‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 36 sur 96 · SUR LE JEUNE 9M · texte numérisé non relu

SUR LE JEUNE 9M

iBtN satoon ? Qm' désabuse»- yoiis: il faut user ici de eompeiMatioD. . Dans la loi, oeux qui ne pouToieBi pas oSHr le aaerffîoe d'un agneau, ou leur demaodoitroffrande de deux oolonibes. Dieu veul ôlre dédommagé car quelque endroit. Puisque tous ne pouTex pas aiBiger YOtre chair par le jeûne , il faut la punir par le retranchement de mille commodités demi eUe peut se passer ; mortifier votre esprit par la reU^ite; avoir, peudant ee saint temps, moina deoommerce avec le monde; vous renfermer un peu plus itens vca devoirs domestiques; fréquenter plus souvent nos temples, les sacrements, les lieux de miséricorde. Yoilà le jeûne, dit saint Chrysostûme, que l'Eglise d^nande de vous. 11 ne faut pour cela ni force ni santé , il ne faut que de la foi et de la crainte de Dieu. Mais c'est précisément ce qui vous manque. On ne veut rien souffrir, quelque grand pécheur que Ton soit. On se croit déchargé de tout , dés qu'on l'est de la loi du jeûne ; et parce qu'on ne peut pas faire tout ce qu'on doit , on se croit dispensé de faire du moins ce que l'on peut.

Enfin, dans l'usage des viandes défendues, n'aves-vous égard qu'à la seule nécessité ? Rejetez- vous celles qui ne sont destinées qn'à flatter le goût et la vplupté? Vos repas se sentent-ils de la fm galité de ce temps de pénitence, et sont-ils marqués par quelque endroit du sceau de la mortification ? car vous comprenes bien que l'intention de l'Eglise , en vous permettant l'usage des mets défendus, est de soulager votre foiblesse , et non d*aider votre sensualité ! vous comprenez bien qu'elle ne veut point aigrir, à la vérité, vos maux par une abstinence qui vous seroit nuisible; mais aussi qu'elle ne prétend pas nourrir votre intempérance , en voiia p^nettant des assaisonnements et des meta exquis dont vos maux peuvent se passer. Elle consent, à la bonne heure, que vous ne suiviez pas les Moïse sur la moutagne pour jeûner quarante jours avec eux ; mais elle n'entend pas aussi que , demeuré dans la plaine, vous imitiez les joies profanes , les excès et les festins des Israélites et adoriez peut-être encore le veau d'or comme ce peuple infidèle.'

Entrons donc, mes Frères , dans les véritables intentions de l'Eglise. Eh! pourriez-vous, taudis qu'elle gémit, qu'elle se couvre de ses vêtements de deuil et de tristesse, que ses ministres pleurent entre le vestibule et l'autel , que vos frères ont pris les armes spirituelles de la pénitence pour combattre contre la chair et le sang , que tout annonce les mystères pénibles d'un Dieu souffrant : eiivfaronnés de tout cet appareil de souffrance» pourriez-vous croupir tout seuls dans une indigne mollesse? Vous excusez si souvent vos désordres par l'exemple commun ; ne pourroit-il pas ici à son tour voua animer à la vertu ? Ah ! si votre corps ne peut prendre aucune part an changement extérieur de l'Eglise, changez votre cœur, et convertissez-vous enfin au Seigneur. Si vous ne pouvez pas dèrhirer par le jeûne ce vêtement de chair qui vous environne . M. I. ,4 •

àM * LE MERCEBDI DES CENDRES.

déchIroE , dit TEsprit de Dieu , yù» âmes par des larmes de doideor H de conqpoDCtion. Recueillez le fruit de l'atotiA^ice , si votre foiblesse ne vras permet pas d'en accomplir la lettre. Surpassez vos frères dans les dispositions de l'esprit et du cœur , si vous ne pouvez pas les imiter dans les exercices du corps. Faites devant eux , a la loi du jeûne que vous n'obaervez pas , une espèce d'bommage et de réparation publique , par une attention plus chrétienne à tous vos antres devoirs. Répares en quelque façon , en présence des autres fidèles , par des mceurs {^ns pures et plus exactes, celte sorte dé scandale que vous êtes forcés de leur donner. En un mol , vivez ptes saintement qu'eux , et vous jeûnerez plus utilement. El après être convenus de TinsuiBsance des excuses dont on se sert pour se dispenser de cette loi , écoutez les abus où l'on tombe en l'observant.

SBCONOB PARTIS.

Il n'est guère de précepte sur lequel on s'abuse plus universellement que sur le précepte du jeûne. Comme l'esprit de pénitence est presque éteint parmi les fidèles , et queTEglise, s'accommodent à notre foiblesse, a cru devoir mêler quelques adoucissements à la rigueur de celte loi , on se persuade que tout ce qu'il y a encore d'amer et de pénible n'est plus à la portée de ces derniers temps. l'In renvoie aux siècles de sou innocence toute la sévérité de sa tUscipline ; et on ne lui laisse pour le relâchement de nos mœurs , que l'indulgence et la bénignité en partage.

Il importe donc, mes Frères, d'examiner ici quelles bornes l'Église prétend mettre encore aujourd'hui à sa condescendance , et de démêler les relâchements qu'un usage corrompu a introduits, des adoucissements ou qu'elle autorise, ou qu'elle tolère.

Or il me semble que pour discerner les abus qui peuvent se glisser dans l'observance de ce précepte, il n'y a qu'à établir d'abord quelle est la fin de son institution; car tout ce qui s'éloignera de ce but, ou encore plus qui s'y trouvera opposé, détruira sans doute la loi qui n'étoit qu'un moyen pour y parvenir.

Qu'est-ce donc que se propose l'Eglise eu imposant celte pénitence aux fidèles? elle se propose !<> en affoiblissant la chair, d affûiblir nos passions, d'expier nos fragilités passées, et de nous mettre plus en état d'en éviter de nouvelles ; 2<^ en mortifiant le corps, de purifier l'âme, de la détacher des sens, de réveiller sa foi, et do l'élever au goût des biens éternels. Ce principe supposé comme incontestable, que de transgresseurs, nies Frères, de cette loi sainte !

La première fin de son institution est de mortifier la chair, et par là, dit saint Ghrysostûme, de servir et de préservatif â rinnocence, et d'expiation au crime. Or le jeûne , tel qu'un abus public Fa établi aujourd'hui dans le monde , no sauroit plus être une voie pour ar river à eette fin.

SUR LE JEUNE. ' flf4

Ctr, je YOQS demaod^ s'il morUfioit eucore te oorps et ta passiohs de la chair, ce devroit ôtre ou par la longueur de l'abatineDoe, ou par la simplicité des viandes dont on use» ou par la frugalité qu'on observe dans les repas. Pardonnez-nxH ce détail ; il est id indispensable, et je n'en abuserai pas.

Est-ce la longueur de Tabstinence? Mais s'il faut, pour recuttlUr le fruit et le mérite du jeûne, que le corps sédie et languisse daas l'attente de sa nourriture, afin que l'ame, en eipiant ses voluptés profanes, apprenne dans ce désir naturel qu^e doit être sa ftim et sa soif de la justice éternelle, et de cet état heureux où, rassasiés de la vérité, nous serons délivrés de toutes ces nécessités bumiliantea^ que déjeunes inutiles et infructueux dans l'Eglise !

Hélas ! les premiers fidèles qui ne le rompoient qu'après le soleil couché; eux que mille exercices saints et laborieux avoient préparés à l'heure du repas ; eux qui, la nuit môme qui préoédoU leur jeûne, avoient souvent veillé dans nos temples, et (^antédes hymnes et des cantiques sur les tombeaux des martyrs; ces pieux fidèles auroient pu rdpporler à la seule longueur de l'abstinence tout le mérite de leur jeûne, el seule alors elle pouvoit affoiblir la chair et les passions criminelles Mais pour nous, mes Frères, ce n'est plus là qu'il faut chercher le mérite de nos jeûnes; car outre que l'Eglise , en consentant que l'heure du repas fût avancée, a épargné cette rigueur aux fidèles, que d'indignes adoucissements ii'ajoute-t-on pas à son indulgence ! Il semble que toute notre attention se borne à faire en sorte qu'on puisse arriver à l'heure du repas sans s'être aperçu de la longueur et de la rigueur du jeûne.

Et de là (puisque vous nous obligez de le dire ici, et de mettre ces détails indécents à la place des grandes vérités de la religion), . de là on prolonge les heures du sommeil pour abréger celles de l'abstinence , on craint de sentir un seul moment la rigueur du précepte, on étouffe dans la mollesse du repos l'aiguillon de la faim dont le jeûne môme de Jésus-Christ ne fut pas exempt; on nourrit dans l'oisiveté d'un lit, une chair que l'Eglise avoit prétendu exténuer et affliger par la pénitence ; et loin de prendre la nourriture comme un soulagement nécessaire accordé enfin à la longueur de l'abstinence, on y porte un corps encore tout plein des fumées de la nuit^ et on n'y trouve pas môme le goût que le seul plaisir aurait souhaité pour se satisfaire.

Ah! c'est en ce temps saint où il faudrait, avec un roi pénitent» prévenir le lever de l'aurore pour unir nos prières à celles de l'Eglise, pour prolonger le mérite de notre abstinence, pour oQHr au Seigneur les prémices d'une journée que la pénitence doit sanctifier, pour mettre à profit tous les moments précieux de ce temps de greoé et de bénédiction, et enfin pour i*etrancher au corps une paresse si funeste jusques ici à notre innocence.

De là encore l'usage de tant de boissons que la coutume autorise

%ii LE MERCREDI DES GENDRES.

presque contre l'esprit de la loi. Tous nous demandez sans cesse ii fl*c8t ëirc infidèle au précqiteqae d'en user (car c*est sur Tobscrvaiioa de cette loi que les doutes et les questions ne finissent pas). Je ponrrois tous répondre d'abord que Fintaition deVEf lise dans rétablissement de la loi du jeûne, étant de mortifier l(*s nem^ et prindpakment celui du goût « tout ce que vous vous peraieltez hors des heures prescrites, qui (end à le flatter, donne une manière d'atteinte à la loi t jepourrois tous répoudre encore que tout ce qui adoucit la longueur de l'abstinence en blesse l'obligation. Maia quand ces vérités seroient douteuses, el (|u'il n'y auroif que du péril, seriez- vous sage de vous y exposer? Ce qu'il y a de constant , c'est que ces adoucissements sont nouveaux , c'est qui* l'usage, quelque universel qu'il puisse être, ne justifie jamais un abus et ne sauroit prescrire contre la loi .

Mais enfin je veux que ces soulagements . et tant d*autrcs autorisés dans le monde, soient innocents ; ne faudroit-il pas honorer la pénitence du carême en se les retranchant? ne scroit-il pas juste que ce que vous donnez dans les autres temps au seul plaisir, vous vous en absteniez en cdui-ci par un esprit de religion et do souffrance? et comment réparerez-vous vos plaisirs illicites, qu'on vous abstenant , durant celte sainte carrière surtout , de ceux que ▼ons vous croyez encore permis? Ah I nos jeûnes , mes Frères, •ont déjà si fort adoucis par la tolérance de l'Eglise, que, pour peu que vous alliez an-delà, vous ne sauriez manquer d'être prévaricateurs. 11 semble qu'elle a poussé sa condescendance jusqu'à ses dernières bornes, qui ne séparent que d'un point la transgression de l'observance, et qu'on ne sauroUlcs franchir tant soit peu sans être coupable d'infraction.

Mais si le mérite de nos jeûnes ne peut plus se rapporter à la longueur de Tabstinence , il scroit inutile de le vouloir cliercher dans la simplicité des viandes dont on use. En ce temps de souffrance, disoit autrefois saint Léon , où la vie devroit être simple (*l commune, où il faudroit nourrir les membres de Jésus-Christ de ce que l'on se retranche à soi-même, et que notre diminution, pour parler avec Vapôtre , devint rabondance et la riciiesse de nos frères, non-seulement il n'y a plus de simplicité dans les repas, mais il y entre plus de soins et d'artifices ; on y supplée par mille raffinements à la simplicité des mets dont il faut user, le goût y est plus flatté, la sensualité plus réveillée , la chère plus exquise, les d^>enscs plus excessives ; et non-seulement ce ne sont pas des repas sanctinès par la pénitence, mais ils deviennent célèbres el renommés pour la volupté.

Je ne dis rien de la frugalité dont on use dans le seul repas que ITglise permet. C'est en ce temps surtout où Ton ne s'y prescrit point d'autres homes que celles d'une avide sensualité et où l'oD se disposé h Tabstinence do soir en violant le matin la vertu même de

Page 1