‹ Œuvres, évêque de ClermontChapitre 37 sur 96 · SUR LE JEIIME. SI · texte numérisé non relu

SUR LE JEIIME. SI

la lem^raace, 4oat la loi de Uea nous a bât «n préoq>le pcrpé- (iid; de sorte qae le» eoDatioiîs deviennent {dut^t un régime de santé qu'on règlement de discipline.

Ainsi Tabstinence du soir fiait aajoord'boi temt le mérite denos jetees : c^est-à-dire que ce qi» n'étoit d'abord qu'un relâchement de disciplii^, en est devenu la seule austérité; c'est-à-dire que ce que nos pères auroient regardé comme uneinfiraction du préoq^ nous le regardons comme le |dus haut point de son observance;

Car, vous le savez , mes Frères, ce soulagemait ne fut aeoordé que bien tard au jeûne des fidèles. On s'en est passé pendMU fiuB de mille ans. Un seid repas pris le soir avec actions de graœs , terminoit le jeàne de toute la journée. Et encore quel repas ! Lises l'faistoire des premières mceurs des fidèles t des herbes et des légumes ; un repaa de larmes et de pénitence, tout y respinût la mortification de Jésus-Christ : les entretiens de piété, les lectures dea livres saints, les exhortations au martyre en faisoient le principal assaisonnement ; et l'on y mangeoit plutôt pour prolonger ses souffrances et satisfaire à la nécessité , que pour flatter la cupidité.

Le seul refroidissement de la charité obligea depuis l'Eglise de se relâcher en ce point de la rigueur de sa discipline. Dans la décadence des mœurs du christianisme, elle en usa, pour amsi dire, eomme on en use dans la déroute des familles; elle composa avec notre foiUesse ; elle retint du débris ce qu'elle put , et nous quitta à regret de tout le reste.

Mais au lieu que ce sont là de ces grâces honteuses dont il ne faudroit user qu'en gémissMit ; soupirer après les prémices de l'esprit et rage fiarissant de l'Eglise, et nous confondre qu'avec bien moins d'innocence que nos pères , nous ayons besoin de plus d'indulgence qu'eux ; jusqu'où n'a-t-on pas poussé cet adoucissement obtenu de riSglise, et qui d'abord n'étoit presque pas sensible? Tout y est servi. Si l'on use de quelque distinction dans le choix des viandes, on se dédommage sur la quantité, et nos collations sont aujourd'hui plus abondantes et chargées de plus de mets que n^étoit autrefois le seul repas que FEglise permettoit aux fidèles.

Donc, mes Frères, encore aujourd'hui ce que l'Eglise vous permet le soir est une grâce accordée à la pure nécessité. Les précautions n'y sauroient être trop rigourei^es. C'est cette eau du Jourdain dont il ne faut goûter qu'en passant et sans s'arrêter ; c'est ce miel de Jonathas auquel, en ne faisant même que toucher, on court risque d'être prévaricateur et digne de mort. Mais qui s'en tient à ces bornes sacrées? Hélas I il n'est plus que quelques âmes retirées, des solitaires pénitents, des vierges pures et ferventes, accoutumées, 6 mon IKeul à porter votre joug depuis l'enfance, qui n'ajoutent rien aux adoucissements de l'Eglise , qui usent de son indulgence sans eti draser. 11 semble que ce reste de sévérité ne soit plus que pour elka s tandis que des âmes criminelles et mondaines, après une

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viec&Uèred'excésetde {daBin^adoueuMit, retradchent toaicefui ae InNiTe oieore depéniMe àToCre loi9ettlreQt en ooDteetation av^ nous , et nous obligent à dégrader yotre parole sainte à des détails rampants si pea coiireBaUes à la dignité de notre ministère.

VWIà nos jeûnes, mes Frères, Toilà ce qoe la rérolntion de toute rannée nflte à Dien de {Ans pénible datas nos mcrars. Voilà les restes ttiéoonnoissables de cette tradition yénèraUe de pénitence que noua tenons de nos pères. Veil ces jeânes si fameux antreTois parmi les ciifècieBS, et consacrés par les exemples mémorables d'un MoXte, d'uQ EUe, et de Jésus-Ghrist même. Voilà à quoi se réduisent ces saintes austérités si excessives alors y qu'elles Taisoient passer les chrétiens pour des insensés dans l'esprit des infidèles ; et qu'elles étoient tournées en dérialon sur leurs théâtres impurs et dans leurs satires profones. Voilà enfin ce quecesandranes rigueurs^ si chères à TE^e, tt utiles à ses enfants , si redoutables aux tyrans, sont devenues entre nos mains.

Encore , comment se dispose-t-on à ces restes défectueux de pénitence ? par des eicès et des réjouissances profanes ; et TeflEst leplus marqué que produit Tapprodie de la loi qui doit nous purifier, c'est un redoublement de débauche , de souillure et d'ignominie.

Sonyenez-Yous donc, mes Frères (pour achever de vous instruire sur tout ce que je m'élois proposé ) , que l'intention de l'Eglise esi que la pénitence de ce saint temps sdt comme une expiation des plaisirs et des crimes de toute l'année. Ce n'est pas que toute la vie ne dût être une ptoitence continuelle pour le pécheur t mais l'Eglise, qui voit en gémissant que ks véritables pénitents sont rares» a institué ces jours de salut pour empêcher du moins que l'esprit de pénitence ne s'éteiguo tout-à*fait parmi les fidèles. Kcfardes donc ce temps comme une légère compensation qu'elle exige de vous. Du moins , que ce que vous y souffrez puisse remplacer devant Djen ce que vous manquez de souffrir pendant le cours de l'année t que ces quarante jours purifient tous les autres. Votre vie dans un autre temps est toute plongée dans les sens , dans l'oisiveté et dans la oudtesse s vous n'y souffrez rien. Ce n'est pas ainsi qu*on se sauve, quand on est pécheur ; vous le savez : voici de quoi réparer vos négligences. Soumettez-vous donc avec joie à une loi si douce. Ne murmurez pas sous la pesanteur d'un joug si léger : n'en exagérez pas les incommodités; n'achevez pasj d'aflliger l'Eglise, en vous plaignant de son relàdbement et de son indulgence même comme d'une rigueur. Confondez-vous plutôt, qu'après des excès et des plaisirs qu'une vie entière de souflkrances ne snffiroit pas pour expier, on vousdemande si peu ; etque la ferveur et la gaieté, pour ainsi dire, de ce sacrifice de pénitence, en remplacent l'insulfisance aux yeux dé Dieu.

Souvenez-vous encore, que puisque vous allez satiafUre à sa justice durant cette sainte carrière pourvus infidélités passées, vous

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00 derei pas en ajouter d^ noayelles ; détnihre d'ane main oe,que ▼009 édifierei de Tantre ; apaiser votre juge et l'irriter ea mtme temps. Tous tous abaliendriei des yiandesqae Diea a toutes citées, mai sont booneseo eUes-mAmes , et dont Tnsage est parmis dans un autre tempe ; et tous ne vous abstiendries pas du crime , qui dans loote sorte de temps est défendu par la lot de Bieo? Eh ! que ser- Tiraient tos jeiknes et yos abstinences , si tous ne les accompagniei pas de la pureté de conscience , qui seule en fait le mérite devant edul qui ne regarde que le cœur? Tous soufflriiez, et Dieu détesr feroit vos souftwices ; vous jeûneries, dit le prophète, et il rejettetolt vos jeAnes. Et croyez-vous que jeûner soit simplement s'abstenhr des viandes défendues? ce smroit le jeûne des Juifs, qui ne s'arrêtaient qu'à la lettre qui tue , qu'à la diair qui ne sert de rien. Le jeûne des chrétiens^. c'est surtout l'éloigneraent du vice et la victoire des pasrions. Si vous n'êtes ni plus chastes , ni plus eharir tables t ni plus patients , ni.plus humbles , vous ne jeûneiE pas ou du moins vous jeûnes en vain. La loi de l'abstinence est un moyen de conversion t si vous ne vous convertissez pas, vous ne raocomi* plissez pas ; c^est-à-dire vous l'accomplissez sans firuit.

Souvenez-vous, en troisième lien, que puisque vous allez sa<tisfaire à la justice de Dieu, non-seulement les crimes vous sont interdits , mais encore les plaisirs qui dans un autre temps seroient peut-être innocents. Vous devez vous regarder comme des pénitents publics qui vont désarmer la colère du Seigneur et entrer dans les ezerdoes laborieux d'une discipline sainte. Les larmes , le silence , la retraite, la {Mière, voilà quelles doivent être voe occupations durant le cours de la pénitence que l'Église vous impose. Les jeux , les speclades , les assemblées de plaisirs, tout vous est interdit pal k suite de cet «ogagement. Tous renoncez à votre qualité de pàiitent) sivousyailez participer; vous abandonnez rentrq>rise ; vous interrompez votre carrière. Tout œ qui ne convient pas à la pénitence ne vous convient plus; et vous violez la loi du carême, pour ainsi dire, toutes les fois que vous mêlez les plaisirs du monde à la sainte tristesse de son abstinence.

Souvenez-voos enfin que T Église , durant ces jours de pénitence, prétend vous préparer à k grâce de la résurrection , à k participation de r Agneau, à k Pàque des chrétiens: Commencez donc de bonne heure à déraciner jùê rideuses indinations , à rompre vos habltoden. Commencez à vous abstenir des crimes que vous viendriez pleurer aux pieds des ministres sur la On de cette sainte carrière N'attendez pas que nous touchions aux jours solennels pour vous disposer à receveur k sacrement adorable. Ne portez pas aux mystères saints de k résurrection des crimes tout nouveaux , et des passions , pour ainsi dire, encore toutes Yives. N'obligez p»i alors les juges de votre consdence , ou à vous accorder des grâces dangereuses , ou à vous éioigni«r de l'autel , kndis que tous vos (Mres

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y participeroot. Prenez-vous-y de bonne heure. Eisayes, eneéMaûl fos désordres y si vous serez en état de tenir la parole qae tous donnerez alors au préirc : si vous pourrez vous vaintre sor w eommerce ^ sur cette haine y sur cette passion qui domine dans vos mcDuirS. Ne vous exposez pas au sacrilège et au parjure. Mettezvous en état de pouvoir nous alléguer le passé , pour justifier tos promesses sur r^vsair. Ce n'est pas trop de quarante jours de pré-^ paration et de pénitence, pour se disposera une communion sainte, quand on est un pécheur aussi invétéré que vous Tétes ; un pécheur qui jusqu'ici n'a peut-être fait aucune démarche sérieuse de salaC.

Kt au fond, que vous reste-t-il, dites-moi, de tous vos^eéa passés, qu'une secrète confusion? Quem ergo fmctum habuisiiê tune in iUis , in quitus nunc erubescitis ( Rom. , vi , 2 1 ] ? Les joies de ces joursinsemiés qui viennent de finir, se sont évanouies : qu'en •vez-voQS rapporté, qu'une lassitude de plaisir, des remords éter« nels , des chagrins , peut-être , de jalousie, de perte, de préférence; que sais-je! peut-être encore un corps miné et incapable de péni tence , pour l'avoir trop été de dissolution et d'excès? Ah! les phd^' ajrs se ressemblent tous. Ceux que vous goûterez à l'avenir ne voua rendront pas plus heureux. Ils suspendront pour un moment voire ennui et la tristesse secrète de votre cœur s mais ils ne la guériront pas. Ils irriteront vos désirs; ils ne les fixeront pas. Mesurez sur le passé la féUeitéque vous pouvez vous promettre dans le crime. Yom avez essayé jusqu'ici d'être heureux en oubliant Dieu; y avez-vooa réussi? Vous avez poussé les excès et les passions aussi loin que vous avez pu $ votre bonheur a-t-il été aussi loin que voa crimes? Et en faisant tous les jours de nouveaux progrès dans les voies de k perdition , en avez- vous fait dans la vie heureuse et tranquille? n'avez-vous pas senti vos inquiétudes croître avec vos plaisirs, vos jours devenir plus tristes à mesure qu'ils sont devenus plus criminels ? et qu'avez«-vous fait , en vous livrant tous les jours à des passions nouvelles que vous former tous les jours de nouvelles chaînes et vous préparer de nouveaux ennuis? Que l'expé» rience du passé du moins vous détrompe ; et revenez enfin au Sei« jneur par le vide et le dégo&t de riniquiié , si vous ne pouvez ancore revenir à lui par le goût de la justice.

Grand Dieu! je n'ai jamais goûté un plaisir véritable loin de vous. Je le confesse aujourd'hui en votre présence, et je i^nds cette gloire à votre grâce. Me rejetez pas ces foibles commencements de mon repentir. Je ne reviens à vous , il est vrai , que parce que le monde ne peut me satisfaire. L'ennui du crime me rappelle à votre loi sainte , plutêt que le désir de la vertu : et si li» plaisirs injustes pouvoient toujours avoir pour moi de nouveaux charmes, ah! sans doute, Seigneur, je ne penserois jamais à vous offrir un cœur qu'ils occuperoient tout entier. Mais n'eat-ee pas votre grâce elle-même qui répand sur les joies du monde les

MOTIFS DE CONVERSION. ai7

amertmiies que j'y tronye? Combien estrU de pédieors qui ne s'en dégoâlent jamais; en qoi riyresae dore tonjoord; et qoi , ensetélis jusqu'à la &i dans une paix profonde, n'onvrent enfin les yeax qne lorsqu'il n'est pins temps , et qne frappés de mort, et déjà jugés, tb sont sor le point d'aller parottre devant votre tribunal redootablet Gondnises donc, ô mon Dieu! ces premières agitations que tous opéreg dans mon ccenr, jusqu'à ce trîmble heurrax qui opère une véritable pénitence, et ajoutez au dégoût des plaisirs que vous me laisse! , le goût de la justice et de la vertu qui achève de triompher d'un cofur conxMnpu , et de faire d'un vase de colèreet d'ignominie, un vase d'honneur et de miséricorde. Aind soit-il,

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