaent si douloureuses que par les attachements outrés qui Aods IMent aux objets perdus ; qu'on n'est tivement affligé que lorsqift'oa étoit trvement attaché ; et que Texocs de nos afflictions est toujours la peine de l'excès de nos amours injustes. Je pourrois ajouter que tout ce qui nous regarde, nous le grossissons toujours ; ^fÊê cette idée même de singularité dans nos malheurs flatte notre «anité, en même temps qu'elle autorise nos murmures ; que nous ne roidons jamais ressembler aux autres; que nous trouvons une manière de plaisir secret k nous persuader que nous sommes seuls de notre espèce : nous voudrions que tous les hommes ne fussent occupés que de nos malheurs, comme si nous étions les seuls malheureux de la terre. Oui, mes Frères, les maux d'autrui ne sont rien h nos yeux : nous ne voyons pas que tout ce qui nous environne est presque plus malheureux que nous; que nos afflictions ont mille ressources qui manquent à bien d'autres ; que dans des inflrmités habituelles nous trouvons , dans l'abondance des biens , et dans le nombre des personnes attentives à nos besoins, mille consolations refusées à tant d'autres malheureux ; que, dans la perte d*une personne chère, il nous reste, dans la situation où la Providence nous a placés, mille endroits qui peuvent en adoucir Famertume ; que, dans des dissensions domestiques, nous retrouvons dans la tendresse et dans la confiance de nos amis les douceurs que nous ne saurions trouver parmi nos proches; que, dans une préférence injuste, l'cs- Hme du public nous venge de l'injustice de nos maîtres ; euGa , que nous trouvons milledédommagements humains à nos malheurs ; et que si Ton mettoit dans une balance, d*nn côté, nos consolations, de l'autre , nos peines , nous verrbns qu'il reste encore dans notre état plus de douceurs capables de nous corrompre , que de croix propres à nous santifier.

Aussi, mes Frères, il n'est presque que les grands et les heureux du monde qui se plaignent de l'excès de leurs malheurs et de leurs peines. Des infortunés, qui naissent et qui vivent dans la misère et dans Faccablement, passent dans le silence, et dans l'oubli presque de leurs peines, leurs jours malheureux ; la plus petite lueur de soulagement et le repos leur redonne la sérénité etlallégresse; les plus légères douceurs dont on console leurs peines les lear fon^ ouMIer ; un moment de plaistr les dédommage d'une année entière de souffrances ; tandis qu'on voit ces âmes heureuses et sensuelles , nmBleade leur abondance , comptier comme un malheur inouï un

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