DÉLAI DE LA CONVERSION
4Mt flMdsrf TOUS souhaitef d'avoir la foi ; si tous croyet que rieD n'est ptai heiDreiix que d'être yéritaUement convaincn des Térités do safait et de l'iliosioii de tout ee qai se passe ; si tous enviez la destinée des âmes qoi sont parvenues à cet état souhaitable ; si cela est , vmlà donc la foi que vous attendez, et que vous eroyez avoir perdue. Que vous faut-il eonnoltre encore de plus pour finir une vie crimtndle, que le bonheur de ceux qui en sont sortis pour travafller à Isar salut? Vous dites que vous souhaiteriez avcir la foi : mais 1 vous l*avti( dès que vous la croyez digne d'être souhaitée ; do moins l vous en avez assez pour oonootti^ que le pins grand bonheur de rhomme est de tout sacrifier à ses promesses. Or les âmes qui reviennent tous les jours à Dieu n'y sont pas attirées par d^autres lumières ; les Justes qui portent son joug ne s<Hit passoutenos et animés par d'autres vérités * nous-mêmes, qui le servons , n'en connoissons pas davantage.
Cessez done de vous séduire vous-même, et d'attendre ce qoevous avez déjà. Ah ! ce n^est pas la f<^ qui vous manque, c'est la volonté } de remplir les devoirs qu'elle vous impose ; ee no sont pas vos doutes J qui voosarrétent, ce sont vos passions. Vous'ue vous connofasez pas ' iroos-même, vous êtes bienaisede vous persuader que Vous manquez de foi, parce que œ prétexte que vous opposez ftk graœ est moins hanoffliant pour l'amour^propre, que celui des vices honteux 4|ni vous relf«inent. Mais remontez à la source; v^ doutes ne sobt nés que de vos dMglements : réglez donc vos mosirs, et ià foi né vous offlrira ]tes rien que^de certain et de oonsolailt; soyez chaste^ podiqoo, tempérant, et je vous réponds detafoi que vous croyez avoir perdue ; vivez bien, et ii ne vous en coûtera ^usrien de crob^. Et une preuve que je >voos dis vrai, c'est que si, pour revenir à Dieu, 3 ne devoit vous en coûter que de sonneltre votre raten à des mystères qui nous passent ; si la vie etarétienne ne vous oflMl point d'autres difficuItésquecertainescontradictionsappârenle8,qB'il faut croire sans les pouVOfar Comprendre; si la foi ne proposott point de devoirs pénibles à remplir; si, pour changer dévie, il ne ftdkit pas renoncer aux passions les plus vives et aux attadiements les plus chers; sicféloit ici une affiiire parement d'esprit et de croyance, et quels CQBUV et M penchants n'y souflHsBedt rien, vous n'auriez plus de peina à voua rendre : vous regarderiez commodes insensés ceux qui mettrolent en bahnoe des difRcnltés de pure spéculation^ qu'il s'en eoAlerian decroire, avec uneétomité malheureuse qui, an fondy peut devenir le partage des incrédules. La foi ne vous paroit donc difficile que parceqifelle règle les passions, et non parce qu'elle proposedes mystères. C'est donc la sainteté de ses maximes qui voua révdte , plutôt que l'incompréhensibilité de ses secrets : vous êtes donc corrompu; mais vous n'êtes pas hicrédule. > Et en eflet , malgré vos doutes prétendus sur la foi , vous senlei qnal'incrédfililé dédarée est nu parti affreux ; vous nfoseriesvoaa
06 TROlfiifiîtfE DIMANCHE DE L'AVENT.
j fixer : c'est qq saUe moiuvant sons lequel tous enlreyoyei iQ.O)te précipices qui vous font horreur, où vous oe trouvez point dè'cousisl^nce, el^ oà vous n'oseriez marcher d'un pied ferme el assuré. Vous dites tous les jours vous-même qu'on ne risque rien en se donnant à Dieu ; qu'au fond ^ quand il ne seroit pas si certain qu'il j anroi t quelque chose après cette vie , Taltemative est trop affreuse pour ne pas prendre des mesures ; et que , dans une incertitude même effective des vérités de la foi , le parti de l'homme de bien sccoit toujours le plus sûr et le plus sage. Votre état est donc plutôt une irrésolution vague d'un <'GBur agité, et qui craint de rompre ses chaînes, qu'un culte réel et effectif sur la foi, et une crainte que vous Oe. perdiez vos peines en lui sacriGant vos plaisirs injustes : vos incertitudes sont donc plutôt des efforts que vous faites pour vous défeqdre contre un reste di* foi qui vous éclaire encore en secret, qu'une marque que vous l'ayez perdue. Ne cherchez donc plus à vous convaincre; travaillez plutôt ii ne plus combattre la conviction intérieure qui vous éclaire, et qui vous condamne. Revenez à votre cœur, réconciliez-vous avec vous-même, pissez parler une conscience qui plaide encore sans cesse au dedans de vous pour la foi, contre vos propres dérèglements} en uu nM>t écoutez-vous vous-mêine, et vous serez fidèle.
. Maison convient, direz*vous, que s'il ne falloit que croire, iln'en ooAteroil pas^ beaucoup. C'est ici un second prétexte des pécheurs qui diffèrent : c'est la grâce qui manque , et Ton attend ; la ccmversion n'est pas l'ouvrage de Thomme, et c'est à Dieu seul à changer lidCflBur* Or je disque ce prêtez te, si vulgaire, si souvent répété dans le monde, est dans la bouche presque de tous ceuz qui vivent dans le crime : si nous considérons le pécheur qui l'allègue , il est injuste ; si. nous avons égard è Dieu à qui il s'en prend, il est téméraire et ingrat ; si nous l'examinons en lui-même, il est insensé et insoutenable.
Premièrement , si tiotisoonMdérons le pécheur qui l'allègue, il est injuste ; car vous V(his peignez que IHeu ne vous a pa&cncOre ti>ucbé, que vous ne sentei aucun g«>ûl pour la dévotion , et qu'il faut attendre que le goût vienne pi>ur changer de vie : mais , plein de passions comme vous êtes, êtes -vous raisonnable d'attendre et d'exiger que Dieu tous fasse sentir un grand goût pour la piété ? Vous voulez que votre cœur, encore plongé dans le desordre, sente les doucetu^ et les attraits chastes de la vertu ! Vous ressemblez à on homme qui ne se nourriroit que de fiel et d'ahsinthe* et qui se pbindroit après cela qu'il miuve tout amer. Vous dites que c'est à Dieu à vous donner du goûl pour son service , s'il veut que vous, le serviez, vous qui abrutissez ton» les jours voln* «Mpor par des excès indignes, vousqlil mrttez tous les j<inrs un nouveau chaos entre Dieu et vous par de nouveaux dérèglements ; vou» rûun, qui aàhevex d'étdndre tous les jours dans votre ame, par da ooarellef
DÉJja DE lA CONVERSION. M
débancliet, oeç seDUmenta mêmes de verta naturelle, œa improfisioiia heureosea iTbàiooeiice et de régularfté nées avec tioiia, qtii aurolent pa aenrir à Youa rappeler i b Tertu et à h juaticel O homme, n'Mea^oQs doiic Injuste que lorsqu'il s'agit iTaocuaer là sagesse et la jualice de votre Dieu?
Maia je dis'plus : quand Dieu opèreroit dans rùbte cœur ce goAt el oea sentiments dé salut que vous attendez , (fissolu et corrompu oomme vous êtes, sentiriez-vous seulement l'opération de sa grâce? Quand il vous àppdlèroit, rentendriea-vous, dissipé comme vous êtes par les plaisirs d'une vie toute mondaine ? Quand & vous toncfacroit, ce sentiment degraceàuroit-U quelque suite, pour votre conversion, èCeiiit qu'il serait d'abord par b vivacité et Femportemenl des pas* siona profaaea? Et, en effet, il opère encore dans votre ccBur, ce Dieu plein de longanimité et de patience ; il Irépand encore au-dedans de TOUS les ricbeases de sa bonté et de sa miséricorde. Âh ! ce n'est pas sa grâce qui vous manque; mais vous la recevez dans un cœur, si iMn de corruption et de misère, qu'elle n'y fait rien, pour ainsi dire, qu'elle n'y excite rien : c'est une étincelle de feu qui tombe dans un abîme de boue et de puanteur, et qui s'éteint dans le moment même qu'elle est tombée.
Rentrez donc en vous-même, mon cher auditeur, et comprenes toute l'injustice de vos prétextes. Tous vous plaignez que Dieu voua manqué, el que vous attendez sa grâce pour vous contenir; maia est-il un pécheur dans la boudie de qui cett<^ plainte soit p^us injuste que dans la vôtre? Rappelez ici tous le cours de votre vie, suivei dqNiis le premier âge jusqu'aujourd'hui. Le Seigneur tous âvolt prévenu dès votre enfance de ses bénédictions » Q avoit mis en voiu un naturel heureux, une ame bonne , et toutes les inclinationa tes plus favorables à la vertu; il vous avoit ménagé, dans l'enceinte même d'une famille, des secours et des exemples domestiques de foi et de piété. Lès miséricordes du Seigneur ont été encore plus loin t 0 vous a préservé de mille périls ; il vous a fait survivre à des occasions où les malheurs de la guerre ont vu périr àvoa c6tés vos amis, et peut-être les complices de vos d&ordres; ^ n'a pas épargné, pour vous ramener à lui, les afflictions, les dégo&ls et les disgrâces; il voiis a enlevé les objets criminels de voa passions, dans le temps que votre cœur y tenoit plus fortement; Q a conduit votre destinée avec tent de miséricorde , que vos passions ont toujours été traversées de mille obstacles, que vous n'avez jamais ('U parv(»iir à l'accomplissement de tous vos souhaits criminels, et qu^il a toujpurs manqué quelque chose à votre bonheur injuste ; il vous a formé des engagements et des deyofars sérieux, qui vous ont imposé malgré vous Tobtigation d'une vie sage et réglée devant les bpmtioes; il h a pas permis que votre conscience se soit endurcfe ^ns le déréglonent, et vous n'avez jainais pu réqssir à cahner vos reoMirds, llàTimtnuQqplltedaQste.qrimeî.iU eQ.^jqarop yoiia
jf >
i8 lHOISIÊBfE blMAN CHE DE r AVENt.
■'ayei 8enU k Tide da iDOiide et llKxritàr de Yolra éui » au i^ ■ame de vos pUUn et de tos excès, la oonadenoe s'est rèydllée, et TOUS D'avea^ calmé vos inqoiétades secrètes qo'en voas piomeUanl un changemeot à Tenir. tTn Dieu juste et misArièordieiDi TOQS presse et TOUS ixNinait partout^ deimis que vods FaTe^ éQoiié:il ^est attaché à TOUS ^ dit on prophète, comme le Ter s*altacheaa vêtement, poorronger sans cesse votre cour, et tons hire de Vimportimité de sa morsw^on remède salntalse. A rhemreméme qne^ voQS parle, 0 opère an-dedans de voos, et ne met, dans ma bonche ses vérités sainles^et ne m'^voie id vous les annôneer,qoe povvoasrappderpeat-étrevoassenl. Qu'est donc votre vie tout entière, qu'un endialnement de grâces? Qui étes-vous vous-même, ^un atTant de dUedion et l'ouvrage des miséricordesduSeigneur? Injuste que vousêCes! et vous vous plaignez après cela que sa grâce vous manque, voussur qui seul leSeigneursemble jeter des regards smr la terre, vous dans le corar de qui fl opère si continuellemenl, comme s'il n'avoit que vous seul k sauver de tous les hommes, vous pour qui seul il semble ménager la plupart des événements qui arrivent autour de vous ; vous, en un mot, dont tous les moments sont de nouvelles grâces, et dont le plus grand crime sera d'en avoir trop reçu, et d'en avoir toujours abusé l
Mais pour achever de vous confondre, sur quoi vous fondei-voàs pour nousdire que la grâce vous manque? Vous le dites, sans doute, parce que vous sentez qu'il vous en coûteroit trop, dansl'élat o& vous êtes, pour revenir à Dieu. Mais vous ciW€at.donc qu'a3BQlr la gnçey c'est se convertir sans qu'iT en collent, saiy g u*ouse hsse^ aucâôê liolence j sans s'en aperccvpir prAsg^^g" |ahl-mginp?" Vnna croyez donc qu'avoir là grâce, c'est n'avoir plus de passionsli com* battre, plus de chaînes à rompre, plus de tentations à surmonter; /que c'est renaître par la pénitence, sans pleurs, sans douleur, sans { difficulté ? Ah ! Je vous réponds que sur ce pied-là vous ne l'aurea jamais, cette grâce i^Jiiin^^qpft . car il vous en coûtera toiqours pour vous convertir ; il faudra toujours , quelle que puisse être la grâce , faire des efforts héroïques, réprimer vos penchants, vous arracher aux objets les plus chers, et sacrifler toutoe qui vous captive encore. Voyez s'il n'en coûte rien à ceux qui reviennent tous les jours i Dieu ; et cependant ils ont la grâce, puisque c'est elle qui les délivre et change leur cœur. Informez-vous d'eux si la grâce aplanit tout^ facilite tout, ri die ne laisse plus rien à souffrir à l'amour-propre. Demandei-leur s'ils n'ont pas eu mille combats à soutenfar, mille obstacles à vaincre, mille passions i modérer^ et voussaurezri avoir la grâce, c'est se convertir sans y mettre rien du sten. Vojei s*ll neo coûta rien autrefois à Augustin : quels efforts pour s'arracher à sa boue, pour rompre la chaîne de fer qui lioi t sa volonté rdwIM it en quel cosqr la grMe opèra4^elle jamais avec ploi
DÉLAI DE lA GOJNYERSION. ti
ip^iblft^nn baptême laborieux^oneBlànlemeat dotilooreux, VM Tktoire qui suppose dea oombats et des fatigaes. La graoe les •douflil^ je l'aTooe, mais eUe ne fait pas qu'on n'ait plus à oomkattef et fii^ pour changer de Yie^ vous attendez une grâce de cette! natoniy je vous dédare qu'il n'y en eut jamais , et que c'est être rè- \ aohà de périr^ que d'attendre si follement son salut et sa délivrance. } Mais si le prétexte du déCetut de la grâce est injuste du côté dn pécheur qui l'allègue, il n'est pas moins tànéraire et ingrat par rapport ii Dieu, à qui il s'en prend- Car vous dites 4ue Dieu est le matlre, et que, lorsqu'il voudra de^ voBS, il saura bien vous trouver. C'est-à-dire que vous n'avez qu'à 1 le lateo* faire tout seul, el que, sans que vous vous mettiez en I de votre salut, il saura bien, quand il voudra, changer votre r ;.c'esl-4-dire que vous n'avez qu'à passer agréablement la vie daoslesi^sirs et dans le jGxlpieet que,8ansque vous vpus en mêliez, sans y .penser 8eulement,aans apporter, à la conversion que vous attendez, d'autres dispositions qu'une vie entière <de désordres et de résistancçs.étemeUes h sa grâce, il 0aura bieo vous prendre quand soamomeol. sera venu; c'^-à-dire que votre salut, cette grande afbire, cette unique afTaire que vous avez s^r jia terre fJt^esLflus vc4red8Eaire, et4pieleSeieneur,qui ne vous a donné à/x)nduire que odl0-là,7qm vous ordonne de la préférer à toutes Jes autres, de les négliger tontes pour vaquer à celle-là toiite seulis, vous en a pourtant absolument déchargé, pour la prendre tout^ entière sur lui seuLMontrez-nousdonc cette promesse dans quelque nouvelEvauTi ; gHe; car vous savei qu'on ne la trouve pas dans celui de Jésus-^ Christ. Le pécheur, dit un prophète, n'a rien que d'insensé à répon-^^ dre pour se justifier, et son cœur prend de mauvaise foi le parti de ses crimes contre Dieu même : Stukuf Jatua loqueiur, et cor ejuMfadU iniquitaiem, utperficiat simulationenif et ioquatur ad DomimumfraudukiUtr ( Is., xxxii , 6 ).
Enfin, ce prélexte est insensé en lui-même. Car vous dites que la grâce vous manque \ je vousai déjà réponduque vous vous trompez ; que, si vous êtes de bonne foi , vous devez reconnoltre que la grâce ne vous a pas manqué $ que vous avez ressenti plus d'une fcMs ses impressions salutaires \ qu'elle auroit triomphé de vos passions , si votre dureté et Fimpénitence de votre ccsur n'y avoient toujours opposé une résistance opiniâtre; que Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés, qui n'a tiré du néant des créatures raisonnables qu'afin qu'elles le louent, le bénissent, le glorifient i en un mot, qui ne nous a faits que pour lui, vous a ouvert à vous , mon cher auditeur, comme à tant d'autres pécheurs, mille.voies de conversion qui vous auroientamenéinfailliblemeutdansledroitcbemin^ si vous n'avia pas fermé l'oreille à sa voix lorsqu'il vous appeloit U graœ vous manque , dites-vous : eh bien l que prétendea-voua par-là ? Sevoil-ee de donner à entendre que Dieu qui est noire pén^
100 TAOISIÈME BlMAKGHfi DE L'AVBMT.
eidoDt nous sommes les enfiinls; quia pour iioiisuiieafliac(ioD<iiii' surpasse infiaimeiitceiledelaiiièrelapluslendrepouruii fibmiique, qu'un Dieu si bon nous laisse , faute de secours, dans Timpossibiliié de faire le bien? Mais pensez- vous qu'un lel langage seroit un blasphème contrôla sagessede Dieu, et la justification de tous les crimes? Ignorez-vous donc que quelque plaie qu'ait faite à notre liberté la chute d'Adam, elle nous Ta pourtant encore laissée ; qu'il n'y auroit plus de lois ai de devoirs imposés à l'homme, s'il n'avoit pas le pou* voir réel et véritable de les acoom|dir ; que la rdigion, loin d'être un secours et une consolation, ne seroit plus qu'un désespoir et un piège; que si, malgré tous les soins que Dieu a de notre salut, nous {térissons, c'est toujours la faute de notre volonté , et non pas le début de sa grâce; que nous sommes tout seuls les auteurs de notre perte et de nos malheurs ; qu'il n'a tenu qu'à nous de les éviter; et |ue mille pécheurs,n'ayant pas plus degracesetdesecoursquenous, ont rompu leurs cbalnes, et rendu gloire à Dieu età ses miséricordes par une vie toute nouvelle?
Mais quand ces vérités de la foi seroient moins sûres, et qu'il seroit vrai , mon cher auditeur, que la grâce vous manque, il seroit donc vfai que Dieu vous a abandonné tout & fait , que vous êtes marqué d'un caractèrede réprobation, et que votre état nesauroit être pire. Car, n'avoir point de grâce, c'est la plus terrible de tontes les situations, et le pt^ugé le plus certain d'une ccmdamnation étemelle. Et cependant c'est eetle pensée affireuse elle-même qui vous rassure , oui justifie à vos yeux votre tranquillité dans le crime, qui vous fait différer votre conversion sans trouble, sans remords, qui sert même d'excuse à vos désordres : f'/aH-^îra fllWr Y^IW ^Hffl P^' 'f^ ^^^ point avoir, cette^pyce prédense ; que vous vous dilesaveccomplalsance à vous-même : Dieu ne veut point encore de moi ; je n'ai qu'à vivre, <ai attendant, tranquillement dans le otme; sa grâce ne viendra pas ena»^ si tôt : c'est-à-dire que vous ne la souhaitez pas, et que vous seriez même fâché qu'elle vtnt rompre des chaînes que \ vous aimez encore N'avoir pas la grâce devroit être pour vous le I motif le plus efrayant, le plus puissant, pour sortir de votre état V déplorable, et c'est le seul qui vous calme et qui vous arrête.
D'ailleurs, plus vous différez, mofais vous en aurez de grâce $ car, plus vous différez, plus vos crimes se multi plient, plus Dieu s'éloigne de VOUS: ses miséricordes s'épuisent, ses moments dindulgenoe s'écoulent, votre mesure se remplit, le terme lerriMe de son indignation approdie ; et s'il est vrai que vous n'ayez pas aissez de grâce aujourd'hui pour vous convertir , vous n'en aurez pas assez dans qudque temps pour comprendre même que vous ayez besoin de conversion et de pénitence.
€e n'est donc pas à la grâce qu'il faut vous en prendre, c'est à vous-même. Augustin, dans ses foibles désirs de conversion, s'en prenott-fl an Seigneur, du délai de sa pénitence? Afa ! il n'en cher^
DÉLAI DE LA CONVERSION. lOi
dnit pas la nison ailleurs qoedana la foiblesse et le déréglemeot de 80D ooBar, Je Iralnois^ dit-il lai^mème, un cœur malade et déchiré de remords, n'accasaDt que moi seul de mes malheurs, et des délais qpe j'apportoisà une vie nouvelle. Sic œgrotabam^ et excruciabar^ aceusans memedpsum ( Cof^fess.^ L viu , ch. u» n. 1 ). Je me roakris dans mes propres chaînes sans faire aucun effort, comme siéUea ay<de&t dû se rompre d'elles-mêmes : Folvensac^enamme in ffinculomeOy donec abrumpereiurtoium(Ibid,). Pour vous, Seigneur, TOUS ne cessiez de châtier mon coeur par des amertumes secrètes, y qpérant sans cesse, par une sévérité miséricordieuse, des remords cuisants qui trouMoient toute la douceur de ma vie : £t instabas tu in occultis meiSy Domine ^ severâ mUencordid flagella ingeminos timonêetptulons{Jbid.). Cependant les amusements du n^nde, que j'avois toujours aimés et .que j'aimois encore, me retenoient ; Retînebant me nugœ nugarmn anliquœ andcœmeœ {Ibid.^ L xiii, ch. Il 11.26} s et ils me diM>ient tout bas : Yousallez donc renoncera tous les plaisirs 7 Dimiuisne nr^ ( Ibia. ) ? Dés ce moment vous ailes dire' adieu pour toujours à tout :^qui a fait îusqu*ici toutTagrément de votrr vie? A * ftentois^o, no* ennuu tecuni ulirâ in œtemum (Ibid.)? QlwI 2 désorr lA'' hi vous sera ^^us permis de voir les personnes qui vo;is ont él^ ic<t plus chères il faudra vous séparer de vos amis de plaisir*, v/^os ha* jt oe leu'-- issemblées, vous interdire les joies les plus irnocentes, et ^^ 'tes les douceurs de hi société? AmamentoisiOynoni aiiceb* locetlli 'ultra in œtemum(Ibid»)? Mais croyez-vous jouvoir soutenir l'ennui d'une vie si triste, si vide, si unie, si différente f^e celle que vous avez jusqu'ici menée? Puiasne sine istispoteris ( Confess., l vin, ch, ti, n, 26.)?
Yoilà où ce pécheur, à demi touché, trouvoit les raisons desesdélais et de ses résistances, dans hi crainte de renoncer à ses paasioiiBi et de ne pouvoir soutenir la démarche d'une nouvelle vie, et non dans le défaut de la grâce : et voilà précisément où vous en êtes, et œque vous dites tous les jours en secret à vous-même.
Car, après tout, supposons que la grâce vous manque, qu'es eondœi-voas? Que les crimes où vous vous plongez tous les jours, si la mort vous surprend dans cet état déplorable, ne vous damneront pas ?Vous n'oseriez le dire. Que vous n'avezqu'à vivre tranquilledans ▼oadésordre8,eiiaUendautqueDieu voustoucheetquelagrace vous soit donnée? Mais il est extravagant d'attendre la grâce, en s'en ren- ^ ? dantious les jours indigne. Que vousn'étespascoopabledevantDieu j ; du délai de votre conversion, puisqu'elle ne dépend pas de vous? / Mais tous les pécheurs qui différait et qui meurent impénitents seroient donc justiflés, et Tenfer ne seroit plus que pour les Justes qui seoonvertissent ?Que vous ne devez plus vous occuper de votresalut ; et le laisser au hasard, sans vous en mettre en peine ? Mais c'est le parti du désespoir et de l'impiété. Que le moment de votre converakm est marqué, et qu'un peu plus on un peu moins dedéréf^nenl
ins TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT.
ne raTaïuxra cm ne le recalera pas â^xm instant? Mais roos n^gmi donc qu'à yons percer le ccear d*nn glaive, oaTons aller précipiter an milien des ondes, sons prétexte que le moment de votre mort est marqué, et que cette témérité ne le hâtera et ne le retardera pas d*Qn seul instant. O homme , s'écrie TÀpôtre en vépondant à la fo* lie et à l'impiété de ce prétexte, est-ce ainsi que vous mépriseï les richesses de la bonté de votre Dieu ? Ignorez- vous qoesa patience à souffrir tos désordres , loin de les autoriser, doit vous rappeler ft la pénitence? et cependanlc^estsa longanimité n»ftme qutvoagiajs-
^ surç.dMsIgçriîh'e, et^'par Tendurcîssëmen^
' amassez un tî^hof abondant décolère pour le jour terrible qui vous surprendra, et où 11 sera rendu à chacun selon ses oeuvres.
La seule conséquence sensée qu'il vous seroit donc permis de tirer, supposé que la grâce vous manque, c'est que vous devez prier plus qu*ùn antre pour l'obtenir, ne rien oublier pour fléchir un Dieu irrité, et qui s*est retiré de votre cœur; vaincre par vos importunilés sa résistance ; éloigner , en attendant , tout ce qui Joigne sa grâce de votre cœur, lui préparer les voies , écarter tous les obstades qui Vous l'ont rendue jusqu'ici inutile, vous interdire les occasions où Votre innocence trouve toujours de nouveaux écueils, et qui achèvent àe fermer votre cœur aux saintes inspirations : voilà une manière chrétienne et sage de rendre gloire à Dieu, deconfesser qu'il est le seul mattre des cœurs, et que tout don vient de lui . Mais de dire, comme vous dites tous les jours, sans rien changer à vos moeurs désordonnées : Quand Dieu voudra de moi , il saura bien me trouver ; c'est dire : Jene veux point encorede lui; je puis encore me passer de lui; je vis heureux et tranquille ; quand il me forcera, et que je ne pourroi plus l'éviter, alors je me rendrai: mais, en attendant, je jouirai de ma bonne fortune, et du privilège qu'il m'accorde de ne pas me convertir encore. Quelle affreuse préparation à cette graoe précieuse pi change le cœur ! Voilà pourtant tout ce qui la fait attendre avec x>nfianoe à Famé impénitente.
Tels sont les prétextes que le pécheur qui diffi^e sa conversion fire du côté de Dieu. Venons à ceux qu'il prend dans lui-même.
SBCONDB PABT».
11 est étonnant, mes Frères, que la vie étant si courte, le moment oe la mort si incertain, tous les instants si précieux, les conversions si rares, les exemples de ceux qui sont surjirissi fk*èquent<, l'avenir si terrible, on puisse se formera soi-même tant de prétextes frivoles pour différer de changer de vie. Dans tous les autres dangers qui menacent ou notre vie, ounotre honneur, ou notre fortune, lesprécau^ lions sont promptes et présentes ; il n'est que le péril qui soit douteux et éloigné : ici le péril est certain et présent, et les précautions sont toujours incertaines et reculées. Il semble on que le salut soit una chose arbitraire , ou que notre vie soit ennre nos mams , ou qub le
DÉLAI 0B LA OONVERStOrr. «Ot
de fUi^ pénlteiM mmê ait élé|iroaite, oa que môwfr iaof Tatôir Mie ne soit pas on fort grand maliiear } tous les péelMnra n^endonnenttraiiqaiUeDient dans eette espéranee qu'ils se eoayertiront on Jour, sans traTailler jamais à changer de vie. Et oe qii*il y a de plus inoomprélieDsiMedaiis le délai de lear pénitenoe, c'est qu'ils conyiennenfloasdii besolnqn*il8 ont dese convertir, dv maotaisétat de lenr oonsdence $ qnlh regardent fous comme le dernier des mal* henrs de monrnr dans cet état foneste, et cependant qu'ils dtflhrent toos d*en sortir sur des prétextes si puérils, que le sérieux même 4b la chaire d^rétienne socrflre de les réftiter et de les combattre.
L*ftge, les passions, les suites d'un changement dévie qu'on craint de ne pouvoir iKmténir, voilà les vains prétextes qu'on suppose à soi-méiM pour diUérer la conversion que Dieu demande de nous.
Je dis premièrement Tàge. On veut laisser passer les années délai jeunesse , à laquelle un parti aussi sérieux que celui de la piélé ne parolt pas convenir : on attend une certaine saison de la vie oA, la première fleur de Fàge elhcée, les mœurs devenues plus sérieuses^ les liiensésnces plus exactes , le monde moins attentif sur nous, Fesprit même plus mAr et plus capable de soutenir cette grande entreprise, on se promet à soi-même qu'on y travaillem, et que rien ne sera plus capable alors de nous en détourner.
Mail il seroit naturel de voosdemandcr d'abord qui vous a dit que voua arri verex au terme que vous vous marquez à vous-même, que la mort ne vous surprendra pas dans le cours de ces années que vous destinez encore au monde et aux passions, et que le Seigneur, que vous n'attendez que vers la fin du jour, n'arrivera pas dés le matin, et lorsque vous y penserez le moins ? La jeunesse est^elle un garant bien surcontre la mort? Voyez, sans parler Id de ce qui arrive tous les jours au reste des hommes, si, en vous renfermant même dans le petit nombre de vos amis et de voe proches, vous n'en trouverez pointa qui la justice de Dieu ait creusé un tombeau dès les premières amées de If iir course; qui, comme la fleur des champs, aient sédié da matin au soir , et ne vous aient laissé que le triste regret de voir èdore une vie qui a été aussitôt éteinte. Insensé ! on va peut-^étre au premier jour vous demander votreame: etces projetsde conversion que vous renvoyez à l'avenir , de quoi vous serviront-ilsr Et ces grandesrésûintionsqne vous vous promettez d'exécuter un jour, que changeront-dies à votre malheur éternel , si la mort les prévient <*ommeelle les prévient tous les jours, et ne vous laissequele regret inutile de les avoir en vain formées?
Mais je ireuzque lamort ne voua surprenne pas, etje vous demande aurquoivoosproméiie»vousquerftgediangeravotrecasur,eivous disposera plnsqu6voustterètesaujourd*hui â une vie non velle?L*âge ehangea-MI le oosnr do Salomont ah 1 c'est alors que ses dissolutions ■ontêrMi an pluahaut point, et que sa honteuse AragMité oe connue plaado bornas. L*âfnpréptfa-t4l Sail à aaeonvarsionT ah! iimt
IM TROISifiliB DIMANCHE DB L'AVSBNT.
dnrs i|«'0 «joota à ses égwmMols pawéi la tmxrtftk», rioipiélé^ rdodordaMmeDt et le dèseipour. L'%e apporUr 141 quelque remède aax désordres de JéM^l et de rinocstuense Hérodiaft ? c'est almrs qa'dks parfirent plQsamkitleii8ea,|ilnsvoIi^Uacci8es,pl^ à plaire que janaïa. Peut-être , eu ayançant en Age, sortirei «yona de certafaMBBMEors déliées, parceque le dégoAt tout seul qui Icf suit yoQS en aura retiré; mais yoos neyons oonyertirea pas pour ^fl»Lz vous ne yiyrex pliia dans le désordre, mais yoos ne yoos repentireipas, «sais yoos ne ferez pas pénitence, mais yotreeomr ne sera ftascshangé; yonssereieneoremondaitt, ambitieux, yduptuens, sâosôel 'f yous yiyrei tranquille dans cet état , pareeque yous n'aurei phia que tontea les disporitionsde ces yloes, sans yous lifrerk leura excès. Les années, les exemples, le l<»g usage du naende, Vanront seryi qu'ayons caoMlurdr la consdenoe, qu'à substituer une ifldolence et une sagesse mondaine aux passions, et à effncer eaiie sensibilité de religion que le premier Age laisse dans l'amei eMOte alors craintive et timorée ; vous mourrez impénitent
El si yous croyez que ce soit ici un simple mouvement de atle,at non une vérité fondée sur l'expérience , examinei ce qui se passe tous les jours A vos yeux , yoyei toutes les âmes qui ont vieilli dana ' le monde, et que l'Age tout seul a retirées des plairin : l'amour du monde ne meurt qu'avec elles; sous des dehors différents, et que la bienséance seule a changés, vousvoyez le mémegoùt pour le monde, les mêmes penchants, la même vivacité pour h» plîdsirs, un^xnur jeune encore dans un corps changé et effacé. On rappelle aveo cornplaisance les joies des premières années ; on fait revivre par l'errenr de l'imagination tout ce que l'Age et le temps nous ont 6té ; on regarde avec envie une jeunesse florissante, et les amusements qui la suivent ; on en prend tout ce qui peut encore compatir avec le sérieux de son état , on se fait des prétextes pour être encore de certains plaisirs ayec bienséance, et sans s'exposer A la risée publi<pie. Enfin , A mesure que le monde s'enfuit et nous échappe , on court* après lui avec plua de goftt que jamais : le long usage qu'on en a fiiit . n'a servi qu'à nous le rendre plus nécessaire <« ^t nous mettre hors d'état de nous en passer ; et l'Age n'a point fait encore de conversion.
Mais quand ce malheur ne seroit point à craindre, le Seigneur n'est-il pas le Dieu de tous les temps et de tous les Ages? Kst-il un seul de nos JDur3 qui ne lui appartienne, et qu'il noua ait laissé pour le monde et pour la vanité 7 M*est-il pas jaloux même des prémices de notre ccenr et de notre vie, figurées parées prémices des fruits de ia terre que la loi ordonnoit de lui offrir ? Pourquoi lui retraneherioa»*yous donc la plus belle partie de vos années, pour la consacrer an démonet AseaflCMvros? La vie ost-dlo tn^longue^ppur étrelout entière employée A la gloiredn Seigueur, qui noua l'a donnée, et qui noua enpraaietmie immortdlePLepreesîerAge^-il trop précieux, . pnvr dire eonaMsné A mérilar la i^osseaaîanélQitielle de l'Etre souve-
DELAI DE LA CONVERSION. Ïd5
rain ? Von9 ne lui réservez donc qae les restes et le rebnt de tos passions et de votre vie? Et c'est comme si vous lai disiez: Seigneur, tant que je serai propre an monde et aux plaisirs , n'attendez pas que je revienne à vous et que je vous cherche ; tant que le monde voudra de moi , je ne saurois ine résoudre à vouloir de vous ; quand il commencera à m'oublier, à m*échappery et que je iie pourrai plus en faire usage, alors je me tournerai vers vous, je vous dirai : me voici ; je vous prierai d'accepter un cœur que le monde rejett^a, et qui sera même triste de la dure nécessité où il se trouvera de se doq* ner à vous ; mais jusque là n'attendez de moi qu'une indifférence mtière et un oubli parfait ; au fond, vous n'êtes bon à servir que lorsqu'on n'est plus soi-même bon & rien ; on est sûr du moins qu'on vous trouve toujours, tous les temps vous sont les mêmes : mais le DMmde, après une certaine saison de la vie, on n'y est plus propre ; et il faut se hâter d'en jouir avant qu'il nous échappe, ettandiaqu'il est encore temps. Ame indigne de confesser jamais les miséricordes d*nn Dieu que vous traitez avec tant d'outrage ! et croyez- vous quCfîlors il acceptera des hommages si forcés et si honteux à sa gloire, lui qui ne veut que des sacriflces volontaires, lui qui n'a jfèfi besoin 1 de l'homme, et qui lui fait grâce lors même qu'il accepte ses voeux \ les plus purs et ses hommages les plus sincères ? U
Le prophète Isaïe insultoit autrefois en ces termes à ceux.quiiidoroient de vaines idoles: Vous prenez un cèdre sur le Liban, leur di soit-il ; vous en retranchez la plus belle et la meilleure partie ponr fournir à vos besoins, à vos plaisirs, au luxe et à l'ornement de vos palais, et, quand vous ne savez plus à quoi employer ce qui vous reste, vous en faites une vaine idole, et vous lui offrez des yœnx et des hommages ndicules : £k de relique ejus idoUunfaciam (Is. , xuy , 1 9} . Et ^aiià ce que je puis vous dire ici à mon tour : Vous retranchez de votre vie les plus belles et les plus florissantes années, pour sati^ifaire vos goûts et vos passions injustes ; et quand vous ne savez plus quel usage faire de ce qui vous reste, et qu'il devient inutile au monde et aux plaisirs, alors vous en faites une idole, vous le faites servir à la religion , vous vous en formez une vertu fausse, superGcielle, inanimée, à laquelle vous consacrez à regret les restes de vos passions et de vos désordres : Et de reliquo ejus idolum/acîam. G mon Dieu ! est*ee donc là vous regarder comme an Dieu jaloux , qu'une tache légère dans les offrandes les phis pures blesse et offense, ou connne une vaine idole qui ne sentîroit pas l'indignité et la simulation des lioainMges qu'on lui offhe? jBf de reliquo ejus idolumfaciam.
Oui , mes Frères, on ne recueille dans un âge avancé que ce qu'on a semé les premières années de la vie. Si vous semez dans la cor> ruption, ditTApôtre, vous'moîssonnerez dans la corruption : vous le dites tous les jours vous-mêmes, qu'on n^eurt toujours comme on a vécu ; que les caractères ne changent point; qu'on porte dans la vieilkise Ions les défauts et tous les penchants du premier Age, et
IM TROISdaifB MMANGHE DE L'AVEMT. f
que rien n'est plus braraix que de se former de IxHiiie heure des IndiiiatioDs louables, et de s'acooDtimier, oomme dit un prophète, à porter le joag du Seigneur dès une tendre jeunesse : Bonum en piro^ cumportatfentjugumabadolescenddtud {Threm.^ m, 27).
Et en effet, mes Frères, quand nous n'aurions égard qaW rqpos seul de notre rie $ quand nous n'aurions point d'autre intérêt que de nous préparer même ici-bas des jours heureux et paisibles ; quel bonheur de prévenir d*aTance, et d'étouffer dans leur naissance, en se tournant d'abord à la vertu, tant de passions violentes qui déchirent ensuite lecoeur, et qui fonttoutle malheurettouteramertume de notre vie ] BonUm est idro^ cùm portaient jugum ab adoleseendâ sud. Quel bonheur de n'avoir mis en soi que des idées douces et iiinocentei, de s'épargner la foneste expérience de tant de plaisbrs crf« minels, qui corrompent le cosur pour toiy ours, qui souillent Timagination, qui nous laissent mille image honteuses et importunes, lesquelles nous accompagnent jusque dans la vertu, survivent toujours à nos crimes, et en deviennent souvent de nouveaux elles-mêmes! Bonum est tdro^ càmportai^eritjugum ab adolescentid sua. Quel bonheur de s'être fait, dans ses premières années , des plaisirs in noœnts et tranquilles . d'avoir accoutumé le cœur à s'en contenter, de livnAt pas contracté la triste nécessité de ne pouvoir plus se passer des plaisirs violents et criminels \ et de ne s'être pas rendu Insupportable, par un long usage des passions vives et tumultueuses, la douceur et la tranquilUté de la vertu et de l'innocence ! Bonum eUvirOj ehm portaient jugum ab adolescentid sud. Que ces prendères années, passées dans la pudeur et dans Thorreur du vice, attirent de grâces sur tout le reste de la vie ! qu'elles rendent le Seigneur attentif h toutes nos voies ! et qu'elles nous rendent nousmêmes l'objet bien-aimé de ses soins et de ses complaisances paterndles ! Bonum est idro^ càm portaient Jugum ab adolescentid sud.
Mais on convient, direz-vous, qu'il est heureux de s'être donné à Dieu de bonne heure, et d'avoir pu se préserver de tous les inconvénients de Tftge et des plaisirs. Mais on n'en est pas là : on a suivi la route ordinaire; le tXMrent du monde et des passions ont entratné; on.se trouve même encore aciuellement dans désengagements trop vift, ei qoil n'est point en sm de rompre; on attend une situation plus favorable; et onse promet que, lorsque k passion qui nous ca|>tive sera éteinte , on ne ae ren^gera plus dans de nouveaux liens, et on ae rangera toutde bon au devoir et à la vertu. Second prétexte : les passions ei les engagemenu dont on ne peut encore sortir. Mais premièrement, cette situaUonplus favorable que vous attendes pour revenir à Dieu, êtesr- vous bien sûr qu'elle arrive? Qui voua a révélé le cours et la durée des passions qui vous arrêtent actuellemepL^ Qui leuramarquéun terme, étleuradit, comme leSeigneuraux flots d'une mer agitée : Vous tiendrez jusque là , et vous y verrei briser votre impétuosité et la fureur de voa vagues ? Usquè hàc penies
DÉLAI DE LA CONVERSION. i«T
(l|M,sxxviii , il ). Quand finfront-^iles? le saT^-Toos? Pootez^ woêÈ Mpoodre qa'eHe» flntrooC un JouT) qu'elles finiront du moins avaatqae ToasflniSBief Toas*ibéiM ? Sériez-vous le premierpéchenr •orpris dans ses passions déplorables? Tons les hommes presque qai OMorent à yos yenx, ne mearenf-ils pas dans ce triste étal? memi-on autrement dans le monde? les ministres appelés ao secours des mourants trouvent-ils au fit de la mort beaucoup de pécheurs qui , depuis long-temps quittes de leurs habitudes, se pfréparoient à ce èemier moment? Qu'y trouvons-nous, que des âmes encore liées de mitle dialnes que la mort seule va dissoudre ; que des consciences inexplicables , si j'ose parler ainsi , et encore enveloppées dans le chaos d*une vie toute désordonnée? Qu'y entendons-nous que dés regrets Inutiles sur cette terrible surprise, et de vaines protestations qu'on auroit pris d'autres mesures si l'on avoit pu la prévoir? Quds sont les soins ordinaires qui occupent notre ministère dans ces der^ niers moments? D'éclaircir des consciences , que nous ne devrions plus alors que consoler ; d'aider & rappeler des crimes, que nous ne devrions plus alors qu'exhorter & oublier; de faire expliquer au pécheur mourant ses désordres, nous qui devrions alors le soutenir et l'animer par le souvenir de ses vertus ; en un mot , d'ouvrir lés abtmes de son cœur, nous qui ne devrions plus ouvrir alors & l'ama prête à se dégager de son corps, que le sein d'Abraham et les trésors d'une gloire immortelle. Yoilà les tristes offices que nous vous rendrons peut-être un jour : vous nous appellerez à votre tour ; et, au lien que nousaurîons dû nous consoler alors avec vous, en vous entretenant des avantages que promet an Gdèle une sainte mort , nous ne serons occupés qu'à vous faire raconter les crimes de votre vie. Mais, quand vos passions n'iroient pas jusqu'à cette dernière henréy plus vous différez, plus vous jetez de profondes racines dans le crime ; |rius vos chaînes forment de nouveaux replis sur votre cœur ; plus ce levain de corruption que vous portez au-dedans de vous se dilate , s'étend, aigrit et corrompt toute la capacité de votre ame. Jugez-en par le progrés que la passion a fait jusquici dans votre cœur. Ce n'étolent d'abord que des libertés timides , et où , pour vous calmer, vous cherchiez encore une ombre d'innocence; ce n'étoient ensuite que des actions douteuses , et où vous aviez encore peine à démêler le crime, de la simple offense; le désordre suivit de près, mais les excès marqués en étoient encore rares : vous vous les reprochiez aussitôt à vous-même, vous ne pouviez les porter long-temps sur la conscience, encore effrayée de son état. Insensiblement les chutes se sont multipliées ; le désordre est devenu un état fixe et habituel ; la conscience n'a plus crié que foiblement contre l'empire de la passion; le crime vous cstdevenu nécessaire , il n'a plus réveillé de remords; vous l'avez avalé comme de l'eau qui coule sans se faire sentir, et mm piquer d'aucun goût le palais par où elle passe. Plus voua avencai, pliisle veningagne;piusun restedefbrceone lapudeur^