‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 26 sur 96 · DIVINITÉ DE JÉSUS-CÎHRIST · texte numérisé non relu

DIVINITÉ DE JÉSUS-CÎHRIST

eoMnis de sa diyi&iléliû aeeordoit, ooeoUYealripi'il 08t 1

on Diea manifesté en chair, et descendu snr la terre pour aamer

lesbeounes.

Oui, mes Frères, c'est nne alternative inéritaUe t si Jéso^-Cbriit est saint, il est IKea ; et si son nûnistère n'est pas on ministère d'erreur et d'impqstqre, c'est le nûnistère de la Vérité éterajeUe ellemême, (pii s'est manifestée ponr nous instruire. Or les ennemis de sa naismnce divine sont forcés d'avouer qu'il a été mi homme juste, innocent ami de Dieu;, et si le monde a vu des esprit noirs et impies , qui ont encore osé blasphémer contre son innocence, et le confondre avec les séducteurs , ce n'ont été que quelques monstres dont le genre humain a eu horreur, et dont le nom même, trop odieux à toute la nature, est demeuré enseveli dans las mêmes ténèbres d*où l'horreur de leur impiété étoit sortie.

En effet, quel homme jusque-là avoit paru sur la terre nvec pins de caractères incontestables d'innocence et de sainteté, que Jéras, Fils du Dieu vivant? En quel philosophe a voit-on jamais remarqué tant d'amour pour la vertu , tant de mépris sincère ponr le monde , tant de charité pour les hommes , tant d'indifiërenoe pour la gloire humaine , tant de zèle pour la gl<Mrc de l'Etre souva^n , tant d'âèvalion aurdossos de tout ce que les honunès admirent et recherchent? Quel est son zèle pour le salut des hommes 1 c'est là que se rapportent tous ses discours , tous ses soins , tous ses désirs , toutes ses inquiétudes. Les philosophes critiquoient seulement les hommes , et ne dierch(»ent qu'à faire sentir leur foiblo ou leur ridicule ; Jésus- Christ ne parle de leurs vices que pour leur en prescrire les remèdes. Les uns étoient les censeurs des foiblesses humaines ; Jésus-Ciirist en est le médecin : les uns se faisoient honneur de remarquer en autrui des vices dont ils n'étoient pas exempts eux-mêmes j celui-ci ne parle qu'avec une douleur amère des fautes dont son innocence le met à couvert, et répand môme des larmes sur les dérèglements d*une ville infidèle : on voit bien que les uns ne vouloient pas corriger les hommes , mais s'en faire estimer en les méprisant , et que Tautro ne pense qu'à les sauver, et est peu louché de leurs applaudissements et de leur estime.

Suivez le détail de ses mœurs et de sa conduite, et voyez s'il a jamais paru sur la terre un juste plus universellement exempt de toutes les foiblesses les plus inséparables de Thumanité. Plus on l'observe, plus sa sainteté se développe. Ses disciples, qui le voient de plus près , sont le plus frappés do linnoccnco de sa vie $ et la familiarité , si dangereuse à la vertu la plus héroïque, ne sert qu'à découvrir tous les jours de nouvelles merveilles dans les siennes, il ne parle que le langage du ciel : il ne répond que lorsque ses réponses peuvent être utiles au salut de c^ix qui l'interrogent. On ne voit point en lui de ces intervalles où l'homme se retrouvai Itartout 11 parolt un envoyé du Tràs^Haut. Les actions les ptas

fét LA CIRCONCISION.

oMimiiiiies tont eo loi ringalièr^, par la noQTeaiité et la miHI« nilé des diipositioiis dont il les acooBipagDe, et il ne ^rolt pat moins un homme divin lorsqu'il mange chef un Pharisieii q<ie liM-squ'fl raèsuscite Laxare. Certes, mea Frères, la nature tonte seule ne sauroit mener si loin la téUÀ&sae humaine. Ce n'est pas id un philosophe qui impose , c'est un juste qui prend, dans ses profites exemples , les règles et les préceptes de sa doctrine : il faut bienqu'il soit saint ; puisque le disciple lu-iméme qui le trahit , in> téressé à justifier sa perfidie en découvrant-ses défauts, rend pourtant un témoignage public à son innocence et à sa sainteté, et que toute la malice de ses ennemis défiée n'a su le reprendre d'aucun pécM.

Or, je dis , mes Frères , que si Jésus-Christ est saint, il est Dieu; et que , soit que vous considériez la doctrine qu'il nous a enseignée par rapport à son Père , ou par rapport aux hommes , elle n'est plus qn^un amas d'équivoques malignes, ou de blasphèmes enveloppés, s'il n'est qu'un homme ordinaire , envoyé seulement de Dieu pour instruire les hommes.

Je dia, soit que vous le considériei par rapport à son Père. En effet, si Jésus-Christ n'est qu'un simple envoyé du Très-Haut, il ne vient donc que pour manifester aux nations idolâtres l'unité de l'essence divine. Mais , outre que sa mission regarde principalement les Juifs, qui depuis long- temps n'étoient plus retombés dans l'idolâtrie, et n'avoient pas besoin par conséquent que Dieu leur susdtàt un prophète pour les corriger d*uue erreur dont ils étoient exempts, et un prophète qu'on leur faisoit espérer depuis la naissance do monde, comme la lumière d'Israël et le libérateur de son peuple; outre cela , comment Jésus-Christ s'y prend-il pour remplir son ministère, et quel est son langage sur l'Étre-Supréme? Moïse et les prophètes chargés de la même mission ne cessoient de publier que le Seigneur étoit un ; que c'éloit une impiété de le comparer à 1» ressemblance de la créature , et qu'ils n'étoient eux-mêmes que ses serviteurs et ses envoyés, vils instruments entre les mains d'un Dieu qui opéroit en eux de grandes choses. Nulle expression douteuse ne leur échappe sur un point si essentiel à leur mission : nulle comparaison d'eux à l'Étre-Supréme , toujours dangereuse par le penchant que l'homme avoit de prostituer ses hommages à l'homme et de se faire des dieux palpables et visibles : nul terme équivoque qui eût pu les confondre eux-mêmes avec le Seigneur, au nom duquel ils parloient , et donner lieu à une superstition et à une idolâtrie qu'ils venoient combattre.

Mais si Jésus-Christ n'est qu'un envoyé comme eux , il s'en faut bien qu'il ne remplisse avec autant de fidélité qu'eux son ministère. II ne cesse de se dire égal à son Père : il vient nous apprendre qu'il est descendu du Ciel et sorti du sein de Dieu , qu'il étoit avant Abraham, qu'il étoit avant toutes choses ; que le Père et lui ne font qu'un;

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qoe la vie iterneile oondstoà connottrele Fils, eonmieà connoMre le Pèi« { qae toiit oe qitô le Père fait , le Fito le fait aussi. Trouvei- BQM>i im propliôte qui , jusqu'à Jésus-Glirist , eût tenu un langage si noaireaa, si inouï , si peu respectueux pour le Dieu suprême , et qui , loin de rendre gloire à Dieu , comme à l'auteur de tout don excellent , ait attribué à ses propres forces les grandes dioses que le Seigneur aToit daigné opérer par son ministère? Partout il se compare au Dieu souverain : il dit à la yérité une fois que le Père est plus grand que lui ; mais quel est ce langage, s'il n'est pas luimême un Dieu manifesté en chair? et ne re^nrderions-nous pas conune un insensé un homme qui Tiendroit nous annoncer sérieusement que rétre-Supréme est plus grand que lui? H'est-ce pas s'égaler à la DiTilliié , que d'oser même se mesurer avec elle? Y a-t4l qudque proportion , et du plus ou du moins, entre Dieu et Tiiomme, entre le tout et le néant? Mais, que dia^je? Jésus-Christ ne se contente pas de se dire égal à Dieu, il justifie même la nouveauté de ses expressions contre les murmures des Juifs qui s'en scandalisent : loin de les détromper nettement, il les confirme dans le scandale : partout il afiecte un langage qui devient on insensé ou impie , si son égalité avec son Père ne Téclaircit et ne le justifie. Que vient-il faire sur la terre , s'il n'est pas Dieu ? Il vient scandaliser les Juifs en leur donnant lieu de croire qu'il se compare au Très-Haut ; il vient séduire les nations , en se faisant adorer après sa mort à toute la terre ; il vient répandre de nouveUes ténèbres dans l'univers , et non pas y répandre, comme il s'en est vanté, la sdenœ» la lumière et la connoissance de Dieu. Quoi ! mes Frères , Paul et Barnabe déchirent leurs vêtements lorsqu'on les prend pour des dieux ; ils crient hautement devant les peuples qui veulent leur immoler des victimes : Adorez le Seigneur, dont nous ne sommes que les envoyés et les ministres; l'ange, dans l'Apocalypse, lorsque saint Jean se prosterne pour l'adorer, rejette avec horreur cet hommage, et lui dit hautement : Adorez Dieu seul ( Apog. , xix , 10 ) 1 et Jésus-Christ souffre tranquillement qu'on lui rende des honneurs divins : ^ Jésus-Christ loue la foi des disciples qui l'adorent et qui l'appellent avec Thomas , leur Seigneur et leur Dieu ( Jemi , xx , 28} 1 et Jésus- Christ confond même ses ennemis qui lui disputent sa divinité et son éternelle origine: Est-il donc moins zélé que ses disciples pour la gloire de celui qui l'envoie? ou lui importe- t-il moins de dé* tromper nettement les peuples d'une méprise si injurieuse à l'Étre* Suprême , et qui anéantit le fruit unique de son ministère?

Oui, mes Frères, quel bien Jésus-Cfairist est-il veniL apporter au monde, si ceux qui l'adorent sont des idolâtres et des profanes? Tous ceux qui ont cru en lui , l'ont adoré comme le Fils éternd du Père, l'image de sa substance et la :plendeur de sa gloire. U ne se trouve qu'un très petit nombre d'hommes dans le christianisme, lesciuds, en le recevant comme Fc vo>è le Dieu, relisent de lui rendre les

IM LA ClitGOfiGiSIOM.

hoDoenn diTioft t celte secte même, bniûe de toates parts, exécrable dans les lieax même où toutes les crrears (ronveDi mi^isUe^ est réduite à qadqaes sectetears obscurs et cacbés , ponie partout comsie one impiété, dés qu'elle ose se montrer à déoonrert, et obligée desecadier dans les ténèbres et dans les extrémités des pro» vinoes et des rojanmes les plus lecolés. Est-ce deoc là ce penple nombreux, de tonte langoe, de tonte tribu, de tonte naticm, que Jésus-Christ étdt Tenu former sur la terre? est-ce là cette Jérusalem auparavant stérile, et deveDue féconde, qui deroit renfermer dans son sein les peu|des et les nations, et oà les lies les plus éloignées, les princes et les rms deroient Tenir adorer? Sont-ce là les grands arantages que le monde dcToit retirer du ministère de Jésus- Christ? est-ce donc là cette abondance de grâce, cette plénitude de l'esprit delMeu répandu sur tous les hommes, ce renouyettement universel, ce règne spirituel et durable, que les prophètes aroient prédit avec tant de majeste , et qui devoit accompagner la venue du libérateur? Quoi ! mes Friras, une attente si màgnîBque se réduit donc à voir le monde plongé dans une nouvdle idolâtrie? Cet avènement si heureux pour la terre , promis depuis tant de siècles, annoncé avec tant de pompe, désiré de tous les Justes, montré de hrin à tout Tunivers, comme son unique ressource , devoit donc te corrompre et le pervertir pour toujours? Cette Eglise si féconde , dont les rois et les césars à la tête de leurs peuples devdent être les enfants, ne devoit donc renfermer dans son enceinte qu'un petit nombre d'tommes odieux au cidet à la terre, la honte de la nature et de la religion, ohUgés de cachor dans les ténèbres rhcvrenr de leurs blaspbèoies? et toute la magnificence future de TEvangite devoit donc se borner à former la secte affireuse d'un impie Socin ?

O Dieul que la foi de votre Eglise parolt sage et raisonnable, IcMTsqu'on l'qppose aux contradictions insensées de l'incrédulitel et qu'il est consolant pour ceux qui croient en Jésus-Christ, et qui espèrent en lui , de voir les abtmes que se creuse Forgueil , lorsqu'il entreprend de se frayer des routes nouvelles et de saper le fondement unique de la foi et de l'espérance des chrétiens !

Yoilà , mes Frères, comme la doctrine de Jésus-Christ, par rapport à son Père, éteblit la gloire de son étemelle origine. Aussi , lorsque les prophètes parlent du Dieu du ciel et de la terre , les expressions manquent à la grandeur et à la magnificence de leurs idées. Pleins de l'immensite , de la tonte-puissance et de la majesté deTEtre-Suprême, ils épuisent la foiblesse du langage humain, pour répondre à la sublimité de ces images. Ce Dieu, c'est celui qui mesure les eaux de la mer dans le creux de sa main, qui pèselcs mon tegiics dans sa balance, qui tient entre ses mains les foudres et les tempêtes ; qui dit , et tout est fait ; qui se joue en soutenant Tunivers. De simples hommes dévoient laurier ainsi delà gloire du Très- Haut : la dispr<q[K>rtion infinie oui sf trouve entre Fimmensité de

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. ifiT

rétre-Snpréme et b foibtesse de resprit humain doit le frapper, Fébloiiir , le confondre ; et les termes les plus pompeux ne le sont jamais assez pour suiHre à son admiration et à sa surprise.

Mais lorsque Jésus-Christ parle de la gloire du Seigneur, ce ne sont plus CCS expressions pompeuses des prophètes : il l'appelle nn Père saint , un Père juste , un Père clément ; un Pasteur qui conrf a|Hrès la brebis égarée, et qui la met ateo bonté sur ses épades; un ami qui se laisse vaincre par les importunités de son ami, or pàr« de famille touché du retour et de la résipiscence de son fils : on Toft bien que c'est ici un enfant qui parle un langage domestiqur , que la familiarité et la simplicité de ses expressions supposent en lui une sublimité de connoissance qui lui rend l'idée de rÉtre-Souyeraip familière, et fait qu'il n'est point frappé et ébloui comme nous de sa majesté et de sa gloire, et qu'enfin il ne parle que de ce qu'il voit à découvert et qu'il possède lui-même. On est bien moins frappé Je réclat des titres qu'on a portes , pour ainsi dire , en naissant : les enfants des rois parlent simplement des sceptres et des couronnes ; et il n'est aussi que le Fils éternel du Dieu vivant qui puisse parler si familièrement de la gloire de Dieu même.

Toilà, mes Frères, puisque nous entrons en société avec Jésus* Christ de tous ses ayantages, le droit qu'il nous a acquis de regarder Dieu comme notre père, d'oser nous dire ses enfants, del'aimerplutût que de le craindre. Cependant nous le servons comme des esclaves et des mercenaires ; nous craignons ses châtiments , nous sommes pea touchés de son amour et de ses promesses : sa loi si juste , si sainte , n'a rien d'aimable pour nous ; c'est un joug qui nous pèse , qui nous fait murmurer, et que nous aurions bientôt secoué, si les transgressions en dévoient étreimpunies : on n'entend quedes plaintes contre la sévérité de ses préceptes , que des contentions pour soutenir les adoucissements que le monde y mélo sans cesse : en un mot 8*il n'étoit pas un Dieu Tengeur, nous ne le connoltrions pas ; et ii n'est redevable qu'à sa îustioe et à ses châtiments, de nos respects et de nos hommages.

Mais la doctrine de Jésus-Christ, par rapport aux hommes qu'il est venu instruire, n'établit pas moins la vérité de sa naissance divine. Car je ne parle pas ici de la sagesse, de la sainteté, de la sublimité de cette doctrine : tout y est digne de la raison et de la plus saine philosophie; tout y est proportionné à la misère et à l'excellence de l'homme, k ses besoins et à ses hautes destinées ; tout y inspire le mépris des choses périssables et l'amour des bienséternels ; fout y maintient le bon ordre et la tranquillité des états ; tout y ea^ grand, parceque tout y est vrai : la gloire des actions est plus réelle et plus éclatante dans le cœur que dans les actions mêmes. I.e sage de l'Évangile ne cherche ici-bas dans sa vertu , que la satisfaction d'obéir à Dieu , qui en sera un jour le rémunérateur, et préfère le témoignage de sa conscience aux applaudissements des hommes. 11

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