‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 2 sur 96 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

itmiseï le magiatrai âor les deyoin de m charge , deres-Tous tous flalter d'attirar l'aUentiOD de toot ce qoi n'exerce point les fonctions de la magistFature? et tous ceux qui ne sont point engagés dans le commerce seront-ils curieux d'entendre des yérités qui n'attaquent que les fraudes et raYarioe des négociants ? Non , sans doute t rinlérét que nous ayons à ce que Ton dit , peut seul nous y rendre attentifs* Cela étant , toutes les vérités que le prédicateur ) , ci que nous ne pouTons pas nous appliquer personnelletf ne nous inléressairt point, ce n'est plus qu'avec ennui et avec dégoAt que nous les écoutons ; et nous soupirons après la fin d'un discours qui ne s'adresse point à nous.

Le prédicateur dent donc être sobre et réservé dans la peinture dea mcDurs extérieures et des conditions, s'il désire être écouté attentivement Veut-il attacher tout son auditoire , qu'il attaque les passions, qui sont les mêmes dans tous les hoounes, malgré la dif« Mrenoe des objets vers lesquels elles se portent. En peignant d'après nature les mouvemenls , les ruses, la souplesse des passions , rien de ce que l'on dit ne peut être étranger pour aucun de ceux qui écoutent

Enfin MassUlon n'appronvoit pas que Ton s'arnfitàt si long4emps à établir des vérités que personne n'ignore , des maximes générales dont tout le monde convient : il vouloit que Ton s'appliquât principalement à découvrir ces malheureux prétiaiLtes que ramourpropre trop ingénieux ne manque jamais de suggérer pour secouer le joug de la loi s et qu'après les avoir découverts , l'on en fit sentir avec force toute l'illusion.

Il se fit donc une manière de composer, qu'il ne dut qu'à luimême; et sans autre guide que son propre génie et ce talent original qu'il avoit reçu, de la nature, U sut se garantir des déflftits qu'il avoit cru remarquer dans les antres. Ghei lui , rien d'inutile et de superflu. Dès la première phrase, supposant les principes, ou les établissant en deux mots, il cherche les raisons sur lesquelles chacun en particuli^, sans contester l'existence de k loi , ni la nécessité de lui obéir, se met dans le cas de la dispense; il cherche ces raisons dans le coDur de ceux qui l'écoutent, dans l'attache à ces passions, dont les intérêts nous sont malheureusement plus chers que notre salut : passions auxquelles nous voudrions bien ne pas renoncer, sans être forcés cependant de nous regarder comme infracteurs de la loi. C'est là qu'il découvre la source intarissable de tous ces frivoles prétextes et de ces tempéraments que l'homme imagine pour allier Dieu et le monde, Jésus-Christ et BéliaL Noos tentés d'accorder à nos passions tout ce qu'elles désirent;

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mais uoQS voudrions en même temps nous meUre i Tabri des remords qui yieanent empoisonner nos plaisirs t car pour pea qo'il reste de sentiment de religion dans une ame, le remords est inséparable du vice; et pour calmer les alarmes d'une conscience qui n'est pas encore endurcie, il faut lui pâvuader qu'éllo n'est pas oou« pable. Que faisons-nous donc? Nous ayons recours à mille subtilités, à des subterfuges, à des exceptions, à des modificatioDS qui, laissant subsister le précepte en lui-même , anéantissent totalement pour diacun de nous en particolier l'obligation ëe raoeomplir. Ainsi la conscience est rassurée contre les tireurs de la loi; elle apprend à ne plus redouter ses menaces. Que craindioit-elle en effet? la loi ne punit que les préTaricateurs; o», où la toi cesse d'obliger, il n'y a point de prévarication.

Que fait Massilion i afin de dissiper ces tendres, qui pour être volontaires n'en sont pas moins épaisses, il vous met votre propre cœur sous les yeux, selon l'expression du prophète; il vous force de vous y voir tel que vous êtes , et tout autre que vous ne croyex être, c'est-à^ire le jouet déplorable de miUe passions qui obscurcissent les lumières de votre esprit, et corrompent la droiture de votre cœur : il vous force dereoonnoltre que ce n'est pas de ce fonds de lumièro et de droiture naturelle que Dieua mis en vous, encore mdos des lumières de rÉvangHe, que vous tirez les raisons par lesquelles vous prétendes être dispensé de la loi ; que le langage que vous tenez est le langage des passions, et qu'elles seules vous inspirent Cessez donc d'être vicieux , et vous cesserez bientôt d'alléguer ces prétextes comme des raisons décisives. £t c'est id surtout que triomphe l'éloquence de Massilkm. Lorsqu'après avoir démasqué les ruses et les artifices de l'amour-propre, il en montre dans t<ftt leur jour la misère et la fausseté, avec quelle force et quelle véhémence ne les oombat41 pas !

C'est un torrent impétueux qui renverse tout ce qu'il rencontre i c'est pour ainsi dire un déluge de raisons toutes convaincantes , toutes intéressantes, qui, à Vespjfm les unes des autres , viennent coup sur coup confondre et accabler le pécheur. Cependant le pé« cheur accablé et confondu, n'ayant rien à répliquer, voit avec étonnement que le prédicateur, loin d'êbre épuisé, a mille traits encore dont il pourroit le percer. Et ce qui forme le caractère distinctif de l'éloquence de Massilion, c'est que tous ses traits portent droit au ccBur t c'est de ce côté-là qu'il dirige toujours ses coups ; ce qui est simplement raison et preuve dans les aulres , prend dans sa bouche la teinture du sentiment i non-seulement il convainc , mais il touche , il remue , il attendrit } il ne se contente pas de vous

PRËFAGB. m

]iro«Tar qpele parti de la Tertn est le plas raiaonnable et le plus digM de riieiiiiiie, dans ses discours la vertn tous parolt souTerai- Mment aimable; tous n'j trouvez que des douceurs et des cousolatioaas tous Toudriei déjà être eu possession d'un Iri^ sans lequel tous n'imagiiiet plus de boobeôr. 11 ne se borne pas à Caire sentir Finjostice et la dérision du yiœ, il le fait trourer difforme, lialtsable; tons ne pouvei pins tons sonHUr sous l'empire de ce crnd tyran ; tous ne Tenfisagei plus que comme l'ennemi juré de ▼olre félidté. Entrant dans nne sainte indignation contre yousnéme^tous tous trouves si areogle, si injuste » si malheureun, que TOUS ne Tojei d'autre ressource que de tous jeter entre les bras de In vertu;

Des sermons composés dans ce goAt ne pouToient manquer d'être écoutés aTec une extrême attention. Chacun se reoonnolt dans ces tableaux vib et naturels où le prédicateur peint le cosur humain , et montre les ressorts qui le font mouvoir ; chacun s'imagine que c'est à lui que le discours s'adresse, que l'orateur n'en veut qu'à lui , de là l'effet prodigieux de ses instructions. Après l'avofar entendu, on ne s'arèloit point à (Sure l'édogeou la critique du sermon; l'auditeur se retiroit dans un morne silence, l'air pensif, les jeux baissés , le recueillement sur le visage , emportant Taiguillon que l'orateur chrétien lui avoit laissé dans le cœur. Ces suArages mueta valent bien les plus grands applaudissements t ceux-ci flattentle ministre, etiui prouvent qu'Ôasu plaire; ceux-là le consolent, et l'assurent qu'il a touché. Aussi, lorsque Massillon eut préelié son premier Avent à Versailles, Louis XIV lui dit ces paroles remar^iables t Mon Père, foi entendu plusieurs grands mtUeure dans ma chapelle ff en ai itijbri conienitpèur t^us, lotttef les foi» que Je voue ai entendu , foi été irte^méconieni de moi^néme. Eloge parfait, qui honore également le goût et la piété du monarque et le talent du prédicateur.

Le stjlede Blassilion, quoique noble et digne de la majesté de la chairia, n'en est pas moins simple et à la portée du peuple. La vivacité de son imagination ne prête à ses expressions que ce qu'il faut d'agrément pour satisCedre l'homme d'esprit , sans que la multilude soit réduiteà aàwinr ce qu'elle n'entend pas.

Ennemi de tout ce qui ressent l'affectation dans le style , il l'étoit encore plus de ces penpées qui n'ont d'autre mérite que le brillant, qui ne font qu'amuser l'esprit et le détourner de Tattention qu'D doit aux vérités importantes qu'on lui annonce. MassOloo n'ofre parumt que des idées grandes et sublimes qui élèvent Tamc, qui montrent la religion sous ce caractère de noÛcsso et de miqesté qui

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lui est propre, et qu'elle semble perdre qoelqnefois, parœqu^oa Ta confiée à des mains qai , loin de l'embellir, ne penrent qoc la défigorer*

On croira sans doute qne des discours si éloquents, dans lesqneb il y a d'autant plus d'art qu'il n' j parott rien que de naturel , étoieot le firuit d'un trayail long et pénible , et que cette bdOie et noble simplidté, qui se refuse souyent aux efforts mêmes des plus grands bommes , n'est pas yenue se présenter à lui, sans qu'il l'ait long-temps recherchée : point du tout. Ces sermons ont été composés ayec une facilité qui tient du prodige : pas un seul qui ait coûté plus de dix à douze jours. Combien de gens, même du métier, trouTa*oient que ce temps suflBroit à peine pour en Cormer et pour en bien digérer le planl En 1704 , il parut pour la seconde fois i la cour. Louis XIV, après lui avoir témoigné dans les termes les plus gracieux son extrême satisfaction , ajouta i £i Je veux^ mon Phre, iHiU9 entendre désormais tous les deux ans. Sur^le-ckamp Massillon forma le dessein *d6 ne lerenir à Vacilles qu'avec des sermons nouveaux. Il est fâcheux qu'un tel projet n'ait point eu de suite. A n'en juger que par cette abondance , cette richesse , œtle variété qui règne dans tout ce qui est sorti de sa plume, on sent qu'il étoit parfaitement en état de l'exécuter.

En 1718, d^ nommé à i'èvêché de olermont, il fut chargé de prêcher le carême devant le roi , qui entroit alors dans cet âge eà la raison commence à se développer. Il crut qi^en cette occasion 11 devoit prêcher pour le prince lui-même, et pour l'instruire des devoirs de la royauté. Mais pour cela il CsUoit des sermons tout différents de ceux qu'il avoit prêches jusqu'alœrs, lesquels, et pour le fond des choses et pour la manière, ne ponvoient convenir à un Jeune prinos de neuf ans. U inventa donc, pour ainsi dire, un nouveau genre d'éloquence; le style, l'instruction, tout fut proportionné à l'âge du jeune monarque. Dans le style, il répandit plus de vivacité, plus d'agrémeiits, |dus de fleurs, et même quelque diose d'académique. Les instructions, dépouillées de la sécheresse du raisonnement, furent des maximea sur les devoirs des princes , exprimées en peu de mots, mais présentées de manière â faire une vive impression sur l'esprit et sur le coeur. Ce style et cette façon d'inàtruire étoit quèhiue chose de tout nouveau pour Massillon; cependant six semafaies suffirent pour composer ces dix sermons si admirés, si vantés, qui renferment en abrégé tout ce qui peut former un prince chéri de Dieu et des hommes, et qui furent souvent interrompus, ou par des applaudissements, ou par les larmes de son auguste auditoire.

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A regard de TacUoD, cette partie si essentielle à Torateur, ce ne ftil pas d'abord par cet endroit qu'il se fit admirer. Le goût dn temps n'éfoit pas le sien. II ne ponroit sonfibrir qn'an lien de cet air naturel qui porte arec sol la oon^ktion, l'on prit un certain air emprunté, et un ton de dédamateur, qui faisant regarder les ministres de Jésus-Christ comme des gens qui ne montent en chaire que pour jouer un personnage , ôte presque toute la force et toute croyance à leurs discours. Il falloit donc s'attendre que l'auditeur, gàlé par ce goût de déclamation presque généralement répandu, se réTolteroit d'abord contre la manière de dire de Massillon, dans laquelle aucune des règles qu'on s'étoit faites , ne paroissoit observée. Mais comme il faisoit néanmoins une impression extracHrdinaire sur les esprits, on se rendit bientôt à Teipérience : on ne s'embarrassa plus de ces prétendues règles que l'orateur paroissoit négliger; et le public s'éleyant au-dessus des préjugés, conclut avec raison qu'il feUoit sans doute que sa manière de dire fût bonne , et qu'elle fût même la meilleure, puisque nul autre prédicateur ne faisoit, à beaucoup près, une impression aussi vive.

Au reste, il seroit fort difficile de faire comprendre k ceux qui ne l'ont p(rint entendu , ce que c'étoit que son action. Elle lui étoit tellement propre, qu'on peut assurer que comme Q n'eut point de modèle à suivre , il n'a point formé d'élève qui Fait imité.

On le voyoit arriver dans la chaire comme un homme qui vient de méditer profondément un sujet. Dès qu'il paroU, son air recueilli et pénétré annonce déjà la grandeur et l'importance des vérités dont il va vous entretenir. Il n'a pas ouvert la bouche , et l'auditoire est saisi. Il parle enfin , mais ce n'est pas comme un orateur qui vient débiter avec art un discours dont il a chargé sa mémoire. Tout coule de source. Il parle do l'abondance du c<Bur, no pouvant contenir au dedans de lui les vérités dont il est plein. Un feu intérieur le dévore ; Il faut qu'il lui ouvre une issue, et qu'il le laisse édater au dehors. Aussi rien en lui qui ne soit animé; tout parle, tout persuade , tout remue, tout attendrit , tout porte dans Tame la conviction et le sentiment t et cela n'étoit point du tout un effet de l'art dans MassiUon ; c'étoit un talent naturel qui lui faisoit exprimer et du*e les choses avec force et vivacité, parcequ'il les senloit de même.

Il faisoit donc proprement consister tout le mérite de l'action , à paroltre bien pénétré lui-même des vérités dont il vouloit convaincre ses auditeurs. Jamais personne n'a porté ce talent plus loin que MaasiUon : c'est le témoignage que le public en a rendu, et l'éloge qu'en ont fait toutes les personnes de goût. Seroit-il permis

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