LE JOUK DE NOËL. 1S
Bq dfet, INea ètdt oookra dâiiB la Iodée, dit lePropbète ; Unr ■fthn ne Toyott point d^iéoieè élevées dans see places publiques^ y «sarpv tes bomniagies qui étoient dos au Ken d'AbrahaiQ/ il liy açcii ni simulacre dans Jaeoh , ni augure dans IsroA (Num,, mu, 21 }; oetle portion sente de b terre s'étoit préservée de la eontagion générate; mais la magnificence de son imufi^ , Tappareil de ses sacrifices, la pompe de ses sidennilés, rexaelitnde de ses observances légates, finsoient tout le mérite de son cnlte. On bomoit à ces devoirs extérieurs tonte la rèUgion* Les m«nrs n'en étoient psft moins crimindles : Tinjostice, la frande, te mensonge, radollère, tons les vices sobsistoient , et étoient même autorisés par ces vaiai debors de cnlte ; Dieu étoit lunioré des lèvres, mais lecosor de ce peuple ingrat étoit toujours éloigné de lui. Jésus-Gbrbt vient d^ tromper la Judée d'une erreur si grossière , si ancienne , et si ingorieuseà son Père. D vient leur apprendre queThomme peut se omtenter des seuls ddhorSf mais que Dieu ne regarde que leccrar; qu tout bommage extérieur qui te lui refuse est une Insulto et une bypocrisfe, plutôt qu'un culte véritable; qu'il est inutile depuri* fier te ddiors , si le dedans est plein d'infection et de pourriture ; et qu'on n'adore Dieu véritablement qu'en l'aimant.
Mais, hélas! mes Frères, cette erreur si grossière, et si souvent reprochée par Jésus-Christ à la Synagogue, n'est-eUe pas encore Terreur de h plupart d'entre nous? A quoi seréduittout notre culte? à quelques observances extérienres, k remplir certains devoirs publics prescrits par la loi , et encore c'est la religton des plus sages. Ib viennent assister aux mystères saints; ils ne sedispensent qu'avec scrupute des lois de l'Eglise ; ils récitent quelques ^ères que l'nsagea consacrées; ils célèbrent les solennités et grossissent k foide qui court i nos temples, voilà tout. Mais en sont-ils plus détodés du monde et de ses plaisirs criminels? moins occupés des soins de te parure et de te fortune? plus disposés à rompre un engagement criminel , ou à s'éloigner des occasions où leur innocence fait toujours naitfrage? portent-ik àces pratiques extérieures de tereligion un cœur pur, une foi vive, une charité non feinte? Tentes leurs passions subsistent toujours avec ces œuvres religieuses, qu'ils donnent à l'usage plus qu'à te religion. Et remarquez, je vous prie, mes Frères, qu'on n'oseroit s'en dispenser tout-à-fait : vivre comme des impies, sans aucune profession de culte, «sans en remplir du moins quelques devoirs piÂlics, ou se regarderoit comme des anathèmes dignes des foudres du ciel. Et on ose souiller ces devoirs saints par des mœurs criminelles ; et on ne se regarde pas avec hor* renr en rendant inutile ce reste superficiel de religion , par une vie que te rdigion condamne et abhorre; et on ne craint point te colère de Dieu en continuant des crimes qui l'attirent sur nos tetes, et enbornant tout ce quelui est dAà de vains hommages quirinsultent.
Cependant) je l'ai déjà dit, de tous les mondains ce sont là les
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|flii8 sages, et ceux qui pardssent les plos régnUoiv atULyeox du monde. Ds n'ont pas encore seooné le jong, comme tant d'anti^s; ib ne se font pas une gloire affireose de ne pas croire en Dieu { ilsne blasphèment pas ce qu'Os ignorent ; ils ne regardent pas la Kligion comme un jeu et une imrention humaine; il veulent y tenir encore par quelqnes dehors; musilsn'y tiennent point par leccrar, mais ils la déshonorent par leurs désordres,mais ils ne sont chrétiens que de nom. Ainsi, encore plus qu'autrefois sous la Synagogue, les dehors magnifiques du culte subsistent parmi nous, aTec la dépravationdes mœurs la phu profonde et la plus universelle que les prophètes aient jamais reprodhéeà Vendurdssement et à Thypocrisie des Juifs ; ainsi la religion dont nous nous glorifions n'est plus qu*un culte superficiel pour la plupart des fidèles; ainsi cette alliance nou* véHe, qui ne devoit être écrite que dans les ccBurs ; cette loi d'esprit et de vie qui devoit rendre les hommes tout sirirituèb, ce culte faitérieur qui devoit donner à Dieu des adorateurs en esprit et en
mille crimes, enchaîné par mille passions injustes, est toujours âoigné de lui.
Toilà le second bienfiiit de la naissance de Jésus-Christ, auquel nous n'avons aucune part. Il vient abolir un culte tout extérieur, qui se bomoit à des sacrifices d'animaux et k des dhsenrancea légales, et qui ne rendoitpasà Dieu la gloire qui lui est due, en ne lui rendant pas l'hommage de noire unour, seul capable de le glorifier : il vient substituer à ces vaines apparences de religion une loi qui doit s'accomplir toute dans notre cœur, un culte dont l'amour pour son Père doit être le premier et le principal hommage. Cependant ce culte saint, ce précepte nouveau, ce dépôt sacré qu'ii nous a laissé, a dégénéré entre nos mains : nous en avons fait un culte tout pharisa^c, où le cœur n'a point de part, qui ne change pas nos penchants déréglés, qui n'influe point sur nos morars, et qui nous rend d'autant plos criminels que nous abusœis du bienfait qui devoit eSacer et purifier tous nos crimes.
Enfin, les h(»nmes avoient voulu encore ravir à Dieu la gloire de sa providence et de sa sagesse étemelle. Les philosophes, frappés de l'extravagance d'un culte qui multiplioit les dieux à l'infini, et forcés par les lumières seules de la raison de recounottre un seul Etre su[Hréme,en défiguroieot la nature par mille opinions insensées. Les uns se représentoient un dieu oisif , retiré en lui-même, jouissant de son firopre bonheur, ne daignant pas s'abaisser à regarder ce qui se passe sur la terre, ne comptant pour rien les hommes qu'il avoit créés, aussi peu touché de leurs vertus que de leurs vices, et laissant au hasard le cours des siédes et des saisons , les évolutions des empires, la destinée de chaque particuUer^ la ma-
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dune ealière de ce yaste anivers, et tonte la dispenflatiom dei choaei hamaiiiea. Les autres Tassujettissoient à un cncbalnemeDt fieitald'é- Ténements ; ils en faisoient un dieu sans liberté et sans paîssanœ, et, en le regardant comme le maître des hommes , ils le croyoieDt resdaye des destinées. Les égarements de la raison étoient alors la seule règle delà religion et de la croyance de ceux qui passcôeot pomr être les plus éclairés et les plus sages. Jésus-Christ Tient rat^ dre à son Père la gloire que les vains raisonnements de la pbiloflophie lui avoient ôtée. Il vient apprendre aux hommes que la foi est la source des véritables lumières, et que le sacriGce de la raison est le premier pas de la philosophie chrétienne; il vient en fixer les incertitudes, en nous apprenant ce que nous devons connoltre de TEtre suprême, et ce que nous en devons ignorer.
Ce n'étoit pas assez, en effet, que les hommes, pour rendre gloire à Bien, lui Ossent un sacrifice de leur vie comme à Tauteur de leur être, reconnussent par cet aveu l'impiété de l'idôlatrie, qu'ils lai fissent un sacrifice de leur amour et de leur cœur , comme à leur souveraine félicité , et avouassent par-là TinsufiSsance et rinutilité du culte extérieur et pharisaïque de la Synagogue. Il falloit encwe qu'ils lui sacrifiassent leur raison, cmnme à leur sagesse et à leur vérité éternelle, et se désabusassent ainsi des vaines recherches et de Torgueilleuse science des philosophes.
Or la naissance seule d'un Homme-Dieu, l'union ineffabledenolre nature avecune personne divine, déconcerte toute laraisonhumaine^ et ce mystère incompréhensible, proposé aux hommes comme toute leur sdence, toute leur vérité , toute leur philosophie, toute leur religion, leur fait d'abord sentir que la vérité qu'ils avoient jusque là dhcrchée en vain, il faut la chercher, non par les vains dDTorts, mais par le sacrifice de la raison et de nos foibles lumières.
Mais, hélas ! où sont parmi nous les fidèles qui font à la foi un sacrifice entier de leur raison, et qui, renonçant à leurs propres lumières, baissent les yeux, avec un silence de respect et d'adoration , devant les ténèbres majestueuses de la religion ? Je ne parle pas de oes impies qui vivent encore au milieu de nous , et qui ne veulent point de Dieu. Eh 1 il faut les livrer à l'horreur et à l'indignation de tout l'univers qui connott une Divinité et qui l'adore, ou plutôt les livrer à l'horreur de leur propre conscience , laquelle malgré eux Thivoque et la réclame en secret, tandis qu'ils se glorifient tout baut de ne pas la connnottre.
3e parle de la plupart des fidèles, qui ont presque de la Divinité une Idée aussi fausse et aussi humainequ'en avoient autrefois les philosophes païens, qui ne la comptent pour rien dans tous les événements de la vie , qui vivent comme si le hasard ou le caprice des hommes décidoit de toutes les choses d'ici-bas, et qui ne oonnoissent qne le bonheur ou le malheur, comme les deux seules divinités qui gOQTement le monde et qni président à tout ce qui se passe sur la
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l«ro.Jé ptriedeen hommes de p6a def<n qui, lofai d'adorer leiseerate de Fareair dan» les conseils profonds et impénétrables do la Providenoe, vont les chercher dans des prédictions ridiccdes et poérttes ; attriboent à l'homme une science qne Dieu s'est réservée à loi seid ; attendent avec nne foUepersnasion, sur les rêveries d'nn taux prophète, des événements et des révolutions qui doivent décider ae la destinée des peuples et des empires; fondent là-dessus de vaines espérances pour eux -mêmes , et renouvellent Textravaganee des augures et des aruspice»patens, ou l'impiété de la pythonisse de Saûl, et des orades de Delphes et de Dodonr>. Je parle d^ ceux qui vckidroifsnt vota* clair dans les voies éternelles de Dieu sur nos destinées , et qui ne pouvant , par les seules forces de la raison , résoudre les difficultés insurmontables des mystères de la grâce sur le salut des hommes, loin de s'écrier comme l'Apôtre : O profondeur de lasagesse et de la science de Dieu{Rom., xf, 33)1 sont tentésde croke ou que Bieu ne se mêle point de notre salut, ou qu'il est inutiteqoeaous nous en mêlions nous-mêmes. Jeparle de ces personnes dissipées dans le monde, qui trouvent toujours plausible, convaincant, tout ce que la crédulité oppose de plus foible et de plus insensé à la foi, qui sont ébranlées au premier doute frivole que l'impie propose, qui sembleroientêtre ravies que la religion fût fausse , et qui sont moins touchées de ce poids respectable de preuves qui accablent une raison orgueilleuse, et qui en établissent la vérité, que d'un discours en l'air qui la combat, où il n'y a souvent de sérieux que la hardiesse de l'impiété et du blasphème. Enfin , je parle de beaucoup de fidâes qui renvoient au peuple la croyance de tant de faits merveilleux que l'histoire de la religion nous a conservés, qui lemblent croire que tout ce qui est au-dessus des forces de Thomme passe aussi la puissance de Dieu, et qui refusent les miracles à une rdigion qui n'est fondée que sur eux, et qui est le plus grand de fous les mta^des elle-même.
Voilà comment nous ravissons encore à Dieu la gloire que la naissance de Jésus-Christ lui avoit rendue. Elle nous avoit appris à sacrifier au mystère incompréhensible de sa manifestation dans notre diair, nqs propreslumières, et à ne plus vivre que de la foi ; elle avoit fixé les incertitudes de l'esprit humain , et l'avoit ramené des éga<rements et desabhnesoùla raison l'avoit précipité, àla voie de la vérité et de la vie : et nous l'abandonnons ; et, sous l'empire même de la foi, nous voulons marcbar encore comme autrefois sous les étendards, ri j'ose parler ainsi, d'une foible raison; les mystères de la religion qui nous passent, nous révoltent : nous réformons tout, nous doutons de tout; nous voulons que Dieu pense comme l'homme. Sans perdre entièrement la foi , nous la laissons affoiblir au-dedans de nous, nous n'en faisons aucun usage; et c'est cet affoiblissement de la foi qui a corrompu les morars , multiplié les vices , allumé dans loos les cours Famonr des choses présentes, éteint l'amour des biens
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à venir^ mîa le. trouble, lahaîae, la di^ensioa parmi les fidèles , çt elboé ces {trepiiers traits d'ionôconce , de sainteté , de charité , qui •YoieDt d*abord reoda le christianisme si respectable à ceux méuie qui refosoient de s'y soumettre. Mais non-seulement la naissance de Jésus-Christ rend à Dieu la gloire que les hommes avoient voulu lai ravir, die rend encore aux hommes la paix qu'ils n'avoient cessé de se ravir k eux-mêmes: Se in terrdfax hominibus (Luc, ii, 14).
ncofiDB Pians.
Une paix universelle r^noit dans tout Tunivers quand Jésus- Christ, le Prince de la paix ( Is. , ix, 6 ), parut sur la terre : toutes les nations soumises à l'empire romain portoient paisiblement le joug de ces maîtres orgueilleux du monde; Rome elle-même, après des dissensions civiles qui avoient dépeuplé ses murs» répandu ses proscrits dans les lies et dans les déserts, et inondé l'Asie et l'Europe du sang de ses citoyens, respiroit de l'horreur de tous ces troubles, et, réunie sous Tautorité d'un César, elle trouvoit dans sa servitude la paix dont elle n'avoit jamais pu jouir dans sa liberté.
L'univers étoit donc paisible ; mais ce n'étoit là qu'une fausse paix. L'homme, en proie à ses passions injustes et violentes, éprouvoit an-dedans de lui-même la guerre et la dissension la plus cruelle : éloigné de Dieu , livré aux agitations et aux fureurs de son propre cnur , combattu parla multiplicité et la contrariété étemelle de ses penchants déréglés, il ne pouvoit trouver la paix, parce qu'il ne la cherchoit que dans la source même de ses troubles et de ses inquiétudes. Les philosophes s'étoient vantés de pouvoir la donner à leurs disciples ; mais ce calme universel des passions qu'ils promettoient à leur sage, et qu'ils annonçoient avec tant d'emphase, en pouvoit réprimer les saillies , mais en laissoit tout le venin et tout le tumulte dans le cœur. C'étoit une paix d'orgueil et d'ostentation ; elle masquoit les dehors , mais, sous ce masque d'appareil , Thomme se retrouvoit toujours lui-même.
Jésus-Christ descend aujourd'hui sur la terre pour apporter aux hommes cette paix véritable que le monde jusque là n'avoit pu leur donner. Il vient porter le remède jusqu'à la source du mal ; sa divine philosophie ne se borne pas à donner de ces préceptes pompeux qui pouvoient plaire à la raison , mais qui ne guérissoient pas les plaieidu coeur ; et commel'orgneil, la volupté , les haines et les vengeances avoient été les sources fatales de toutes les agitations que le OBur de lliomme avoit éprouvées , il vient lui rendre la paix en les tarissant par sa grâce, par sa doctrine et par son exemple.
Oui, mes Frères , je dis que l'orgueil avoit été la première source des troubles qui déehiroient lé cœur des hommes. Quelles guerres, quelles fureurs cette funeste passion n'avoit-elle pas allnméeàsur la terre! De quels torrents de sang n'avdt-elle pas inondé l'univers! Et r histoire des peuples rt des empires, des princes et des conque-
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ranto, rhistoire de tous les siècles et de toutes les nations, qu'est* elle, que rhistoire des calamités dont Forgueilaydt, depuis le commencement, afiBigé les hommes? Le monde entier n'étoit qu'un théâtre lug:id>re où cette passion hautaine et insensée donnoit tous les jours les scènes les plus sanglantes. Mais ce qui se passoit au dehors n'ètoitque l'image des troid>les que l'homme orgueilleux éprou- Toit au*dedans de lûi-méme. Le désir de s'élerer étoit une vertu ; la modèraticMi passoit pour Ueheté $ un homme seulbouleversoit sa patrie , r^Teisoit les lois et les coutumes , faisoit des millions, de malheureux pour usurper la première place parmi ses citcqrens , et le succès de son crime lui attiroit des hommages; etson nom, souillé du saog de ses frères , n'en ayoit que plus d'édat dans les annales publiques , qui en conservoient la mémoire ; et un scélérat heureux devenoit le plus grand homme de son siècle. Cette passion , en descendant dans la foule, étoit moins éclatante, mais elle n'en étoit pas moins Tire et furieuse. L'homme obscur n'étoit pas plus tran^ quille que Thomme public ; chacun Youloit remporter sur ses égaux s l'orateur, le philosophe, se disputoient, s'arrachoient la gloire , Tunique but de leurs travaux et de leurs veilles ; et comme les desirs de l'orgueil sont insatiables, l'homme, à qui il étoit alors honorable de s'y livrer tout entier , ne pouvant s'y fixer , ne pouvoit aussi être calme et paisible. L'orgueil , devenu la seule source de l'honneur et de la gloire humaine , étoit devenuFécueil fatal du re pos et du bonheur des hommes.
La naissance de JésuiMIhrist, en corrigeant le monde de cette erreur, y rétablit la paix que l'orgueil avoit bannie de la terre. Il pouvoit se manifester aux hommes avec tous les traits éclatants que les prophètes lui avoient attribués ; il pouvoit prendreles titres pompeux de conquérant de Juda, de législateur des peuples , de libérateur d'Israël: Jérusalem , à ces caractères glorieux , auroit reconnu celui qu'elle attendoit : mais Jérusalem ne voyoit dans ces titres qu'une gloire humaine , et Jésus-Christ vient la détromper et lui apprendre que cette gloire n'est rien, qu'une pareille attente n'eût pas été digne des oracles de tant de prophètes qui Ta voient annoncé j que l'Esprit-Saint , qui les avoit inspirés , ne pouvoit promettre que la sainteté et des biens éternék aux hommes ; que tous les autres biens, loin de les rendre heureux , multiplioient leurs malheurs et leurs crimes, et que son ministère visible n'alloit répondre aux promesses éclatantes qui l'annonçoient depuis tant de siècles , que parcequ'il seroit tout spirituel , et qu'il ne se proposoit que le salut de tous les hommes.
Aussi il naît à Bethléem , dans un état pauvre et abject, sans appareil extérieur , lui dont les cantiques de toute la milice du del cèlébroient alors k naissance $ sans Utre qui le distingue aux yeux des hommes , lui qui étoit élevé au-dessus de toute prindpautâ et de toutepulMance ; il soufire que sou nom soit inscrit avec les noms loi
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fim obscurs dei oujcls de César , lui dont le nom étoit au-dessus de tout antre nom , et qui seul a^oit droit d'écrire le nom de ses élus dans le âyro de l'éternité; des pasteurs simfriles et grossiers tout •culs viennent lui rendre hommage, lui devant qui tout ce qu'il y « de grand dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, doit fléchir le genou i enfin^ tout ce qui peut confondre l'orgueil humain est rass^nblé dans le spectacle de sa naissance. Si les titres, si rélévation, ' si les prospérités avoient pu nous rendre heureux ici-bas et mettre la paix dans notre corar, Jésus-Christ en auroit paru revêtu, et aoroit apporté ces biens à ses disciples $ mais il ne nous apporte la paix qu'en les méprisant, et en nous apprenant à les mépriser nousmêmes; il ne vient nous rendre heureux qu'en venant réprimer des . désirs qui jusque là avoi^t formé toutes nos inquiétudes ; il vient nous montrer des biens plus réels et plus durables, seuls capaUesde calmer nos cœurs, de remplir nos désirs , de soulager nos peines; des biens qu^ les hommes ne peuvent nous 6ter, et qu'il suffit d'aimer et de désirer pour être assuré de les posséder.
Cependant, cette paix heureuse, qui la goûte? Les guerres, les troubles, les fureurs en sont-elles plus rares dans l'univeradepuissa naissance? les empires et les états qui l'adorent en sont-ils plus paisibles? l'orgueil, qu'il est venu anéantir, en met-il moinsle tumulte et la confusion parmi les hommes? Cherchez au milieu des chrétiew cette paix qui devroitétre leur héritage :ou la trouverez-v<Nis?l)ina les villes? l'orgueil y met tout en mouvement, chacun veut moiiier plus haut que ses ancêtres : un seul, que la fortune élève, y fUtmille malheureux qui suivent ses traces sans pouvoir atteindre où il est parvenu. Dans l'enceinte des murs domestiques 7 elle ne oachequa des soins et des inquiétudes ; et le père de famille, sans cesse occupé, agité plus de Tavanoement que de l'éducation chrétienne <tos siens^ leur laisse pour héritage ses agitations et ses inquiétudes» q^'ila transmettront un jour eux-mêmes à leurs descendants. Bans lé palais des rois? mais c'est ici qu'une ambition démesurée ronge, <Ûvore tous les cœurs ; c'est ici que, sous les dehors spécieux die la joie et de la tranquillité, se nourrissent les passions les plus violentes et les plus amères ; c'est id où le bonheur semble résider, et oà Foi^pieil fait plus de malhcnireux et de mécontents. Dans le sanctuaire? Mas! cedevToit être là sans doute l'asile de la paix : mais l'ambition est entrée même dans le lieu saint : on y cherche pbs à s'élever qu'à se rendre utile à ses frères ; les dignités saintes de l'Eglise deviennent, comme celles du siècle , le prix de l'intrigue et des emprenonents ; la religiaose drconspedion du prince ne peut arrêter les sollieitatiens et les pratiques secrètes ; on y voit la même vivadtè dans les concnmnoes, la même tristesse dans l'oubli où l'on nous laisse, la même jalousie envers ceux qu'on nous préfère Un mbiistère qu'on ne devroit accepter qu'en tremblant, on le brigw avee andaee : on t'asseoit dans le temple de Dieu sans y avoir été placé de sa M. !• 10
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auûn; on eBi à la tête da troupeau sans l'agrément de oetni à^i H appartient, et sans qu'il nous ait dit, comme i Pierre : Paissez mes brebis (Joan ., xxi, 17) ; et , comme on en a pris le soin sans tooation et sans talent, on le conduit sans édification et sans flruit, bélas! el souvent avec scandale. 0 paix de Jésus-Christ, qui surpasaei tout sentiment, seul remède des troubles que l'orgueil ne cesse d'ezdior dans nos cœurs, qui pourra donc vous donner à rhomme?
Mais, en second lieu , si les inquiétudes deForgueil avoient banni la paix do la terre , les désirs impurs de la diair n'y avoient pas exdié motnsde troubles. L'homme, no se souvenant plus de Tcxadlenoe de sa nature et de la sainteté do son origine, se Kvroit sans scrapule, comme les bétcs, à Timpétuosité de cet instinct brutal. Le trouvant dans son cœur le plus violent et le plus universel de ses penchants , il le croyoit aussi le plus innocent cl le plus légitime. Pour rauloriscr même davantage, il le fit entrer dans son culte, et se forma des dieux impurs, dans le temple desquels ce vice infâme devenoit le seul hommage qui honoroit leurs autels. Un philosophe même, le plus sage d'ailleurs des païens, craignant que le mariage ne mit une espèce de frein à cette passion déplorable , avoit voulu aboUr ce lien sacré , permettre une brutale confusion parmi les hommes , comme parmi les animaux , et ne multiplier le genre humain que par des crimes. Plus ce vice étoit universel, plus il perdoit le nom de vice , et cependant quel déluge de mauxn'avoit-il pas répandu sur la terre 1 avec quelle Aireur ne Favoit-on pas vu armer les peuples contre les peuples, les rois contre le$ rois, le sang contre le sang, les frères contre les frères , porter partout le trouble et le carnage, et ébranler l'univers entier! Les raines des villes, les débris des empires les plus florissants , les sceptres et les couronnes renversées » devenoient les monuments publics et lugubres que chàqoe siècle élevoit, pour conserver, ce semble» aux âges suivants f le souvenir et la tradition funeste des calamités dont ce vice n'avoit eessé d*affiger le genre humain. II devenoit lui-même un fonds niépuisable de troubles et de chagrins pour Thomme qui s'y livroit alors sans mesure. Il promettoit la paix et les plaisirs ; mais les jalousies, les soupçons, les fureurs, les excès, les dégoûts, les inoonsuoces , les noirs chagrins marchoient toujours sur ses pas , jusque là que les lois, la religion, l'exemple commun l'autorisant, le seul amour du repos, dans ces siècles mêmes de ténèbres et de oorrupiion , en éloignoit un petit nombre de sages.
Maiaoe motif étoit trop foible pour en arrêter le oours impétueux, et en éteindre les feux dans le cœur de l'homme : il falloit un remède plus puissant; et Cest la naissance du Libérateur qui vient retires las hommes de cet abîme de corruption, pour les rendre purs et sans tache , les dégager de ces Uéns honteux , et leur donner la paix en leur rendant la liberté et l'ipBOceDce, que la servitude et la tyrannie
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deee vice IdSv aboient 6tées. Il Dâtt d^one mère y'mge , et la plus pme de tourtes lescréatures : par-là il met dégaen homieur nneyeita ÎBConnae m monde , et qoe son peuple même regardoit eomme im opprobre. De plus, en a'onlssant à nous, il devient notre dief, nous imorpore atee lut, noos fait deyenir les membres de son corps B^tiqne, de ce corps qai ne reçoit pins de vie et d'influence que de lui, de ce oorps dont tons les miiâstères sont saints, qui doit être assis à la droite du Dieu vivant et le glorifier dans tous les siédes.
Toilà) mes Frères, à fod degré d'honneur Jésos-Chrbt dans ce mystèreélèvenotredttir : il en foitle temple de Dieu, le sanctuaire de riîsprit-Saint , la portion d'un corps où la plénitude delà Divinité réside, l'objet delà complaisance et de l'amour de son Père. Mus ne profanons-nous pas encore ce temple saint? ne faisons-nous pas enoore servir à l'ignominie les membres de Jésus-Christ ? en respectoMhnous plus notre chair, depuis qu'elle est devenue une portion sainte de son oorps mystique ? Cette passion honteuse n'exerce- t-elle pas encore la même tyrannie sur les chrétiens , c'est-à-dire sur les enfants de la sainteté et de la liberté? ne trouble-t-elle pas encore la paix de l'univers, la tranquillité desempircs, le repos des familles, l'ordre de la société, la bonne foi des mariages, rinnoccnce des commeroes, la destinée de chaque particulier? ne donne-t-eUe pas enoofre tous les jours des spectacles tragiquesau monde? respecte-t-ellc lea liens les plus sacrés et les caractères les plus respectables? ne oompte-t-elle pas pour rien tous les devoirs? compte-t-elle pour bemcoiap les bienséances même? et ne fait-elle pas de la société entière une conitasion affreuse, où l'usage a effacé toutes les règles? Tous-mêmes qui m'éooutez, d'où sont venus tous les malh^rs et tous les chngriQs de rotre vie? n'est-ce pas de cette passion déplordMe? N'est-ce pas die qui a renrersé votre fortune, qui a mis le {rouHe et la division dans l'enceinte même de votre famille, qui a englouti le patrimoine de vos pères , qui a déshonoré votre nom , qui a ruiné votre santé , et qui vous fait mener une vie triste et ignominiensesurla terre?n'est-ce pas elle du moinsqui actuellement fSédûre votre cœur qu'elle possède? Que se passe-t-il au-dedans de vous , qu'une révolution tumultueuse de frayeurs , de désirs, de ja loufiies, de défiances, de dégoûts, de noirceurs , de dépits, de chagrins, de fureurs? et avez-yous goûté un seul moment de paix depuis que cette passion a som'Ué votre ame , et est venue troubler tvullereposdeTotrevie? Faites renaître Jésus-Christ dans votre rcpur, lui seul peut être votre paix véritable : chassez-cn les esprits fmpnis,- et la maison de votre ame sera paisible : redevenez un enfant de la grâce ; l'innocence est la seule source de la tranquillité.
Enfin, la naissance de Jésus-Christ réconcilie les hommes avec son Pèite I cite réunit les Gentils et les Juifs; elle anéantit toutes ces disfinotions odieuses de Grec et de Barbare, de Romain et de Scytiie ; ^e étdnt toutcsles iniMtiéset toul€i»les haines ; de tous les peuples,
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eUe n'^D faK plus qu'au peiqile ; de tous ses disciples, qa'Qa eamt et qa'une «ne : dernier genre de paix qu'elle ^ent apporter anx bommes, Ik n'étoient liés auparaTant entre eux , ni par le crite, m par une espérante commune, ni par Fallianoe nouydle, qui dans on ennemi nous déoouyre un frère. Ils se regardoient pr^que coaune des créaiures d*une espèce diflèrente : la diversité des religions , des mcDurs, des pays, des langages, désintérêts, sfroit, oe soadiile, diversifié en eux la mémo nature ; à peine se reeoonoissoienC-ils mu- Inellement à la figure de Thumanité , le seul signe d'union qui lefur «'estoit encore. Ils s'exCerminoient comme des bétes féroces $ ils faisoient consista leur gloire à dépeupler la terre de leur» aem* Uables, et à porter en triomphe leurs têtes sanglantes, comme les monuments édatants de leur victoire : on auroit dit qu'ils tenoient leur être de différents créateurs irréconciliables, toujours occupés à se détruire, et qui ne les avoicnt placés ici-bas que pour venger leur querelle et terminer leurs différends par Textinction universeUede l'un des deux partis : tout divisoit les bommes, et rien ne les lioit entre eux que les passions et les intérêts , qui étoient eux-mêmes la source unique de leurs divisions et de leur discorde.
Mais Jésus-Christ est devenu notre paix , notre réconciliation , la pierre angulaire qui rassemble et réunit tout Tédifioe, le chef vi* vifiant qui unit tous ses membres, et n'en fait qu'un même corps. Tout nous lie à lui ; et tout ce qui nous lie à lui nous unit ensemble. C'est le même esprit qui nous anime ^ la même espérance qui nous soutient , le même sein qui nous enfante , le même bercail qui nous rassemble, et le même pasteur qui nous conduit : nous sommes les enfants d'un même père , les héritiers des mêmes promesses, les citoyens de la même cité éternelle, les m^nbres d'un même corps
Or, mes Frères, tant de liens sacrés ont-ils pu réussir à nous unir ensemble 7 Le christianisme, qui ne devoit être que l'union des cosurs, le lien des fidèles entre eux» et de Jésus»Gbrist avec les fidèles, et qui devoit retracer l'image de la paix du ciel sur la terre^ le christianisme n'est plus lui-même qu'un théâtre affirenx de dissensions et de troubles ; la guerre et la fureur semblent avoir établi parmi les chrétiens une demeure étemelle : la rdigion, qui devoit les unir, les divise elle-même. L'infidèle, l'ennemi de Jésus-Christ , les enfimts du faux prophète qui n'est venu porier que la guerre et le carnage parmi les hommes , sont en paix ; et les enfants de la paix, et les disciples de celui qui vient l'apporter aujourd'hui aux hommes, ont toujours en main le fer et le feu les uns contre les autres ! Je le dis hardiment devant un prince qui a mille fois préféré la paix à la victoire. Les rois s'élèvent contrôles rois, les peuples contrcles peuples; Jes mers qui les séparent les rejoignent pour s'entre^truire ; un vil monceau de pierres arme leur fureur et leur vengeance : et des natioua entières v<mt périr et s'ensevdir sous ses murs , pour disputer b qui demeureront ses ruines. T^ terre n'est pas aaseï vaste pour
LE JOUR DR NOËL. iM
tes contenir, et ki fixer chacmi dans les bornes qae la natnredlemtee semMe âTOir mises aux états et aux empires i cliacan yeal nsnrper sor son yoisin j et on misérable cbamp de bataille, qoi suffit à peine poor la sépnltnre de ceux qui Font disputé , devient le prix des raisseanx de sang dont il demeore à jamais souillé. 0 diyin réooDclliateur des bommes, revenez donc encore sur la terre, puisque la paix que vous y apportâtes ea naissant laisse encore tant de guerres et de calamités dans l'univers!
Ce n'est pas tout : l'enceinte elle-même des villes, qui nous unit sous les némes lois , ne réunit pas les cosurs et les affections ; les haines, les jalousies divisent lescitoyens comme elles divisent les natioiis; les animoaités se perpétuent dans les familles, et les pères les transmettent aux enfants , comme un héritage de malédiction. L'autorité du prince a beau désarmer le bras , elle ne désarme pas les cœorsi 0 a beau 6ter le glaive des mains, on perce mille fois plus cruellementson ennemi avec le glaive de la langue : la haine, obligée de se renféhner au-dedans , en devient plus profonde et plus amère ^ et pardonner est une foiblesse qui déshonore. O mes Frères , Jésus^ Christ est donc descendu en vain sur la terre? H est venu nous apporter la paix ; il nous l'a laissée comme son héritage } il ne nous a rien tant recommandé que de nous aimer : et l'union et la paix sem- Uent bannies du milieu de nous \ et les haines partagent encore la cour, la ville , les familles; et ceux que les places, que les intérêts de l'état, que les bienséances mène , que le sang du moins devroil unir , se dédûrent , se dévorent , voudroient se détruire , et s'élever sur les mines les uns des autres ,- et la religion, qui noua montre nos frères dans nos ennemis, n'est plus écoutée,* et la menaœ qui nous fait attendre la même sévérité de la part de Dieu , que nous aurons eue pour nos frères , ne nous touche plus; et tous œs motib , si capables d'adoucir le coeur, y laissent encore toute l'amertume de la haine I Nous vivons tranquillement dans cet étatafreox ; l'équité de nos plaintes envers nos ennemis nous calme sur l'injustice de notre haine et de notre éloignement pour eux s et si nous nousen rapprochons à la mort, ce n'est pas que nous les aimions» cTest que le ccBur mourant n'a plus la force de les haïr ; c'est que tous nos sentfanents sont presque éteints; oadu moins, c'est quo nous ne sentons plus rien que notr^ défaillance et notre extinction prodiaine. Unissons^nous donc à Jésus-Christ naissant ; entrons dans l'esprit de ce mystère t rendons à Dieu avec lui la gloire qui loi est dwi e^est le seul moyen de nous reoàre à nou»-mêmes la faix que nos passions nous avoient jusqu'ici ôtée. ^insi saU^L