‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 34 sur 96 · SUR LE JEUNE. SOI · texte numérisé non relu

SUR LE JEUNE. SOI

Que remMml seul eraigne ces jours heureux ; qu'il ^'afflige de Yoir anrirer ce temps de propttiation , dont la (praoe ya se servir pout dèHyrer du péché tant d'ames criminelles; qu'il tremble de voir tous ces dehors oonscdants de pénitence , et tout cet appareil de miséricorde que la bonté de Dieu prépare aux pécheurs. Mais pour vous , mes Frères , dit saint Ambroise , parfumez vos têtes , entrez dans les sentiments d'une sainte àllégraBse; ce n'est pas aux vainqueurs à être tristes : Ungite caput vuirum : nemo tristis eoronaiUTf nemo mœstus triumphat.

Car, mes Frères, il est des tristesses de plus d'une scnrte. Il y a une tristesse de pénitence qui opère le salut ; et la joie de l'Esprit saint en est toujours le plus doux firuit : une tristesse d'hypocrisie qui, observant la lettre de la loi, affecte des dehors pâles et défigurés , pour ne pas perdre devant les honunes le mérite de sa pénitence ; et celle-là est rare : enfin une tristesse de corruption , qui oppose à cette loi sainte un fonds de répugnance et do sensualité : et l'on peut dure que c'est l'impression la plus universelle que fait sur nous le précepte du jeûne et de l'abstinence.

Or de là il arrive, ou qu'on se dispense de l'observer sur des prétextes frivoles , on qo*on ne l'observe qu'à demi. Il importe donc d'examiner aujourd'hui les excuses dont on se sert pour se dispenser d'une loi si sainte , et en second lieu les abus où l'on tombe en l'observant.

C'est l'idée d'instruction la plus simple et la plus naturelle ; c'està-dire que je me propose d'étabUr l'obligation et l'étendue de la loi du jeûne. L'obligation, contre ceux qui en violent le devoir ; Tétendue, contre ceux qui en adoucissent l'observance. C'est par où nous ouvrirons les instructions de cette sainte carrière.

Mais avant de les commencer, grand Dieu ! écoutez les plus sincères gémissements de mon cœur. Je sais que ce n'est pas à un pécheur de raconter vos justices et de publier vos ordonnances ,* et je me déoouragerois dans le commencement de mon ministère, si je ne Shvois aussi que les instruments les plus vils sont ceux dont votre puissance se sertquelquefois avec plus de succès , afin que Thomme ne s'attribue rien à lui-même, et que toute la gloire en soit rendue à votre grâce. Soyez donc vous-même , 6 mon Dieu, le docteur intérieur des fidèles qui ro'écoutent. Inspirez des désirs de pénitence , puisque vous nous ordonnez de l'annoncer à voire peuple Soutenez le zèle des ministres qui vont évangéliscr Sion. Mettez vous-même dans leur bouche des paroles de vie et de salut. Rendez la force et la vertu à notre ministère. Revêtez^uous de celte dignité et de cette sagesse dont furent revêtus les premiers hommes apostoliques , o( qui fit tricmipher votre Évangile des philosophes et des césars. Car c'est de vous seul, 6 mon Dieu, que nous attendons l'accroissement; et toiites les foudres qui vont partir de ces chaires évangéliques« comme autrefois de la montagne de Sinaî , ne réussiront qu'à

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taire des rebelleflel des inarédtdei, 8iTOtredoigtin?iflibteiie(Mif« lawnèiiie dans lescœars les préceptes et leeerdoiuMiBCQS de Ift loi sainte. Implorons, etc. ^pe, Maria.

PREUIÂRE PARTIB.

Si j'aroisà parler ierant d^ hommes rd>e11es à la vérité et pleins de mépris ponr les lois de l'Eglise, j'étaWrois ce point de sa disci^ pline; et remontant jusqu'aux siècles les plus puvs da christianisme , je vous ferois voir la religion elle-même née , pour ainsi dire , dans le sein du jeûne et de TabsUnence. Vous auriez vu les disciples encore assemblés à Jérusalem attendre dans la pratique des jeûnes et des priâtes communes , qu'ils fassent revêtus de la vertu du Très-Haut. Vous auriez vu les premiers fidèles faire dans les rigueurs de l'abstinence l'apprentissage du martyre ; des légions même de chrétiens au milieu de lalicence des armèss idolâtres, s'assembler pour célâ)rer avec plus de solennité les jeûnes pratiqués en ces temps heureux, et trouver dans Taffciblissement d'un corps terrestre de nouvelles forces pour vaincre les ennemis de remplie. Tous auriez vu les tyrans ne reconnoltre les chrétiens qu'à l'abattement de lenr visage, et à certaine odeur de piété et de mortification qui les disc«rnoit des autres hommes. Yous auriez vu enfin rbomme ennemi toujoursattentifàfaireserviràl'iniquité les usages les plus saints, pousser dès-lors des esprits inquiets à des abstinences nouvelles et outrées, et foire retomber sur les viandes mêmes que le Seigneur a toutes créées , et dont on peut user avec action de grâces, une défense qui n'est fondée que sur la révolte de la chaîr, et sur une réparation due à la justice divine ; si fort on étoit alors persuadé que depuis la mort de l'Époux, le jeûne étoit devenu comme l'état naturel de l'Eglise.

Mais je suppose que je parle à des fidèles , qui d'un côté n'ont pas besoin qu'on justifie dans leur esprit les traditions saintes de nos pères ; mais qui de l'autre , en respectant les lois de l'Église , ne les violent pas moins pour cela ; qui ne disent pas tout haut, comme l'impie i Je n'obéirai point. Non serviam; mais qui , comme ces hommes de l'Evangile, trouvent toujours quelque prétexte pour excuser leur désobéissance t et ideo , rogo te , habe me excusatum ( Luc , XIV, 19 ) I

Or, pour démêler ici le vrai du faux dans une matière d'un si grand usage, remarquez d'abord, je vous prie, mes Frères» que puisque l'Eglise nous fait une loi du jeûne et de l'abstinence, il n'est que l'impossibilité qui puisse en justifier l'inobservance. Et quand je dis l'impossibilité , je renferme dans cette idée la difficulté fondée sur un péril évident et considérable : car je conviens que l'Eglise , en établissant celte loi , n'a pas prétendu faire une loi de mort, mais seulement une loi de pénitence.

Cette vérité supposée, examinons si les excuses sur lesquelles cm

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le dispense tous les jours de cette loi sainte , sont dignes de la rc- Ugkm , et si la simple équité elle-même n'en est pas blessée. En second lien I si lors même que ces excuses sont légitimes , il n'est pas yrai de dire qu'on n'est pas moins violateur du précepte, par la manière dont on use de l'indulgence de l'Eglise.

Vous nous dites donc en premier lieu que vous ne tous dispensez du jeûne que sur des raisons légitimes ; que votre conscience ne vous reproche rien là-dessus ; que si vous n'aviez rien à répondre devant Dieu que de la transgression de ce précepte, vous pourriez vous y présenter avec confiance ; que vous êtes né avec un tempérament foible et incapable de soutenir la rigueur de cette loi , et que le peu de santé dont vous jouissez , vous ne le devez qu'à des soins et à des précautions infinies.

Mais je pourrois vous demander d'abord si ce ne sont pas ces soins et ces précautions elles-mêmes qui l'affoiblisseut. Seriez-vous d'une santé si peu assurée, si vous aviez moins de loisir pour y faire attention , ou si la Providence vous avoit ménagé moins de moyens pour écouter là-dessus vos répugnances? Cette délicatesse de tempérament dont vous vous plaignez n'est-elle pas une suite de la vie molle et voluptueuse que vous avez toujours menée? Estelle antre chose qu'un usage d'indolence et un corps accoutumé de tout temps à ne pouvoir se passer de tout ce qui le flatte? Eh quoi ! vous prétendez que ce qui vous rend la pénitence plus nécessaire , puisse devenir un titre légitime qui vous en dispense? et que la mollesse dans laquelle vous avez toujours vécu , si opposée à l'esprit de l'Evangile, et qui vous engage en des réparations particulières d'austérité et de souffrance , vous exempte de celles qui sont communes à tous les fidèles? Yotre délicatesse est un crime elle-même que vous devez expier, et non pas une excuse qui vous dispense de Pexpiation et de la souflrance.

Je pourrois vous demander encore , si ce ne sont pas ici les façons du rang et de la naissarro . plutôt que des besoins réels et effectifs. Si vous étiez moins plein , moins occupé de vous-même ; si vous no croyiez pas que dans le rang où vous êtes né, tout ce qui vous environne ne doit servir qu'à votre félicité , ces foibles raisons de santé vous parottroient-elles si considérables? L'orgueil qui vousrepatt, même à votre insu, de votre élévation et de vos titres, fait que tout ce qui vous regarde vous parott devoir l'emporter sur tout : mais Dieu, à qui votre vie n'est pas plus chèreque celle d'une ame simple et vulgaire ; Dieu , à la gloire duquel vous n'êtes pas plus nécessaire qu'un insecte qui rampe sur la terre ; Dieu , devant qui votre ame et votre santé n'est précieuse qu'autant que vous l'employez pour son sf»rvice, ne mesure pas vos infirmités sur vos titres, mais sur sa loi ; il ne jnge pas de vos excuses par votre rang , mais par vos crimea.

David étoitun prince que les délices de la royauté auroienidù I doute amollir. Lisez dans ses divins cantiques l'histoire de ses

SOfc LE MERCREDI DES CENDRES,

•oslérités, et voyez quel fat le détail triste et édifiant de sa pénitence. Et si yoas croyez que le sexe vous donne là-dessos quelque privilège; Esther, au milieu des plaisirs d'une cour superbe, savoit aflBiger son ame par le jeûneet sedérober aux réjouissancespubliques, pour offrir à Dieu, dans le fond d'un appartement, le pain de sa douleur et le sacrificede ses larmes. Judith, si distinguée dans Israël, pleura constamment la mort de son époux dans le jeûne et dans le cilice , et rien ne put adoucir la douleur de sa perte , que les saintes rigueurs de sa retraite et de sa pénitence. Les Paule , les Marcelle, ces illustres femmes romaines, descendues des maîtres de l'univers, quels exemples d'austérité n'ont-elles pas laissés aux siècles suivants?

Ah ! l'on n'avoit pas encore compris dans ces temps heureux , qu'il fallût user de distinction parmi les fidèles , lorsqu'il s'agissoit d*une loi qui les regardoit tous. On savoit seulement que nous étions tous membres d'un chef crucifié ; qu'être chrétien et n'être pas pénitent étoit un monstre et une nouveauté sans exemple ; et les païens euxmêmes enétoient si persuadés, dit saint Léon, que, convaincus d'ailleurs de la vérité del'Evangile, la seule austérîtéde nos mœurs, qu'ils regardoient comme une suite nécessaire du baptême, différoit leur conversion , et remettoit souvent à leur mort la profession publique de la foi de Jésus-Christ.

Mais d'ailleurs, si l'Eglise avoit ici des distinctions à faire et des ' privilèges k accorder, ah ! ce devroitétre en faveur de ces personnes, qui , nées dans une condition obscure et dans une fortune médiocre, se sentent du dérèglement des saisons , du malheur des temps , du poids des taxes et des charges publiques , et qui, renfermées dans un domestique frugal et malaisé , ne voient les plaisirs que de loin, et bornent toute leur félicité à pouvoir se défendre de la faim et de l'indigence. Mais vous, pour qui les plaisirs semblent être faits ; vous qui n'éprouvez rien de plus triste dans votre état que le dégoût et la satiété inséparables d'une félicité sensuelle : mais je n'en dis pas assez ; vous, qui devant Dieu portez peut-être plus de crimes tout seul qu'un peuple entier de fidèles ; vous qui par un fonds de corruption que tout favorise dansla prospérité, ne vous êtes pas boméaux foiblesses vulgaires , et avez peut-être poussé toutes les passicms jusqu'aux excès les plus affreux ; vous , qui par Tédat que votre rang a donné à vos désordres et à vos scandales , êtes peut-être coupable aux yeux de Dieu des crimes de tous ceux qui vous environnent , ah ! la seule distinction que vous pouvez prétendre ici , est une distinction de sévérité , et une prolongation des rigueurs canoniques.

Quel abus, mes Frères I Les grands et les puissants , eux qui seuls sembleroient avoir besoin de pénitence, eux pour qui l'Eglise Ta principalement établie en ce saint temps , sont les seuls qui s'en dispensent ; tandis que le citoyen obscur, que le vil artisan qui mange son pain à la sueur de son front ; eux dont les jours les plus abou-

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dtnU fleroient pour toub des jours d'austérités et de sonfliranoe, respectent la loi de ce saint temps , et trouyent dans leur frugalité même de quoi faire des retranehements de piété et de pénitence! Grand Dieu ! vous vengerez un jour les intérêts de votre loi contre les vains prétextes des cnpiditte humaines. Les pharisiens de TEvangile défiguroient leur visage pour faire connoltre aux hommes qu'ib jeAnoient : mais ce n'est plus là, 6 mon Dieu, l'hypocrisie de notre siéde, et après une année entière de plaisirs et d'excès , on affecte à l'entrée de ces jours saints un extérieur pâle et défait . pour avou* un prétexte indigne de violer la loi du jeûne et de l'abstînenoe.

Et en effet , souffrez que je vous demande encore : la foihlesse de votre complexion vous a-t-elle jamais privé d'un seul plaisir ? Yous qui pouvez soutenir la fatigue des veilles , si capable d'altérer le corps le plus robuste ; vous qui ne succombez point à l'application et au sérieux d'un jeu outré , dont la plus forte tête se trouveroit accablée ,- vous qui avez assez de force pour fournir à l'agitation des assemblées et des plaisirs, où l'ordre des repas, les heures du sommeil et tout le reste se trouve si fort dérangé , qu'il n'est qu'un heureux tempérament qui puisse ne pas se sentir de ce désordre ; vous qui , pour parvenir, dévorez toutes les fatigues du service , et vous accoutumez à une vie dont l'anachorète le plus pénitent auroit de la peine à s'accommoder ; vous , en un mot , qui lorsque la gloire, l'intérêt ou le plaisir s'en mêlent, êtes sobre, laborieux , mortifié ^ dur à vous-même sans que les soins de votre santé s'y opposent; l'austérité d'un jeûne vous alarme?

Ah! c'est donc pour moi seul , ditle Seigneur dans son prophète, que vous refusez de souffrir. 6 Israël! Vous me paroissez infatigable dans les voies de l'iniquité, et tout vous rebute dans mon service ! Qu'avez-vous à répondre pour vous justifier I Narra , si quid habes ut justificeris (Is., XLiii , 26) î

Oui , mes Frères, les plaisirs n'incommodent personne. Ce qu'on| aime ne coûte jamais. Servir le monde, la fwtune, les passions ,| n'a rien de pénible , parce qu'on est mondain, ambitieux , sensuel. 1 Ah ! soyez chrétien , et vous ne trouverez rien qui passe vos forces | dans le service de Jésus-Christ.

Voyez cette ame fidèle que la miséricorde de Dieu a retirée des égarements des passions. Lorsqu'elle vivoit comme nous , livrée au monde , aux sens et aux plaisirs , rien n'égaloit sa délicatesse ; elle regardoit la loi des jeûnes et des abstinences comme une loi meurtrière , et c'étoient toujours nouvelles raisons pour s'en dispenser. La voyez-vous depuis qu'elle est entrée dans les voies de la grâce ri du salut ? Loin de regarder les dispenses comme des besoins , elle les regardecomme des crimes. Sa santé et ses obligations ne sont plus incompatibles. Elle ajoute même aux rigueurs de la loi, des rigueurs de surcroît. Avec moins de précaution, elle jouit d'une

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